Un officiel de la Maison Blanche reconnait avoir manipulé des éléments pour vendre l’accord iranien
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Un officiel de la Maison Blanche reconnait avoir manipulé des éléments pour vendre l’accord iranien

Le besoin de réconciliation avec des adversaires peut prendre le dessus sur la volonté de satisfaire des alliés, reconnaît Ben Rhodes ; Panetta n’est pas sûr qu’Obama frapperait l’Iran pour arrêter son programme nucléaire

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Ben Rhodes, conseiller adjoint de la Maison Blanche pour la sécurité nationale  (Crédit : capture d'écran/CNN)
Ben Rhodes, conseiller adjoint de la Maison Blanche pour la sécurité nationale (Crédit : capture d'écran/CNN)

Un haut responsable de l’administration Obama a reconnu que les coulisses des négociations sur l’accord nucléaire avec l’Iran ont été déformées afin de donner l’impression d’un régime iranien plus modéré et de rassembler ainsi plus de soutien à l’accord au sein de l’opinion publique américaine.

La révélation a été faite dans un portrait de l’assistant du conseiller à la sécurité nationale pour les communications stratégiques, Ben Rhodes, écrit par le journaliste de New York Times David Samuels et publié jeudi.

Dans le même article, l’ancien chef de la CIA, Leon Panetta, a supposé que si le président américain Barack Obama a peut-être été prêt, à un certain point, à utiliser la force militaire pour arrêter le développement de la bombe iranienne, il doute que cette même détermination existe encore aujourd’hui.

Pendant ses conversations avec Rhodes, Samuels a appris comment l’administration affirmait que des discussions clefs avec l’Iran ont commencé en 2013, après l’élection de ce qui semblait être un gouvernement plus modéré conduit par Hassan Rouhani, alors qu’en réalité des négociations avaient commencé, et ont formé la base de ce qui est ensuite devenu le Plan d’Action Commun, des mois plus tôt en 2012, sous la précédente présidence iranienne, avec une ligne plus dure.

En juillet 2015, l’Iran et les puissances mondiales ont signé l’accord dans lequel Téhéran acceptait de démanteler des éléments de production d’armes de son programme nucléaire en échange d’une levée des dures sanctions économiques.

Des officiels israéliens, menés par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, et de nombreux membres du Sénat américain, se sont fortement opposés à l’accord, qui, selon eux, n’allait pas assez loin pour enlever à l’Iran sa capacité d’obtenir des armes nucléaires.

Rhodes explique comment des politiques ont été envisagées dans lesquelles la réconciliation avec des adversaires passait par dessus la volonté de satisfaire des alliés existants.

« Nous pouvons faire des choses qui vont à l’encontre de la pensée classique du type ‘l’AIPAC n’aime pas cela’, ou ‘le gouvernement israélien n’aime pas cela’, ou ‘les pays du Golfe n’aiment pas cela’, a déclaré Rhodes. C’est la possibilité de relations améliorées avec des adversaires. C’est la non prolifération. »

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry, les ministres des Affaires étrangères britannique  Philip Hammond, russe Sergueï Lavrov, allemand Frank-Walter Steinmeier, français Laurent Fabius, chinois Wang Yi, la secrétaire générale de l'UE pour le Service d'action extérieure, Helga Schmid, la haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Sécurité, Federica Mogherini, le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif et l'ambassadeur d'Iran à l'AIEA, Ali Akbar Salehi, pendant les négociations sur le programme nucléaire iranien, à Vienne, en Autriche, le 6 juillet 2015. (Crédit : Joe Klamar / AFP)
Le secrétaire d’Etat américain John Kerry, les ministres des Affaires étrangères britannique Philip Hammond, russe Sergueï Lavrov, allemand Frank-Walter Steinmeier, français Laurent Fabius, chinois Wang Yi, la secrétaire générale de l’UE pour le Service d’action extérieure, Helga Schmid, la haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Sécurité, Federica Mogherini, le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif et l’ambassadeur d’Iran à l’AIEA, Ali Akbar Salehi, pendant les négociations sur le programme nucléaire iranien, à Vienne, en Autriche, le 6 juillet 2015. (Crédit : Joe Klamar / AFP)

« La manière dont on a présenté à la plupart des Américains l’histoire de l’accord avec l’Iran, que l’administration Obama aurait commencé à sérieusement discuter avec des officiels iraniens en 2013 afin de profiter de la nouvelle réalité politique en Iran, après les élections qui ont porté les modérés au pouvoir dans le pays, a été largement fabriquée dans le but de vendre l’accord », écrit Samuels.

« Même lorsque les éléments de cette histoire sont vrais, les conclusions que les lecteurs ou les spectateurs sont encouragés à tirer de ces éléments sont souvent trompeuses ou fausses », a-t-il continué.

Selon l’entretien donné au New York Times, la proposition finale pour un accord temporaire, qui est devenue la base de l’accord final, a été obtenue en mars 2013, trois mois avant l’entrée en fonction du président Rouhani, « modéré ».

Obama a présenté une version altérée au monde, y compris lorsqu’il a déclaré dans un discours le 14 juillet 2015, qu’ « aujourd’hui, après deux ans de négociations, les Etats-Unis, avec nos partenaires internationaux, ont obtenu ce que des décennies d’animosité n’ont pas réussi à obtenir. »

« L’idée d’une nouvelle réalité en Iran était utile politiquement pour l’administration Obama, écrit Samuels. En obtenant une crédibilité large auprès du public sur l’idée qu’il y avait un changement radical dans le régime, et que l’administration se tournait vers les Iraniens modérés qui voulaient des relations pacifiques avec leurs voisins et avec l’Amérique, Obama a pu éviter ce qui aurait autrement constitué un débat clivant mais clarifiant sur les réels choix politiques qui son administration prenait. »

Samuels s’est aussi entretenu avec Panetta, ancien chef de la CIA et ancien secrétaire de la Défense de l’administration Obama sur sa participation à l’accord iranien. Panetta a admis qu’à aucun moment lors des contacts avec l’Iran, la CIA n’a considéré le régime de Téhéran comme étant divisé en deux factions, dure et modérée.

« Il n’y avait pas de doute que la Force Quds [une unité de forces spéciales des Gardiens de la Révolution iraniens] et le Guide suprême dirigeaient les pays d’une main ferme, et il n’y avait pas de doute que ce type de point de vue opposé pourrait, d’une certaine manière, prendre de l’ampleur ».

US Secretary of Defense Leon Panetta (L) shakes hands with Prime Minister Benjamin Netanyahu in Washington (photo credit: CC-BY-Secretary of Defense, Flickr)
Le secrétaire à la Défense des Etats-Unis, Leon Panetta (à gauche), avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Washington D.C., le 6 mars 2012. (Crédit : CC-BY-Secretary of Defense, Flickr)

En tant que secrétaire à la Défense, Panetta a été chargé de s’assurer que Netanyahu et son ministre de la Défense de l’époque, Ehud Barak, ne lancent pas de frappe préventive contre les installations nucléaires de l’Iran. Un point majeur était de savoir si Israël pouvait compter sur le recours à la force des Etats-Unis si nécessaire pour arrêter l’Iran de produire des armes nucléaires. Si c’était envisageable à une époque, Panetta affirme maintenant qu’il n’est plus aussi sûr.

Netanyahu et Barak « étaient tous les deux intéressés par la réponse à cette question : ‘Le président est-il sérieux ?’, a déclaré Panetta. Et vous savez, ayant parlé avec le président, mon point de vue était : si nous en venions au point d’avoir des preuves qu’ils développent une arme nucléaire, je pense que le président est sérieux sur le fait qu’il ne laissera pas cela se produire. »

« Ferais-je la même déclaration maintenant ?, a continué Panetta. Probablement pas. »

Du point de vue de Panetta, Obama doutait de l’utilité d’un usage de la force militaire à grande échelle, percevant ce type d’action comme pouvant plus probablement produire des effets négatifs.

« Je pense que l’héritage sur lequel il travaillait était de dire : ‘Je suis celui qui va mettre un terme à ces guerres, et la dernière chose dont j’ai besoin est de lancer une autre guerre’, a-t-il déclaré. Si vous augmentez les sanctions, cela pourrait entraîner une guerre. Si vous commencez à vous opposer à leurs intérêts en Syrie, et bien, cela aussi pourrait lancer une guerre ».

Rhodes admet que l’administration a encore des doutes sur la nature réformatrice de Rouhani et d’autres, comme le ministre iranien des Affaires étrangères Javad Zarif, qui était le négociateur clef dans la finalisation de l’accord nucléaire.

« Ecoutez, avec l’Iran, d’une manière étrange, ce sont des questions d’état à état, a déclaré Rhodes. Il y a des accords entre des gouvernements. Oui, je préférerais que Rouhani et Zarif soient de vrais réformateurs voulant mener ce pays dans la direction vers laquelle je crois qu’il peut aller, parce que leurs citoyens sont éduqués, et, sous certains aspects, pro-américains. Mais nous ne parions pas là-dessus ».

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