Un postdoctorant israélien poursuit Stanford pour discrimination
Le chercheur affirme que le laboratoire a falsifié ses résultats et l’a faussement accusé de harcèlement sexuel ; Stanford dit que les accusations sont infondées
Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

Un chercheur israélien a intenté jeudi une action en justice contre l’université Stanford en Californie, l’accusant de discrimination.
La plainte, déposée devant un tribunal fédéral de Californie, affirme qu’un laboratoire de Stanford a faussement accusé le Dr Shay Laps de harcèlement sexuel, a altéré ses travaux de recherche et l’a poussé à quitter son poste en raison de son identité juive et israélienne.
L’université a déclaré qu’une enquête avait été menée et qu’elle n’avait pas confirmé les accusations.
Laps a intégré Stanford au printemps 2024 comme postdoctorant dans un projet de recherche sur un traitement contre le diabète. Dès son arrivée, une membre du personnel, proche d’activistes anti-Israël sur le campus, lui aurait demandé de ne pas lui adresser la parole en personne, lui aurait refusé une place à table aux côtés de ses collègues et aurait incité d’autres membres du laboratoire à l’éviter dans les espaces communs. Selon la plainte, il était le seul Israélien de l’équipe, et cette employée traitait les autres chercheurs avec respect.
Lorsqu’un autre chercheur lui a demandé d’où il venait et qu’il a répondu « d’Israël », celui-ci lui aurait tourné le dos et ne lui aurait plus jamais adressé la parole, selon la plainte.
Une partie des fonctions de cette employée consistait à commander du matériel de recherche pour Laps, mais elle s’est montrée hostile ou peu coopérative, entravant ainsi son travail. Elle aurait ensuite falsifié ses résultats en introduisant de l’insuline dans les composés qu’il testait dans le cadre de recherches sur le diabète, avant de lui demander de détruire les échantillons ainsi altérés, l’exposant potentiellement à des accusations de fraude, selon l’action en justice.
Le directeur du laboratoire aurait qualifié ces incidents avec l’employée « d’erreurs mineures », sans même ouvrir d’enquête sur la falsification présumée.
Laps a signalé ces problèmes à son chef de laboratoire, qui lui aurait alors affirmé qu’il faisait l’objet d’une enquête pour harcèlement sexuel par le bureau du Titre IX de l’université. Il lui aurait également dit que son poste pouvait être supprimé, qu’il risquait de perdre son visa et l’aurait incité à « démissionner discrètement ». Après avoir contacté ce bureau, Laps a appris qu’aucune procédure n’était engagée à son encontre et qu’il n’était accusé de rien.
La plainte affirme que les membres du laboratoire savaient que Laps était juif et israélien, qu’il était le seul à être soumis à un traitement hostile et que la membre du personnel qui lui a posé des problèmes faisait partie d’un cercle social d’activistes anti-Israël. L’affaire s’inscrit, selon lui, dans un climat plus général d’antisémitisme et d’activisme anti-Israël à Stanford. Toutefois, la plainte ne cite pas de propos antisémites ou contre Israël directement proférés à son encontre.
Laps a déposé une plainte officielle pour discrimination. L’enquête interne de l’université a conclu qu’il n’avait pas été « discriminé en raison de son identité juive ou israélienne », mais l’action en justice soutient que cette enquête était insuffisante.
Il a finalement été écarté du laboratoire, sa bourse a été révoquée, et il a dû quitter les États-Unis faute de visa, ce qui a gravement nui à sa carrière et à sa réputation, selon l’action en justice.
Dans un communiqué transmis jeudi au Times of Israel, l’université a nié toute discrimination.
« Stanford prend très au sérieux toute allégation d’antisémitisme. Dans ce cas, et sur la base de toutes les allégations rapportées par le Dr Laps, une enquête interne approfondie a conclu qu’elles n’étaient pas fondées », a affirmé un porte-parole.
Avant Stanford, Laps, hautement qualifié, jouissait d’un excellent dossier académique. En Israël, il avait obtenu une bourse universitaire de Tsahal lui permettant de différer son service militaire pour étudier la chimie. Il a ensuite effectué un service national en enseignant à des lycéens défavorisés. Titulaire d’un doctorat du Technion, l’un des établissements les plus prestigieux d’Israël, il a reçu plusieurs prix et distinctions pour ses accomplissements académiques.
L’action en justice a fait valoir que l’hostilité à l’égard de Laps s’inscrivait dans une tendance plus large d’antisémitisme et de discrimination à l’égard des Israéliens dans l’établissement universitaire. Un rapport interne datant de mai 2024 a constaté que cette discrimination était répandue et a accusé l’université de « ne pas avoir réagi à la vague croissante d’antisémitisme ». L’action en justice indique que Laps était en contact avec d’autres Israéliens sur le campus qui ont fait état de traitements similaires.
L’action en justice vise à obtenir des dommages et intérêts, notamment pour salaires impayés, une reconnaissance officielle de la diffamation dont Laps aurait été victime de la part du laboratoire, ainsi qu’une injonction interdisant à Stanford toute forme de discrimination à l’encontre des Juifs ou des Israéliens, parmi d’autres mesures.
Laps est soutenu par le Louis D. Brandeis Center for Human Rights Under Law, une organisation à but non lucratif qui recourt au droit pour défendre les droits civils des Juifs. Ce centre, ainsi que d’autres groupes de défense, mène régulièrement des actions contre des universités ou institutions accusées de discrimination.
Certaines de ces plaintes sont réglées à l’amiable, d’autres sont rejetées, et certaines conduisent à des engagements publics de la part des universités. Lundi, le Barnard College de New York, affilié à Columbia, a par exemple annoncé des mesures contre l’antisémitisme dans le cadre du règlement d’une plainte déposée par des étudiants juifs.
L’activisme anti-Israël, déjà présent sur les campus américains avant le pogrom meurtrier perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas en octobre 2023 dans le sud d’Israël, s’est encore intensifié depuis. Les filières scientifiques demeurent toutefois perçues comme moins exposées à cette agitation que les sciences sociales, notamment les études ethniques.







