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Un témoignage sur la mort de Yasser Arafat fuite dans la presse palestinienne

Des médias révèlent que les hauts-responsables de l'Autorité palestinienne étaient convaincus que l'ex-leader avait été empoisonné - une accusation jamais prouvée

Le président de l'OLP Yasser Arafat, le 10 septembre 2014. (Crédit :  AP Photo/Palestinian Authority, Hussein Hussein)
Le président de l'OLP Yasser Arafat, le 10 septembre 2014. (Crédit : AP Photo/Palestinian Authority, Hussein Hussein)

Des documents de l’enquête interne menée par l’Autorité palestinienne (AP) sur la mort de son ancien leader, Yasser Arafat, ont fuité dans la presse palestinienne, cette semaine. Ils soulignent combien les hauts-responsables de Ramallah étaient persuadés qu’Arafat n’était pas décédé de mort naturelle.

Cette fuite est survenue quelques jours avant la date-anniversaire de la mort du chef de l’AP, en 2004, même si une source a déclaré au journal al-Araby al-Jadeed que le moment choisi pour la fuite avait probablement plus à voir avec la bataille à la succession du président vieillissant Mahmoud Abbas.

Les documents révèlent la froideur des liens qui unissaient Abbas et Arafat avant la mort de ce dernier.

Les forces de sécurité de l’AP ont ouvert une enquête sur le responsable de cette fuite, ont noté les médias palestiniens.

L’enquête interne sur la mort d’Arafat avait été ouverte en 2010 et dirigée par Tawfik Tirawi, haut-responsable du parti du Fatah d’Abbas et d’Arafat.

Les conclusions de l’enquête n’ont néanmoins jamais été publiées, Tirwawi disant que les témoignages sont restés classifiés de manière à assurer l’intégrité de l’enquête.

De nombreux Palestiniens accusent Israël d’avoir empoisonné Arafat – une accusation rejetée par l’État juif. La famille d’Arafat avait porté plainte devant les tribunaux français et devant la cour de justice européenne, mais la plainte avait été rejetée dans les deux cas pour manque de preuves.

Le président de l’AP Mahmoud Abbas et le Premier ministre de l’AP Rami Hamdallah pendant une cérémonie marquant le dixième anniversaire de la mort de feu le leader palestinien Yasser Arafat à Ramallah, en Cisjordanie, le 11 novembre 2014. (Crédit : AFP PHOTO / ABBAS MOMANI)

Parmi les 302 personnes qui avaient été appelées à témoigner dans l’enquête de Tirawi, le Premier ministre actuel de l’AP Mohammad Shtayyeh qui avait dit aux enquêteurs que « tous ceux qui servent Israël ont un intérêt à tuer Arafat – et il y a de tels individus dans la sphère palestinienne », selon les documents qui ont fuité.

Le porte-parole d’Abbas, Nabil Abu Rudeinah, avait dit à la commission de Tirawi que « Arafat a été empoisonné par quelqu’un qui lui a servi un café ou un thé ».

« Il ne s’est pas protégé face aux autres, il faisait confiance aux gens. Il y a eu des centaines ou peut-être des milliers de personnes qui ont donné des cadeaux ou à manger à Arafat », avait-il ainsi noté dans son témoignage.

Le chef de l’équipe chargée de sa sécurité avait également fait savoir qu’il pensait qu’Arafat avait été victime d’un empoisonnement, rappelant la rencontre organisée entre ce dernier et une délégation composée d’environ 300 habitants de Salfit, un village du nord de la Cisjordanie. Il était mort peu après.

L’enquêteur palestinien Tawfik Tirawi lors d’une conférence de presse à Ramallah, en Cisjordanie, le vendredi 8 novembre 2013. (Crédit photo : AP Photo / Majdi Mohammed)

L’ancien président du Conseil législatif palestinien, Rawhi Fattuh, avait pour sa part raconté qu’après le transfert d’Arafat en France où il devait être pris en charge à l’hôpital, les médecins avaient fait un examen pour déterminer s’il avait été empoisonné, mais qu’ils n’avaient pas été capables d’identifier quelque substance que ce soit en particulier.

Une délégation palestinienne qui s’était rendue en France pour rendre visite à Arafat avait demandé à voir les résultats de l’examen mais ils ne leur avaient jamais été transmis, attisant les rumeurs d’empoisonnement, avait affirmé Fattuh.

Les documents ont aussi révélé le témoignage d’une source non-identifiée qui avait expliqué qu’Arafat s’était tourné vers Abbas en 2004 pour obtenir son aide, l’armée israélienne s’étant installée autour de chez lui à Ramallah. Israël avait accusé Arafat d’avoir orchestré la Seconde intifada et l’État juif n’avait autorisé son départ de la Cisjordanie qu’après une grave détérioration de son état de santé.

Répondant à la requête d’Arafat, à ce moment-là, Abbas lui avait répondu que « ceux qui se mettent dans des situations problématiques savent comment s’en extraire ». Des propos qui avaient été considérés comme l’expression de la désapprobation d’Abbas face au soutien apporté à la Seconde intifada par Arafat.

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