Un officiel arabe haut placé espionne pour Israël depuis 5 ans sans le savoir
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Un officiel arabe haut placé espionne pour Israël depuis 5 ans sans le savoir

L'unité de renseignement humain de l'armée israélienne se confie sur l'une de ses plus grandes sources de renseignement, surnommée "Torpille", dans un pays arabe

Image d'un espion. (cyano66; iStock par Getty Images)
Image d'un espion. (cyano66; iStock par Getty Images)

On pourrait croire à un scénario de film : selon l’armée israélienne, l’Etat juif dispose d’un espion à un poste très haut placé dans un Etat arabe – sans que lui-même ne sache qu’il fournit des informations inestimables à Israël.

L’affaire a été présentée jeudi dans le quotidien Yedioth Ahronoth, qui a publié un extrait d’un article plus long qui sera publié ce week-end, après avoir reçu l’autorisation de publication par les autorités de censure militaire.

Selon le journal, la source haut placée dans un pays arabe non identifié, surnommée « Torpille », travaille pour ce qu’elle pense être un organisme civil. Elle a été recrutée au cours d’une opération complexe il y a cinq ans, et continue encore aujourd’hui, sans le savoir, à fournir des informations d’une importance capitale pour Israël.

L’article cite des officiels de l’Unité 504 du renseignement militaire, qui supervise les agents en dehors de frontières d’Israël, ajoutant que c’est à l’initiative de cette unité que l’histoire a été publiée.

« Nous visons toujours haut, vers des sources avec une forte valeur en renseignement, à des responsabilités très importantes », a déclaré le commandant en charge du dossier, un lieutenant colonel qui a seulement été identifié par la première lettre hébraïque de son prénom, Ayin.

« Cela augmente le niveau de difficulté, parce que toute personne atteignant une telle position est plus âgée et plus expérimentée, alerte et suspicieuse », a ajouté Ayin, qui est en charge des questions liées à une région spécifique dans l’unité 504.

L’article donne des détails sur la façon dont le contact initial a été établi avec l’officiel arabe, ce qui donne une idée des tactiques de l’une des unités les plus secrètes de l’armée israélienne.

Tout d’abord, ses soldats ont étudié tous les renseignements fournis par d’autres sources de son entourage, vérifiant s’il est en mesure de se rendre à l’étranger et à quelle fréquence, sa vie privée, s’il se sent « piégé » et s’il pense qu’il peut faire plus et gagner plus, peut-être dans le secteur privé.

Le commandant de l’unité 504 reçoit une décoration officielle en avril 2019. Pour des raisons de sécurité, l’identité du commandant est classifiée. (Crédit : Tsahal)

Dans cette affaire, la décision extraordinaire de recruter « Torpille » a été prise en secret, sans qu’il ne sache qu’il était recruté comme un informateur israélien.

« En tant qu’organe civil, nous  n’intimidons pas la cible et ne lui faisons pas peur », a déclaré l’agent de liaison de « Torpille », également identifié par la première lettre hébraïque de son prénom, Dalet.

« On entre dans ce que l’on appelle sa ‘zone de déni’ – quelque chose qu’il n’a probablement pas le droit de faire, mais qui n’est pas aussi extrême que de travailler pour Israël. Pour lui, cela ne constitue pas une ligne rouge ».

Sa couverture a ensuite été bâtie, et l’opération a commencé.

« Après avoir collecté les informations sur ‘Torpille’, j’ai découvert qu’il disposait d’une connaissance, un parent éloigné, qui vit à l’étranger et qui était auparavant lié à un certain secteur », a été cité Dalet dans l’article. « J’ai contacté cette connaissance en ligne et j’ai commencé à lui poser des questions sur les sujets dont il est expert. Il était content de coopérer ».

Dalet raconte qu’il n’a pas mentionné Torpille pendant toute la conversation et attendu que la connaissance – qui était contente de commencer à collaborer – évoque son nom d’elle-même.

« Il m’a parlé de cette personne qui est un officiel haut gradé dans le pays. Il m’a expliqué qu’étant donnée sa position, il était proche de nombreux hauts responsables, bien placés », relate Dalet.

« Je lui ai dit que je réfléchirai aux idées évoquées lors de notre conversation et que je reviendrai vers lui avec une réponse. Mon objectif était de lui donner l’impression que je n’étais pas pressé, que je n’avais pas besoin de lui. Je voulais créer du suspens. Pour qu’il vérifie sa messagerie chaque jour et qu’il attende ma réponse ».

C’est là que l’extrait se termine. L’histoire complète comprendrait des détails sur les prochaines étapes, quand le contact a été établi dans un immeuble de bureau au-dessus d’un lac. L’article donne également des détails sur les hésitations de « Torpille » et sur la réussite de l’armée israélienne à l’utiliser comme un atout – jusqu’à ce jour.

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