Un tribunal US rejette la demande d’expulsion d’une étudiante turque pro-palestinienne
Le DHS n'a pas prouvé que Rümeysa Öztürk était expulsable, dit la cour, qui met fin à la procédure qui vise l'étudiante ; le DHS dénonce le "militantisme judiciaire"

Un juge de l’immigration a rejeté la procédure d’expulsion lancée par l’administration Trump à l’encontre d’une étudiante turque connue pour son engagement pro-palestinien et dont le cas avait provoqué une vive émotion, a-t-on appris lundi auprès de son avocate.
Rümeysa Öztürk, 30 ans, doctorante de l’université Tufts (Massachusetts), avait été arrêtée le 25 mars dernier par des agents de la police de l’immigration (ICE) dans le cadre d’une campagne ciblant les militants anti-israéliens et pro-palestiniens sur les campus, et détenue six semaines dans un centre de rétention en Louisiane.
La vidéo de son arrestation à Somerville, dans la banlieue de Boston, par des agents en civil, visages masqués et pour certains capuche sur la tête, avait suscité l’indignation. Devenue virale, elle a fait de son cas l’un des exemples les plus médiatisés des efforts déployés par l’administration du président américain Donald Trump pour expulser les étudiants non Américains exprimant des opinions pro-palestiniennes ou anti-Israël.
Les avocats d’Öztürk ont détaillé la décision du juge de l’immigration dans un recours déposé auprès de la cour d’appel des États-Unis pour le deuxième circuit, basée à New York, qui examinait un jugement ayant conduit à sa libération, en mai, de la rétention par les services de l’immigration.
Le 29 janvier, un juge de l’immigration a conclu que le département américain de la Sécurité intérieure avait échoué à remplir son obligation de prouver qu’elle était expulsable. Il a donc mis fin à la procédure d’expulsion lancée à son encontre, ont écrit ses avocats de l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU).
L’avocate spécialisée en droit de l’immigration chargée de la défense de l’étudiante, Mahsa Khanbabai, a indiqué que cette décision avait été rendue par le juge Roopal Patel, à Boston
Ainsi, la procédure d’expulsion lancée en mars avec l’arrestation d’Öztürk par les services de l’immigration dans une rue du Massachusetts, après que le département d’État américain a révoqué son visa étudiant, est désormais interrompue.
L’administration Trump avait pour motif un article qu’elle avait co-signé en mars 2024 dans son journal universitaire, le Tufts Daily. Le texte critiquait la façon dont son établissement gérait le mouvement de protestation contre la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza depuis octobre 2023, et soutenait les appels des étudiants à se désengager des entreprises liées à Israël et à « reconnaître le génocide palestinien ».
« Je pousse un soupir de soulagement en sachant que, malgré les imperfections du système judiciaire, mon affaire peut donner de l’espoir à ceux qui ont également été lésés par le gouvernement américain », a déclaré Rümeysa Öztürk dans un communiqué.
A judge has unsealed the memo ordering the detention & deportation of Rümeysa Öztürk. It confirms the sole evidence against her was that she co-wrote an op-ed the government disliked.
Here she is being arrested by men in plainclothes. Over an op-ed. pic.twitter.com/VrN95XhTuE
— Billy Binion (@billybinion) January 23, 2026
« Bien que la douleur que moi et des milliers d’autres femmes emprisonnées à tort par l’ICE avons subie ne puisse être effacée, il est réconfortant de savoir qu’une certaine justice peut finalement prévaloir », a-t-elle ajouté.
Sa détention avait suscité des critiques jusqu’en Turquie. Le ministre turc de la Justice Yilmaz Tunc avait pour sa part jugé « inacceptable qu’un individu soit poursuivi en raison de sa foi ou de son soutien à la Palestine ».
L’université a publiquement soutenu son étudiante, exigeant sa libération afin qu’elle puisse achever son doctorat.
Par ailleurs, la décision du juge de l’immigration n’est pas publique. L’administration pourrait en outre la contester devant le Board of Immigration Appeals, qui appartient au ministère américain de la Justice.
Dans un communiqué, un porte-parole du DHS, le département chargé de superviser les services de l’immigration et des douanes aux États-Unis, a déclaré que cette décision relevait du « militantisme judiciaire ».
La secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, « a clairement indiqué que toute personne qui pense pouvoir venir aux États-Unis et se cacher derrière le Premier amendement pour prôner la violence et le terrorisme anti-américains et antisémites devrait y réfléchir à deux fois », a ajouté le porte-parole.
C’est un juge fédéral du Vermont, où elle avait été brièvement détenue, qui a ordonné la libération immédiate de l’ancienne boursière Fulbright du centre de rétention en Louisiane dans lequel elle se trouvait, après avoir conclu qu’elle avait soulevé un argument substantiel, à savoir que sa détention constituait une mesure de représailles illégale qui violait son droit à la liberté d’expression.
Par ailleurs, le mois dernier, un juge fédéral de Boston a statué que l’administration avait adopté une politique illégale consistant à arrêter, placer en détention et expulser des boursiers comme Rümeysa Öztürk, ce qui avait eu pour effet de restreindre la liberté d’expression des universitaires non Américains. Lundi, le ministère de la Justice a décidé de faire appel de cette décision.
En avril dernier, des dizaines de groupes juifs américains ont déposé un mémoire d’amicus curiae dans le cadre de l’affaire Öztürk devant la cour fédérale.
Un mémoire d’amicus curiae est un document juridique déposé par des parties extérieures à une affaire ayant un intérêt dans la procédure, et visant souvent à présenter des arguments à la cour.
Si ces groupes ont été contraints de se prononcer sur l’affaire, c’est « parce que l’arrestation, la détention et l’expulsion potentielle de Rümeysa Öztürk en raison de ses propos, qui sont protégés par la liberté d’expression, violent les droits constitutionnels les plus fondamentaux », précise le mémoire.
Donald Trump a lancé une offensive contre les universités américaines, les accusant de laisser prospérer sur leurs campus des mouvements de soutien aux Palestiniens, qu’il assimile à de l’antisémitisme.







