Un rapport émerge – enfin – sur la raffinerie polluée de Haïfa
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Un rapport émerge – enfin – sur la raffinerie polluée de Haïfa

Un long document adressé au bureau du Premier ministre recommande la fermeture des usines de Bazan plutôt qu'une relocalisation

Une vue des raffineries de pétrole de Haïfa (Crédit :Yaniv Nadav/Flash90)
Une vue des raffineries de pétrole de Haïfa (Crédit :Yaniv Nadav/Flash90)

Un rapport, conclusion d’un travail de deux ans sur l’avenir des industries pétrochimiques et de raffinerie de la baie de Haïfa, a été finalement rendu public, bien que de nombreux extraits restent encore inaccessibles à tous.

Cette diffusion, lundi, fait suite à une plainte au nom de la liberté d’information déposée contre le bureau du Premier ministre par l’organisation à but non-lucratif Hazlacha. Le tribunal a donc ordonné sa publication, qui reste soumise à des restrictions dues à la confidentialité commerciale et sécuritaire.

Bazan Group Oil Refineries occupe une surface de presque 2 013 hectares dans la baie de Haïfa, à proximité de l’une des zones les plus peuplées du nord d’Israël. Sa raffinerie de pétrole, qui importe du pétrole brut pour fabriquer toute une gamme de produits raffinés, génère 60 % des profits du groupe au sein de l’Etat juif, selon le rapport. Les filiales, pour leur part, fabriquent des produits allant du bitume pour les surfaces des routes aux huiles, cires, lubrifiants et polymères.

L’agence de conseil de gestion internationale McKinsey avait été embauchée, il y a deux ans, par le Conseil économique national au sein du bureau du Premier ministre dans le cadre de discussions interministérielles sur l’avenir des entreprises du groupe Bazan. Elle avait été chargée d’examiner les coûts économiques du déménagement de Bazan et, de manière plus spécifique, de prendre en considération les coûts et les bénéfices de quatre options distinctes : le maintien de Bazan sans changement, au même endroit ; une fermeture partielle du site ; sa fermeture totale, selon des calendriers variés qui avaient été proposés ; ou sa relocalisation dans une zone non-urbaine, ailleurs dans le pays.

Vue de cheminées d’une raffinerie dans la baie de Haïfa. (Crédit : Shay Levy/Flash90)

La pire option du point de vue économique serait une fermeture partielle, a noté le rapport, dans la mesure où, tout en réduisant la pollution, le site ne libérerait pas de terrains pour d’éventuelles autres exploitations, bloquant toute possibilité de développement par la présence d’un complexe de raffinerie encore en activité.

La relocalisation de Bazan, a fait savoir McKinsey, représenterait un pauvre retour sur investissement. Elle coûterait plus de 18 milliards de shekels pour la construction de nouvelles structures – en coûts directs uniquement – et prendrait au moins sept ans, ce qui rend cette possibilité économiquement peu séduisante. Elle aurait également un impact négatif sur les revenus gouvernementaux à court-terme ainsi que pour les autorités locales de la baie de Haïfa, qui perdraient des revenus fiscaux jusqu’au redéveloppement de la zone et la reprise consécutive du paiement de taxes.

Par ailleurs, une fermeture totale réduirait les émissions – selon le ministère de la Protection environnementale, Bazan est responsable de
25 % à 30 % des principales pollutions de l’air dans la baie de Haïfa – et elle libérerait des terrains, dont la valeur est estimée à une valeur oscillant entre les 7 et les 20 milliards de shekels en fonction des terrains qui seraient construits. La construction de 75 000 à 175 000 unités résidentielles, par exemple, vaudrait 13,1 milliards de shekels. Les coûts de la remise en état des sols toxiques devraient alors venir s’ajouter.

Ces chiffres ne prennent pas en compte l’augmentation de la valeur de l’immobilier existant à Haïfa, ni les bénéfices apportés par la réduction des émissions ou une accélération du développement métropolitain. « Ces bénéfices qui sont difficiles à quantifier pourraient augmenter la valeur d’une fermeture potentielle », note le rapport.

La filiale de Bazan Carmel Olefins, qui fabrique des polymères, représente une part significative des profits du Bazan Group et est la plus grande émettrice de benzène. La fermer réduirait ces émissions de 34 % et les émissions de protoxyde d’azote de 25 %, explique le rapport (les détails sur l’impact sur les profits du groupe de la fermeture de Carmel Olefins ont été expurgés).

La fermeture d’une autre filiale, Gadiv, qui fabrique des arômes (qui servent de base pour différentes sortes de produits pour les consommateurs) couperait les émissions de benzène de 27 %, les émissions de toluène de 46 % et celles de xylène de 76 %, alors que la firme ne représente qu’une petite partie des profits du groupe, poursuit le rapport. Une fois encore, l’impact exact sur les bénéfices, pour le groupe, n’est pas précisé.

La majorité des données portant sur la fermeture de Bazan se sont basés sur quatre calendriers différents, s’étendant de 2020 à 2040. Mais ils ont été conservés secrets, ainsi que les détails portant sur l’impact direct de Bazan sur le PIB israélien ; les coûts d’assainissement des terrains (une procédure qui pourrait nécessiter environ dix ans) pour la baie de Haïfa si Bazan devait être fermée ou relocaliser ; les commentaires faits sur la capacité des infrastructures locales à absorber des importations en hausse en cas de fermeture totale ou partielle de Bazan ainsi que les chiffres de l’offre et de la demande pour les filiales et produits variés de Bazan.

L’une des conclusions les plus significatives à avoir été expurgées comparait les profits réalisés par le groupe aux coûts de la pollution dont il est à l’origine.

La fermeture partielle ou totale des raffineries de Bazan augmenterait la dépendance d’Israël face aux importations de pétrole et nuirait aux filiales polymères et chimiques du groupe, note le rapport. Une partie du manque pourrait s’équilibrer grâce à un renforcement de la production de l’autre raffinerie du pays, qui se trouve à Ashdod, sur la côte sud, même si certaines importations seraient encore nécessaires. Les polymères pourraient être achetés dans l’est de l’Asie à des prix concurrentiels. Les arômes – Israël se contente d’en consommer de petites quantités – pourraient être trouvés en Europe.

Alors qu’Israël est principalement lié à l’Europe pour ses importations et ses exportations, McKinsey a basé ses estimations sur la rentabilité de Bazan, à l’avenir, sur la perspective de raffinages qui seraient effectués en Europe, évaluant toutefois que la demande là-bas déclinerait, chaque année, de 0,3 % à 0,7 % avec l’amélioration de l’efficacité énergétique et la présence croissante, sur le marché des véhicules électriques.

La municipalité de Haïfa et l’Autorité des Terres d’Israël souhaiteraient que les usines quittent la baie. Un porte-parole municipal a expliqué que les responsables étudiaient actuellement le rapport.

Le gouvernement, à l’heure actuelle, n’aurait aucun plan concret sur l’avenir de Bazan à Haïfa et le ministère des Finances ne dispose pas de budget pour changer le statu-quo.

Le Bazan Group est propriété, en partie, du milliardaire Idan Ofer via l’Israel Corporation, la plus grande compagnie de holding présente sur le marché boursier de Tel Aviv. Israel Corp. possède aussi d’importantes parts dans Israel Chemicals (ICL), qui extrait de la potasse, des phosphates, du bromure et du magnésium et qui produit des fertilisants et autres produits chimiques.

Une vue de l’une des tours de refroidissement de la raffinerie pétrolière de Haïfa quelques heures après l’effondrement de l’une d’elles, le 12 juin 2020. (Crédit : Meir Vaknin/Flash90)

Tandis que les affaires de l’ICL restent principalement à l’abri des regards, dans les profondeurs du désert du Negev, le Bazan Group se trouve, pour sa part, dans un secteur très urbanisé, symbolisé par deux anciennes tours de refroidissement massives, dont l’une s’est effondrée vendredi.

Au mois de décembre, le groupe de défense de l’environnement Adam Teva V’Din a estimé que les usines de la famille Ofer avaient été responsables d’au moins 1,2 milliard de dommages causés à la santé publique par la pollution de l’air en 2018.

Au début du mois, la cour des magistrats de Haïfa a condamné le Bazan Group à une amende de 1,2 million de shekels pour négligence, pollution et violation des permis en lien avec un incendie massif qui avait entraîné la formation de nuages noirs toxiques au-dessus de la baie de Haïfa pendant plusieurs heures, à la fin du mois de décembre 2016.

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