Un ex-principal explique avoir évité qu’un jeune Israélien n’atterrisse dans son collège, pour sa sécurité
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Un ex-principal explique avoir évité qu’un jeune Israélien n’atterrisse dans son collège, pour sa sécurité

Des élèves ont répondu à un journaliste de RFI venu en reportage au collège, qui les interrogeait sur leurs relations avec les Juifs : “il n’y en a pas. Et s’il y en avait, ils seraient obligés de se cacher”

Bernard Ravet, principal à la retraite, dénonce le déni de la montée du fait religieux en France. (Crédit: capture d'écran Dailymotion/La Provence)
Bernard Ravet, principal à la retraite, dénonce le déni de la montée du fait religieux en France. (Crédit: capture d'écran Dailymotion/La Provence)

L’Express a ouvert ses colonnes à Bernard Ravet, ex-principal dans plusieurs collèges difficiles de Marseille.

Il veut parler, dit-il, car il y a une urgence, celle de dénoncer une réalité déjà évoquée dans le livre du collectif de professeurs Les Territoires perdus de la République (éditions Mille et Une Nuits, 2002). Ce livre est né du désarroi de professeurs d’histoire face aux réactions de leurs élèves musulmans, quand était abordée en classe la question du génocide des Juifs.

L’expérience que Bernard Ravet raconte dans son livre-témoignage de 300 pages, Principal de collège ou imam de la République, aux éditions Kero, est déconcertante.

Il veut, dit-il, prévenir de l’impact du fanatisme religieux musulman dans les établissements scolaires, une doctrine favorisée par les discours entendus à la maison, relayés par les chaînes du câble, et le manque complet de diversité dans les lycées et collèges de Zone d’éducation prioritaire (ZEP).

L’Express a publié quelques bonnes feuilles du livre, et le journal La Provence s’est entretenu avec ce principal, aujourd’hui à la retraite.

Voici une anecdote qui donne à voir les raisons de l’absence d’élèves juifs dans certains établissements publics en France :

« Lorsque j’étais principal du collège Versailles, une femme s’est présentée à moi. Elle venait d’arriver dans le quartier, en provenance d’Israël, et voulait inscrire son fils dans le collège […]. A peine aura-t-il baragouiné deux mots avec son accent à couper au couteau que les autres lui demanderont d’où il vient. S’il dit la vérité, il se fera laminer. Je n’ai aucun doute là-dessus : des élèves interrogés quelques mois plus tôt par Edouard Zambeaux un journaliste de RFI, sur leurs relations avec les juifs au collège, ont répondu: ‘Il n’y en a pas. Et s’il y en avait, ils seraient obligés de se cacher’. »

A propos de l’adolescent israélien qu’il parviendra grâce à des relations à le faire inscrire au collège juif de la ville, Ravet écrit:

« Je l’assume : ce jour-là, une fois encore, j’ai agi en directeur d’ONG, parant à l’urgence qui me semblait la plus vitale, et pas en principal de collège investi de la mission de défendre des valeurs républicaines qui, en l’état, ne m’auraient pas permis de garantir la sécurité de cet adolescent dans mon collège musulman à 95 %, où certains sont chauffés à blanc tous les soirs via les télévisions par satellite arabes vouant aux gémonies Israël, les Juifs, et la France coupable d’interdire le port du voile aux élèves », explique-t-il.

Il préconise, dans La Provence, que « l’Institution doit donc avoir un discours fort, ce qui a un coût en termes de formation des enseignants et d’ouverture au monde par le financement des projets des collèges. Il faut leur donner la fierté d’appartenir à la Nation. Bien sûr, il faut être fier de ses racines. Mais pas que. Car un arbre qui n’a que des racines est un arbre mort. »

Son cri d’alarme ne passe pas au SNPDEN, le syndicat ultra-majoritaire des chefs d’établissements, qui dénonce une approche « globalisante » et « contreproductive » : le livre « pourrait laisser penser qu’il dit tout haut ce que la majorité d’entre nous ne pourraient exprimer. Or ce n’est pas le cas. »

Frédérique Rolet, au centre, secrétaire générale du Snes-FSU, premier syndicat des enseignants des collèges et lycée. Illustration. (Crédit : capture d'écran Twitter)
Frédérique Rolet, au centre, secrétaire générale du Snes-FSU, premier syndicat des enseignants des collèges et lycée. Illustration. (Crédit : capture d’écran Twitter)

« Le bouquin donne un côté à la fois systématique et dramatique à la question en faisant comme si rien n’était fait », regrette de son côté Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes-FSU, le premier syndicat des enseignants des collèges et lycée. « Il ne s’agit pas de nier qu’il y a un certain nombre de problèmes », mais les chefs d’établissement « ne restent pas passifs. »

« Oui, il y a plus de filles voilées qu’avant, oui, les élèves font tous ou presque le ramadan, oui, ils mangent halal », témoigne de son côté sous couvert d’anonymat auprès de l’AFP une enseignante du collège marseillais Versailles, cité à de nombreuses reprises dans le livre.

Elle récuse cependant l’idée d’une « ‘islamisation’ du collège », voyant dans ces évolutions des changements visibles dans l’ensemble de la société, dans un pays où le débat sur la place de l’islam, deuxième religion en France (environ cinq millions de fidèles estimés), s’est imposé sur la place publique.

L’académie d’Aix-Marseille recense quelques « difficultés de fonctionnement » de certains établissements autour du ramadan ou des « objections » essuyés par des profs de sciences lors de leurs cours, et « ne nie pas ces défis », mais « ce n’est pas massif », pointe de son côté le recteur, Bernard Beignier.

« Le grave défaut de ce livre, c’est un problème de concordance des temps. On ne peut pas dire que ça se passe pareil en 2017 », après la vague sanglante d’attentats islamistes qui a fait 239 morts en France depuis deux ans et demi et qui a constitué « un électrochoc » : « l’attention de tous est aujourd’hui portée vers le risque de radicalisation », assure-t-il.

« Nous ne sommes pas à l’abri » de tentatives « d’entrisme de la part de certains mouvements intégristes », reconnaît-il, mais aujourd’hui ces faits sont signalés de manière « extrêmement simple » au rectorat, et répercutés à la préfecture de police.

« Ne pas dire, c’est une forme d’auto-censure », affirme de son côté l’auteur du livre, interrogé par l’AFP. Déçu par les critiques de ses ex-collègues, Bernard Ravet affirme avoir reçu des témoignages d’enseignants qui vivent des situations comparables.

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