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Interview

Un modèle d’inclusion ? Erel Margalit, fondateur de JVP, vante Startup City

L'investisseur dans les technologies explique que les villes et les régions sont déterminantes dans le développement d'innovations durables et dans la réduction des inégalités

Ricky Ben-David est journaliste au Times of Israël

Le fondateur de JVP Erel Margalit fait un discours à l'inauration d'un centre d'innovation des technologies alimentaires à  Kiryat Shmona, le 2 septembre 2021. (Crédit : Ofer Freiman)
Le fondateur de JVP Erel Margalit fait un discours à l'inauration d'un centre d'innovation des technologies alimentaires à Kiryat Shmona, le 2 septembre 2021. (Crédit : Ofer Freiman)

L’entrepreneur et investisseur Erel Margalit a clos une année 2021 fructueuse.

Le fondateur et directeur exécutif de Jerusalem Venture Partners (JVP), l’une des compagnies de capital-risque les plus anciennes et les plus établies d’Israël, avec 160 firmes de portefeuilles, a lancé deux pôles d’innovation : un centre de technologie alimentaire en Galilée et encore cette semaine, un centre de santé numérique à Haïfa. JVP est par ailleurs en pourparlers avancés pour expatrier son modèle d’innovation unique, Startup City, à Paris et à Dubaï.

Ce modèle repose sur le lien entre d’éminents acteurs technologiques et commerciaux et l’entrepreneuriat social et culturel, tout en s’appuyant sur les talents locaux dans une ville donnée, avec le soutien des autorités municipales ou gouvernementales. Ce modèle met en relation le secteur privé et le secteur public pour mettre en place des écosystèmes régionaux et technologiques ; il se base sur une vision conçue par l’organisation à but non-lucratif Israel Initiative 2020 (ii2020), elle aussi établie par Margalit en 2013, visant à lancer des « centres d’excellence » qui ont pour objectif d’attirer les jeunes professionnels et leurs familles, d’améliorer le niveau de vie et de réduire les écarts socio-économiques.

Margalit, ancien député travailliste (de 2015 à 2017), apporte une composante sociale forte à l’entrepreneuriat et aux investissements. En 2002, il a fondé BaKehila (« dans la communauté » en hébreu), une organisation communautaire pour les jeunes issus des familles défavorisés à Jérusalem qui a ouvert la voie à ii2020. Il s’est appuyé sur la conviction que le développement régional émane du renforcement du soutien communautaire et de la possibilité de donner aux jeunes les outils nécessaires pour se tourner vers l’entrepreneuriat social. Margalit a ensuite fondé un incubateur technologique dans cette ville, devenu le Margalit Startup City Jerusalem, et qui héberge un certain nombre de start-ups israéliennes, des entreprises multinationales, un centre d’investissement et des centres de recherche et développement sur un campus de 50 000 mètres-carrés installé dans le centre de la capitale.

L’organisation Bakehila est finalement devenue la Startup City Community et continue de promouvoir des projets sociaux, de superviser des initiatives de bénévolat national et de travailler avec des quartiers défavorisés pour y prôner l’entrepreneuriat.

Ces derniers jours, Margalit a inauguré un nouvel accélérateur d’innovation qui se consacre à la santé numérique à Haïfa, aux côtés de l’Autorité israélienne d’innovation, de la multinationale Nvidia, spécialisée dans les puces, du conglomérat d’équipement médical néerlandais Philips et de la caisse d’assurance-maladie israélienne Clalit, entre autres. Du nom de Startup City Haifa – Digital Health Accelerator, cet accélérateur accueillera huit start-ups qui travailleront avec les hôpitaux régionaux, les corporations internationales et les universités, notamment le Technion. Leur objectif est de contribuer au développement de technologies médicales et de soins de santé innovantes.

Le fondateur de JVP Erel Margalit, au centre, lance un nouvel accélérateur de santé numérique à Haïfa, au mois de décembre 2021. (Crédit : Micha Brikman)

Ce lancement survient trois mois après celui, au mois de septembre, d’un centre d’innovation de technologies alimentaires dans la ville de Kiryat Shmona, dans le nord d’Israël.

Margalit explique que ce centre aidera à positionner l’État juif en tant que pôle international des technologies alimentaires et qu’il créera des milliers d’emploi dans le secteur au cours des prochaines années, tout en examinant les inquiétudes croissantes face au réchauffement climatique, les menaces à l’approvisionnement alimentaire (comme les sécheresses) et les ressources limitées de la planète. Parmi les partenaires stratégiques de Margalit Startup City Galil : Cisco, Deloitte, le Tel Hai Academic College et l’institut de recherche Migal, ainsi que le centre régional de recherche et développement, en Galilée, qui est affilié au ministère israélien des Sciences et des Technologies.

« Les technologies alimentaires sont la prochaine cyber-sécurité et je pense qu’Israël est en bonne voie pour devenir une superpuissance dans ce domaine », avait déclaré Margalit au mois de septembre.

Ces pôles de Haifa et de Kiryat Shmona rejoignent d’autres pôles d’innovation à Beer Sheva et à New York, les deux se concentrant très spécifiquement sur la cyber-sécurité – un secteur central d’investissement pour JVP avec 16 compagnies en portefeuilles.

Villes et construction de la diversité

Avec Paris, Dubaï et d’autres villes en Israël et à l’étranger, Margalit estime que les villes et les municipalités ont un rôle clé à jouer dans le renforcement des écosystèmes technologiques et commerciaux durables.

« Le narratif des villes dépend des technologies et de l’innovation et si elles n’ont pas la possibilité d’attirer une génération plus jeune, plus créative, elles sont perdus », a expliqué Margalit au Times of Israël la semaine dernière, dans un entretien qui a eu lieu dans les bureaux de la Margalit Startup City Tel Aviv.

Erel Margalit, fondateur et président de Jerusalem Venture Partners (JVP), lors d’un séjour avec les membres d’une délégation du secteur hi-tech au Dubai Financial Market (DFM), le 22 octobre 2020. (Crédit : Karim SAHIB / AFP)

Les villes ont besoin de se doter de dimensions supplémentaires comme « l’impact social et le commerce » et 2021 a été une année marquante dans ce travail, note-t-il.

Margalit précise qu’un changement substantiel est survenu ces dernières années dans l’industrie technologique israélienne qui compte plus d’entreprises multimilliardaires que jamais, un nombre sans précédent d’entreprises sur les marchés des capitaux et un plus grand nombre d’entreprises qui s’enracinent profondément dans le pays, renonçant aux ventes rapides.

Les firmes israéliennes « réalisent enfin qu’elles n’ont pas simplement à être l’enfant prodige, elles peuvent être leaders du marché international et elles peuvent non seulement contribuer au développement de produit et à l’innovation mais également construire des opérations de vente et de marketing, et d’identité et de leadership. Il y a deux impératifs : raconter une belle histoire, et se positionner », continue Margalit.

JVP, note-t-il, a adopté traditionnellement une approche à long-terme pour nourrir des start-ups qui sont finalement devenues de grosses entreprises, soulignant la présence, dans son portefeuille, de sociétés comme CyberArk et Qlik Technologies qui sont devenues publiques, avec des valorisations de plusieurs milliards de dollars.

En même temps, l’industrie doit réfléchir plus largement au sujet de la diversité et de l’inclusion – là où l’impact social peut avoir lieu.

« Ce n’est pas seulement la 8200 qui va être leader de la prochaine génération de l’industrie high-tech israélienne », dit-il en référence à l’unité de renseignement d’élite de l’armée israélienne, dont les membres sont très recherchés dans le secteur technologique après leur service militaire.

À LIRE : Retour sur le débat militaire en Israël : 8200 ou les unités combattantes ?

Les anciens combattants de l’armée « peuvent ne pas comprendre les codes, mais ils comprennent les gens, ils comprennent l’esprit », ajoute Margalit.

Le même concept s’applique aux médecins, écrivains, créateurs de contenu, experts de l’agriculture et de l’agro-alimentaire, et professionnels de secteurs variés qui « apportent différentes facultés en termes de pensée au sein de l’industrie high-tech ».

« Et c’est là que le high-tech rencontre la ville. Parce que le prochain défi pour le secteur high-tech et le high-tech, en général dans les cinq ou dix années à venir, est le défi de l’inclusion. On ne peut pas continuer à nous montrer élitistes. C’est formidable d’avoir des leaders, des ingénieurs et des inventeurs exceptionnels mais quand vous créez une grande entreprise, vous créez également d’autres facultés – soutien de produit, marketing, et autres énergies créatrices. »

Israël n’est pas seulement « un pôle technologique dans le monde, nous sommes un pôle créatif ».

JVP d’Erel Margalit inaugure un nouveau centre de technologies alimentaires à Kiryat Shmona, le 2 septembre 2021. (Crédit : Ofer Freiman)

L’industrie technologique israélienne souffre non seulement d’un manque de main-d’œuvre accru mais elle manque aussi de diversité : les travailleurs ultra-orthodoxes ne représentent que seulement 3 % de la main-d’œuvre ; les Arabes israéliens, 2 % ; le taux de l’emploi des femmes dans l’industrie technologique est d’environ 30 % avec seulement 18 % dans des rôles de management technologiques et 9 % à des postes de direction. Selon un rapport publié au début de l’année par Start-Up Nation Central, environ 4,5 % des firmes technologiques israéliennes ont été fondées par des équipes féminines, contre 84,5 % par des équipes d’hommes.

Beaucoup de gens, dans le secteur de l’industrie technologique israélienne – et chez les politiques – « ont de très bonnes intentions et adoreraient soutenir l’inclusion mais ils ne savent pas comment », dit Margalit.

L’une des idées à l’origine du modèle de Startup City est de puiser dans les talents locaux et inclusifs, explique-t-il. « Il faut vraiment écouter une région, une ville, la comprendre et trouver ses forces. »

Si Israël veut se démarquer dans certains secteurs au cours des prochaines années, « ça ne peut pas être uniquement depuis Tel Aviv ».

Startup City Galil, par exemple, puise dans les talents agricoles et alimentaires à Kiryat Shmona, les 22 kibboutzim voisins et dans les villages druzes et arabes « pour permettre à toute cette énergie de devenir un centre multi-dimensionnel d’excellence. Cela peut donner naissance à quelque chose d’exceptionnel ».

Un pari sur la technologie alimentaire

Margalit estime que la technologie alimentaire, en tant que composante de la technologie du climat, « va être un thème important » pour JVP.

« Nous allons devoir changer la manière dont nous mangeons et la manière dont nous pensons notre agriculture si nous voulons survivre. C’est existentiel, c’est à-propos et c’est intéressant », explique-t-il. Contrairement à la cyber-sécurité, qui peut paraître opaque pour ceux qui ne sont pas dans le secteur, les technologies alimentaires « sont réelles, elles parlent de la vie et de la culture humaine ».

L’inauguration d’un nouveau centre de technologies alimentaires à Kiryat Shmona, le 2 septembre 2021. (Autorisation)

« La culture et l’alimentation font partie intégrante de l’identité. Quand nous effectuerons certains changements, nous permettrons aux jeunes générations de venir avec de nouvelles idées… sur la manière dont ils souhaitent participer. Les technologies alimentaires, ce n’est pas quelque chose auquel on pense depuis très longtemps en tant que catégorie high-tech. Et c’est ce qui est devenu intéressant pour nous », explique-t-il.

Par ailleurs, Margalit a prédit qu’Israël pourrait avoir un certain nombre de licornes dans le secteur des technologies alimentaires dans les prochaines années.

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