Un Israélien soupçonné d’escroquerie arrêté en Bulgarie
Rechercher

Un Israélien soupçonné d’escroquerie arrêté en Bulgarie

Les médias bulgares ont rapporté l'interpellation de Gal Barak, gérant de sociétés d'options binaires et de cryptodevises ; il est en attente d'extradition vers l'Autriche

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Illustration : un centre d'appel de  E&G Finances en Bulgarie. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Illustration : un centre d'appel de E&G Finances en Bulgarie. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Un citoyen israélien arrêté en Bulgarie est en attente d’extradition vers l’Autriche, où il serait impliqué dans une escroquerie financière en ligne qui aurait rapporté plus de 100 millions d’euros par an.

Le ministère autrichien des Affaires étrangères a annoncé la semaine dernière qu’une enquête conjointe, menée par l’Allemagne et l’Autriche avait permis de découvrir l’existence d’une bande organisée qui opérait en Bulgarie et en République tchèque. Elle aurait escroqué des Européens, notamment des Autrichiens et des Allemands, à qui elle aurait soutiré d’importantes sommes d’argent par le biais de plateformes de trading en ligne pour des options binaires, du forex, des cryptodevises et autres produits financiers.

Le Sofia Globe et d’autre médias bulgares ont rapporté l’identité du ressortissant israélien, il s’agit de Gal Barak, un gérant de centres d’appels qui vit en Bulgarie. Il était directeur, entre autres compagnies de E&G Finances, un centre d’appel en Bulgarie qui gère des sites de trading en ligne comme Optionstars. La plupart des employés des centres d’appels étaient Bulgares, mais les gérants étaient Israéliens, a déclaré un source au Times of Israël.

D’après le Sofia Globe, l’homme a été interpellé alors qu’il tentait d’entrer en Serbie le mois dernier.

Ni la police autrichienne ni le ministère israélien de la Justice n’ont confirmé que Barak était le suspect israélien détenu. Le ministère de la Justice a déclaré dimanche : « nous n’avons aucun commentaire à faire puisque nous ne sommes pas impliqués dans les procédures d’extradition ».

Dans un communiqué de presse (en allemand) détaillant l’arrestation, le ministère autrichien de l’Intérieur a décrit les méthodes obscures, identiques à celles employées par l’industrie israélienne des options binaires. Cette activité qui employait des milliers d’Israéliens a permis d’escroquer des victimes dans le monde entier à hauteur de milliards de dollars, avant d’être interdite en octobre 2017.

Selon le communiqué de presse autrichien, les victimes auraient été contactées via les réseaux sociaux, des listes de diffusion ou des agents de centres d’appels et encouragées à déposer de l’argent sur des sites de trading en ligne. D’importants rendements rapides leur étaient promis, ainsi que de faibles risques de perte. Après le dépôt initial, les victimes découvraient qu’elles avaient gagné un peu d’argent sur leurs opérations et étaient ensuite encouragées par les centres d’appels à déposer davantage d’argent. Enfin, l’investisseur les appelait pour les informer qu’ils avaient perdu tout leur argent, lequel était en fait blanchi à travers un réseau élaboré de sociétés écrans dans différentes juridictions. Les autorités autrichiennes ont déclaré n’avoir aucune preuve que les escrocs présumés gardaient de l’argent en réserve pour payer les investisseurs qui avaient dégagé des bénéfices dans ces opérations de trading.

Gal Barak en 2014 (Crédit : capture d’écran Facebook)

Les criminels présumés utilisaient également des logiciels pour influencer le résultat des opérations. Ils avaient créé un vaste réseaux d’entreprises qui opéraient discrètement : appels téléphoniques, activités de marketing, de développement logiciel ou de blanchiment d’argent. En réalité, toutes ces compagnies étaient sous la houlette du même dirigeant, d’après les autorités autrichiennes.

Plus de 10 milliers d’Israéliens ont travaillé dans l’industrie des options binaires pendant son âge d’or. Même avant l’interdiction légale en Israël, ces centres d’appels avaient été délocalisés vers l’étranger, notamment en Bulgarie, en Roumanie, en Serbie, en Albanie, à Panama et à Chypre. A ce jour, Israël a poursuivi trois escrocs présumés, et d’autres ont été arrêtés alors qu’ils se rendaient aux Etats-Unis, aux Philippines et ailleurs.

Lors de la phase initiale de cette saisie, les polices autrichiennes et allemandes ont coopéré avec leurs collègues bulgares pour perquisitionner 21 sociétés et quatre domiciles privés et geler 14 comptes bancaires, entre le 28 janvier et le 1er février. Des raids ont été menés sur les sites de trading XTraderFX, Optionstars, OptionstarsGlobal, Goldenmarkets, SafeMarkets, Cryptopoint, entre autres.

Selon les autorités autrichiennes, ces sociétés ont engrangé au moins 66 millions d’euros mais ont ajouté qu’elles « supposent que ces sommes augmenteront considérablement après une analyse précise des données saisies ».

Barak, le suspect au cœur de l’affaire, représentait une société appelée Gal Barak Solutions en Israël en janvier 2015. Plus tard cette année, la société a changé de propriétaire et a été rebaptisée Itzik Gellet Solutions. Des personnes proches de la compagnie ont déclaré au Times of Israël qu la compagnie gérait un centre d’appel au 103 Allenby à Tel Aviv, à deux pâtés de maison des bureaux de l’Autorité israélienne de sécurité.

On ignore combien de temps Barak et Gellet ont opéré dans l’industrie des options binaires et quels postes ils ont occupé dans la hiérarchie des réseaux de sociétés écrans, qui font désormais l’objet d’une enquête par les autorités allemandes et autrichiennes. Un article de 2011 publié par le journal Makor Rishon (en hébreu) a décrit Barak comme le copropriétaire d’une épicerie modeste à Herzliya, et Itzik Gellet, l’associé dans certaines entreprises de Barak, comme un employé de cette épicerie.

Tous les sites mentionnés par les autorités autrichiennes ont utilisé des logiciels fournis par Tradologic, une plateforme d’options binaires qui a été fondée en Israël en 2009 avant de délocaliser la majeure partie de ses activités en Bulgarie.

Le Times of Israël a contacté Gal Barak pour avoir sa réaction.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...