Une autorité de régulation attaque une entreprise israélienne d’options binaires
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Une autorité de régulation attaque une entreprise israélienne d’options binaires

Après la condamnation de la PDG de Yukom Communications pour une fraude d'un montant de 145 M de dollars, le régulateur américain dépose plainte contre ses propriétaires

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Lee Elbaz, Israélienne qui comparaît actuellement aux Etats-Unis dans le scandale des fraudes aux options binaires, entre au tribunal de Greenblet, dans le Maryland, le 25 juillet 2019. (Crédit : Times of Israel)
Lee Elbaz, Israélienne qui comparaît actuellement aux Etats-Unis dans le scandale des fraudes aux options binaires, entre au tribunal de Greenblet, dans le Maryland, le 25 juillet 2019. (Crédit : Times of Israel)

Cinq jours après qu’un jury du Maryland a reconnu une PDG de société d’options binaires coupable de fraude électronique, elle et ses anciens patrons sont visés par un recours civil de la Commodities Future Trading Commission (CFTC) américaine, le régulateur des bourses de commerce américaines.

La commission a ainsi déposé plainte le 12 août dans l’Illinois contre les entreprises et individus associés avec les sites BigOption, BinaryBook et BinaryOnline, les accusant de « fraude relative à une entreprise mondiale de vente d’options binaires qui a pris pour cible et victime des résidents américains ».

Sont ainsi accusés Yakov Cohen, Yossi Herzog, Lee Elbaz, Shalom Peretz, Yukom Communications Ltd., Linkopia Mauritius Ltd., Wirestech Limited, WSB Investments Ltd., et Zolarex Ltd.

La plainte du régulateur repose sur la plupart des faits dont Lee Elbaz a été reconnue coupable le 7 août, et pour lesquels le propriétaire de Yukom Communications et Linkopia, Yossi Herzog, a été condamné par un grand jury du Maryland en février. Mais la plainte de la CFTC révèle de nouveaux détails tentaculaires sur les cinq entreprises que le régulateur a désignées comme « l’Enterprise Yukom ».

D’après la plainte, le partenaire de Yossi Herzog dans l’Enterprise Yukom s’appelle Yakov (Kobi) Cohen.

De façon choquante, cette dernière allègue que les deux associés auraient continué à solliciter des clients même après la condamnation d’Herzog par le gouvernement américain.

« Sur la base de nos informations et convictions », indique la plainte, l’Entreprise Yukom continue de solliciter des clients, y compris aux États-Unis, via le site internet BinaryOnline ».

Herzog vit en Israël. Le gouvernement américain se prépare à demander son extradition. Il nie tout ce qui lui est reproché.

Le commerce d’options binaires est devenu illégal en Israël en janvier 2018. Néanmoins, d’après la plainte, « jusqu’au 24 septembre 2018 au moins les sites BinaryBook et BinaryOnline opéraient toujours et étaient accessibles aux clients américains ». Une source a révélé au Times of Israel que le centre d’appels de BinaryOnline’s se trouvait à Sofia, en Bulgarie.

Yossi Herzog, troisième à droite, lors d’une commission des réformes de la Knesset pour discuter de la législation interdisant les options binaires (Crédit : Times of Israel staff)

Le régulateur allègue également que Herzog et Cohen continuent de travailler dans le secteur des échanges financiers en ligne.

« Sur la base de nos informations et convictions, Cohen et Herzog, ainsi que d’autres membres de l’Entreprise Yukom, démarche des clients, y compris aux États-Unis, pour qu’ils concluent des transactions impliquant forex, crypto-devises, contrats d’écart compensatoire et autres produits financiers sous la juridiction de la Commission, et se livrent probablement à des activités frauduleuses en lien avec ce secteur ».

La plainte révèle que, malgré les soupçons du gouvernement américain, Kobi Cohen possède une entreprise de forex israélienne appelée First Index Ltd.

Herzog et Cohen se sont associés au sein de First Index en février 2016, d’après des documents consultés par le Times of Israel, et l’Autorité israélienne des valeurs mobilières a octroyé à l’entreprise une licence d’exploitation pour travailler avec des clients israéliens en octobre 2016.

La fraude aux options binaires a prospéré en Israël pendant environ une décennie avant que la Knesset ne rende tout le secteur illégal en octobre 2017. À son heure de gloire, ce dernier comptait des centaines d’entreprises et des milliers d’employés en Israël.

La plupart des opérateurs malhonnêtes ont depuis déplacé leurs activités à l’étranger ou se sont tournés vers d’autres escroqueries.

La plainte cite Shalom Peretz comme l’un des accusés, affirmant qu’il « a détenu des participations dans Wirestech, WSB et Zolarex entre mars 2014 et aujourd’hui ».

Toujours d’après le régulateur, Herzog et Cohen ont fondé l’entreprise israélienne Yukom Communications avant 2014 et en ont été ses propriétaires depuis.

L’entreprise, qui opérait les sites BigOption, BinaryBook et BinaryOnline, se décrivait dans ses communications marketing comme employant plus de 500 employés, d’après la plainte, notamment en Israël, Australie, Ukraine, Turquie et à l’île Maurice.

Les entreprises auraient utilisé plus de 100 comptes offshore, en Tchéquie, à Dubaï, en Israël, en Lituanie, en Malaisie et Taïwan, par exemple.

La plainte allègue en outre que les options vendues par les accusés « ne sont pas de véritables transactions, mais des inscriptions comptables qui ont l’apparence de véritables transactions. Aucun fond ne passe d’une main à l’autre à la fin des transaction réalisées avec l’Entreprise Yukom ».

Contrairement au Département de Justice, la CFTC n’a pas le pouvoir d’envoyer des gens en prison, mais est habilitée à retrouver et récupérer les sommes escroquées ainsi qu’à interdire des individus des marchés qu’elle régule. Le Département de Justice, qui a inculpé 15 personnes associées avec Yukom, a également l’autorité nécessaire pour récupérer l’argent.

Dans son communiqué de presse, la CFTC a prévenu qu’elle ne pourrait peut-être pas recouvrer l’argent des victimes.

« La CFTC avertit que les demandes de remboursement pourraient ne rien donner, car il est possible que les malfaiteurs ne disposent pas des fonds nécessaires. La CFTC continuera de se battre avec férocité pour protéger les clients et s’assurer que les malfaiteurs soient tenus pour responsables ».

Le régulateur américain a remercié le gendarme de la bourse australienne, la Commission de supervision financière bulgare, la Banque centrale de Hongrie et l’Autorité israélienne des valeurs mobilières pour leur aide.

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