Un reportage Al Jazeera détaille l’opération israélienne qui a mal tourné à Gaza
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Un reportage Al Jazeera détaille l’opération israélienne qui a mal tourné à Gaza

Des agents du Hamas sont devenus soupçonneux après avoir arrêté deux camionnettes transportant des agents israéliens sous couverture, 14 hommes et 2 femmes, dotés de faux papiers

Une image extraite d'un documentaire d'Al-Jazeera diffusé en décembre 2019, détaillant un raid des renseignements israéliens dans la bande de Gaza l'année précédente (Capture d'écran : YouTube)
Une image extraite d'un documentaire d'Al-Jazeera diffusé en décembre 2019, détaillant un raid des renseignements israéliens dans la bande de Gaza l'année précédente (Capture d'écran : YouTube)

La chaîne de télévision Al Jazeera a diffusé, ce week-end, un documentaire visant à révéler de nouvelles informations au sujet d’une opération des forces spéciales de l’armée israélienne dans la bande de Gaza qui avait mal tourné.

Elle s’était achevée par une fusillade ayant entraîné la mort d’un soldat israélien et de sept hommes armés palestiniens.

Au cours de cette émission de 50 minutes, les membres de l’aile armée du groupe terroriste à la tête de la bande de Gaza, les brigades Ezzedine al-Qassam, ont expliqué que leurs soupçons étaient apparus lorsque deux camionnettes transportant une équipe d’agents israéliens sous couverture avaient été arrêtées sur la route et que leurs passagers avaient été interrogés.

« Nous leur avons dit de s’arrêter, nous avons fait sortir les passagers des véhicules et nous les avons interrogés pendant environ 40 minutes. Nous avons demandé à l’un d’entre eux de se soumettre à un interrogatoire supplémentaire avec le commandant de brigade Nour Baraka, mais ils ont refusé, ce qui a redoublé nos soupçons », raconte un membre masqué devant la caméra.

« Mais plusieurs d’entre eux nous ont rendu soupçonneux… Quand je leur ai demandé ce qu’ils faisaient dans le secteur, ils m’ont répondu qu’ils allaient rendre visite à un parent à l’hôpital européen », explique un combattant, identifié sous le nom d’Issa. « Mais le parcours qu’ils avaient emprunté n’avait aucun sens parce que la route de Salah ad-Din était à la fois plus proche de nous et plus facile à utiliser ».

Après que les Israéliens ont réalisé avoir perdu leur couverture, Issa déclare que l’un d’eux a ouvert le feu, tentant désespérément d’échapper à une capture par le Hamas.

« J’ai vu une main saisir une arme avec un silencieux et tirer sur l’officier qui se trouvait le plus près de la camionnette, entre les épaules. Puis les Israéliens ont tous commencé à tirer sur nous et sur Baraka qui, bien sûr, a été tué. Moi, j’étais armé, alors j’ai sorti mon arme et j’ai tiré sur leur commandant, directement dans la tête, mais je me suis trouvé à court de munitions », dit un autre des brigades Ezzedine al-Qassam qui se présente sous le nom d’Abu Jaafar.

Selon Abu Jaafar, seize agents israéliens sous couverture au total, répartis dans deux camionnettes, étaient impliqués dans cette mission de renseignement qui a mal tourné.

Le documentaire présente également des entretiens avec des responsables et des combattants du Hamas ainsi que des enregistrements audio et des images de vidéosurveillance montrant les deux camionnettes se déplacer dans le nord de Gaza, dans la soirée du 11 novembre 2018.

Il indique que ces agents israéliens étaient entrés dans la bande de Gaza via le poste-frontière d’Erez en utilisant comme couverture une mission d’aide humanitaire, sous les couleurs d’une organisation portugaise appelée Humedic.

Une fois à l’intérieur de la bande, selon le documentaire, les commandos israéliens auraient prétendu être des Palestiniens de Cisjordanie rendant visite à des proches malades à Gaza.

Les 14 hommes et deux femmes se déplaçaient au sein de l’enclave côtière dans des camionnettes civiles. Ils se trouvaient au moment de leur interpellation à environ trois kilomètres de la frontière et étaient équipés de fausses cartes d’identité de l’Autorité palestinienne.

Selon des enregistrements de conversations radio du Hamas – dont les retranscriptions avaient été publiées par les médias israéliens l’année dernière – les forces de sécurité du groupe terroriste avaient initialement pensé avoir mis la main sur un gang de criminels de Cisjordanie.

Des responsables du Hamas ont expliqué à Al Jazeera qu’à la suite de la fusillade, ils avaient découvert un enregistreur dans l’un des véhicules. L’un des combattants interrogés par Al Jazeera a indiqué que l’appareil avait explosé, détruit par Israël, mais clamé que les forces du groupe terroriste avaient été en mesure de retrouver ses contenus.

Dans ces enregistrements, on entend les soldats israéliens paniquer après avoir perdu leur couverture. L’un d’entre eux crie en arabe à l’équipe : « Sortez ! Sortez ! »

Le documentaire identifie également certains des 16 Israéliens impliqués dans l’opération. Même si ces noms et des photographies sont disponibles sur internet, ils ne peuvent être publiés par les médias israéliens sur ordre du censeur militaire.

Les autorités israéliennes, qui ont quasiment gardé le silence sur la nature et l’issue du raid, n’ont pas confirmé l’authenticité des détails révélés par Al Jazeera.

Des Palestiniens autour des décombres d’une voiture qui aurait été détruite par une frappe israélienne à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 12 novembre 2018. (Crédit : SAID KHATIB / AFP)

Dans la nuit du 11 novembre 2018, les soldats des forces spéciales israéliennes étaient entrés dans la bande de Gaza lors d’une opération de collecte de renseignements, dont les détails sont encore soumis à un embargo militaire strict.

L’opération avait dégénéré, entraînant une fusillade et une course-poursuite frénétique. Un lieutenant-colonel israélien – qui n’a pu être identifié que par la première lettre de son nom en hébreu, Mem – avait été tué et un autre officier avait été blessé.

Les forces spéciales avaient été contraintes de se retirer en hâte, appelant des frappes aériennes pour couvrir leur fuite et l’unité de recherche et de secours 699 pour les évacuer par hélicoptère. Au cours du sauvetage des hommes, les avions israéliens avaient bombardé 70 cibles du Hamas au sein de l’enclave côtière afin de donner à l’hélicoptère la couverture nécessaire pour atterrir et recueillir les agents en déroute en toute sécurité.

En riposte au raid et à la mort de leurs hommes, le Hamas et d’autres groupes terroristes avaient lancé une attaque massive de trois jours contre l’Etat juif. Environ 500 roquettes et obus de mortier avaient été lancés vers les villes israéliennes situées à proximité de la bande de Gaza, manquant de plonger les deux parties dans une guerre ouverte.

Une image du documentaire d’Al-Jazeera diffusé en décembre 2019, détaillant un raid des renseignements israéliens dans la bande de Gaza l’année précédente (Capture d’écran : YouTube)

Une enquête militaire sur l’incident a conclu, cette année, que l’officier était mort après avoir été touché par une balle perdue tirée par les Israéliens. Une grande partie des détails de l’incident restent classifiés.

Après l’incident, les soldats ayant participé à l’opération et les membres des autres unités ayant lancé le raid de secours pour leur venir à l’aide – et notamment dans l’aviation militaire – avaient été distingués.

Judah Ari Gross a contribué à cet article.

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