Un premier groupe de demandeurs d’asile pourrait être expulsé en fin de semaine
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Un premier groupe de demandeurs d’asile pourrait être expulsé en fin de semaine

Le ministère de l'Intérieur et les militants s’activent alors que 200 premiers Erythréens pourraient être contraints de choisir entre l’expulsion et la prison ce vendredi

Deux cents demandeurs d’asile érythréens sont menacés d’expulsion dès ce vendredi : ils devront en effet choisir de quitter le pays ou se faire emprisonner au centre de détention de Saharonim.

Le 4 février, le ministère de l’Intérieur a commencé à distribuer des avis d’expulsion aux demandeurs d’asile venus renouveler leur visa de deux mois à Bnei Brak. Les avis leur donnent deux mois pour quitter le pays avec une subvention de 3 500 dollars, ou ils se feront incarcérer à la prison de Saharonim.

Cependant, un groupe de 200 demandeurs d’asile, détenus dans le centre de détention de Holot, ont reçu des avis d’expulsion le 17 janvier, et disposaient de 30 jours pour se décider. S’ils refusent de quitter le pays le 16 février, ils seront conduits à la prison de Saharonim, à quelques pas du centre de détention de Holot.

Durant ce laps de temps, le ministère de l’Intérieur et les militants érythréens ont intensifié leurs efforts concernant les demandeurs d’asile.

Dans le sud de Tel Aviv, l’Autorité de la population, de l’immigration et des frontières a distribué des flyers promettant 3 500 dollars, des billets d’avion et une assistance afin que les demandeurs d’asile puissent obtenir des visas pour pouvoir voyager.

En janvier, lors du Forum économique mondial de Davos, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a expliqué qu’Israël expulserait seulement les demandeurs d’asile qui partent volontairement, ce qui signifie que le ministère de l’Intérieur doit convaincre les demandeurs d’asile que l’expulsion est leur meilleure option. Auparavant, Netanyahu avait menacé d’expulser de force des demandeurs d’asile.

De l’autre côté, des leaders parmi les demandeurs d’asile et des activistes tentent de décourager quiconque d’accepter l’expulsion. Selon eux, plus il y aura de personnes à refuser l’expulsion, plus la prison de Saharonim subira une pression lorsque le centre de détention de Holot fermera en mars prochain.

En effet, de hauts fonctionnaires du Service pénitentiaire israélien ont déclaré que le pays ne disposait pas de suffisamment de cellules pour emprisonner les milliers de personnes qui refuseraient le départ volontaire ou l’expulsion.

Selon le ministère de l’Intérieur, on compte environ 38 000 migrants et demandeurs d’asile africains en Israël. Environ 72 % sont Erythréens et 20 % sont Soudanais. La grande majorité d’entre eux sont arrivés entre 2006 et 2012.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré la semaine dernière que les demandeurs d’asile étaient en fait des « immigrants illégaux qui viennent ici pour travailler » et qu’ils dégradaient les quartiers du sud de Tel Aviv, où vivent la grande majorité d’entre eux.

Selon diverses sources, le gouvernement veut expulser 600 demandeurs d’asile par mois durant la première année du programme.

Les flyers distribués dans le sud de Tel Aviv par l’Autorité de la population, de l’immigration et des frontières, le 2 février 2018 (publié avec permission)

L’Autorité de la population, de l’immigration et des frontières a distribué des flyers en quatre langues avertissant les demandeurs d’asile que la subvention de 3 500 dollars diminuera à l’avenir et que les demandes d’asile déposées après le 1er janvier 2018 ne retarderont pas les expulsions.

Des flyers annonçant ce « programme spécial » ont été dispersés sur les trottoirs du quartier de Neve Shaanan, alors même qu’il est illégal de disperser des tracts et des cartes de visite sur les trottoirs de Tel Aviv. Quiconque enfreint cette loi, qui vise à empêcher la publicité pour la prostitution et les services d’escort, peut faire l’objet d’une amende, mais seulement si les inspecteurs de la municipalité prennent les coupables en flagrant délit alors qu’ils jettent les flyers au sol.

Un porte-parole de la municipalité de Tel Aviv a déclaré que la ville étudiait la question et prévoyait d’avertir le ministère de l’Intérieur des éventuelles amendes qu’il pourrait encourir. Sabine Hadad, porte-parole de l’Autorité de la population, de l’immigration et des frontières, a déclaré que des dépliants avaient été distribués à Bnei Barak à des personnes dans des files d’attente et qu’ils n’avaient ensuite aucun contrôle sur ces dépliants.

En réponse, des demandeurs d’asile et des activistes ont intensifié leurs efforts afin de remonter le moral de cette communauté africaine inquiète et effrayée. Des milliers de demandeurs d’asile ont manifesté devant l’ambassade rwandaise de Herzliya mercredi dernier pour la deuxième fois en deux semaines, exigeant que le pays n’accepte pas les demandeurs d’asile expulsés d’Israël.

Des flyers jetés sur les trottoirs du sud de Tel Aviv, le 2 février 2018 (Judah Ari Gross / Times of Israël)

Des militants érythréens du mouvement d’opposition Eritreans United for Justice ont également organisé des « journées pour le moral » au centre de détention de Holot afin de convaincre les demandeurs d’asile de ne pas accepter l’expulsion, même si cela signifiait un prolongement de leur détention.

« Les gens ne savent pas ce qui se passe ; les responsables du gouvernement leur disent qu’ils seront en sécurité et bénéficieront de la protection du Rwanda et de l’Ouganda ; nous leur expliquons que ce n’est pas vrai », a déclaré Afoworki Kidane, 37 ans, Erythréen, qui vit en Israël depuis huit ans et qui a aidé à l’organisation d’une « journée pour le moral » à Holot le 29 janvier.

Des demandeurs d’asile africains et des activistes pour les droits de l’Homme manifestent contre le projet d’expulsion devant l’ambassade du Rwanda, à Herzliya, le 7 février 2018 (Miriam Alster / Flash90)

Au cours d’une « journée de moral », des volontaires érythréens, dont beaucoup ont passé un an à Holot, ont apporté de la nourriture traditionnelle érythréenne. Un groupe de musique local a également joué devant les portes de Holot. Holot est un centre de détention à ciel ouvert, ce qui signifie que les demandeurs d’asile peuvent partir la journée, mais doivent être au centre entre 22 heures et 8 heures du matin.

Les activistes du mouvement Eritreans United for Justice – qui est à la base un mouvement politique d’Erythréens de la diaspora qui souhaitent renverser le dictateur Isaias Afwerki – ont prononcé des discours en langue Tigrinya encourageant les Erythréens à rester en Israël, même si cela signifie une incarcération prolongée.

Les demandeurs d’asile doivent renouveler leur visa tous les deux mois auprès de l’Autorité de la population, de l’immigration et des frontières à Bnei Brak. Etant donné que le centre de Holot devrait fermer ses portes en mars, toute personne qui refuse l’expulsion pourrait être emprisonnée à la prison de Saharonim, même si les autorités pénitentiaires ont averti que le complexe ne comptait pas assez de places pour emprisonner des milliers de demandeurs d’asile.

Des demandeurs d’asile érythréens devant le centre de détention de Holot, dans le sud d’Israël, le 29 janvier 2018 (Luke Tress / Times of Israël)

Kidane estime qu’environ 5 % des demandeurs d’asile envisagent de quitter volontairement le pays et de toucher la subvention de 3 500 dollars. « Nous leur disons d’aller en prison », a déclaré Kidane. « J’ai passé une année à Holot, et s’ils me disent que je dois retourner à Saharonim, j’y retournerais. »

Kidane était chimiste au ministère du Commerce et de l’Industrie en Erythrée quand il a été arrêté après avoir remis en question l’administration du pays lors de réunions du personnel, a-t-il dit. Kidane s’est échappé de prison et a fui en Ethiopie, avant de continuer vers le Soudan, puis l’Egypte, et de traverser illégalement en Israël.

« L’Ouganda et le Rwanda ne sont pas des pays où l’on sera en sécurité. L’Erythrée y a des espions, et ils nous tueront ou nous kidnapperont », a affirmé Kidane.

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