Une coalition semble impossible, mais Netanyahu est de nouveau aux commandes
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Analyse

Une coalition semble impossible, mais Netanyahu est de nouveau aux commandes

Aucune de ses options pour rassembler une majorité ne semble prometteuse. Mais le plus pérenne Premier ministre israélien a surmonté des obstacles similaires par le passé

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le président Reuven Rivlin (à droite) charge le Premier ministre Benjamin Netanyahu de former un nouveau gouvernement, lors d'une conférence de presse à la résidence du président à Jérusalem, le 25 septembre 2019. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)
Le président Reuven Rivlin (à droite) charge le Premier ministre Benjamin Netanyahu de former un nouveau gouvernement, lors d'une conférence de presse à la résidence du président à Jérusalem, le 25 septembre 2019. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Benjamin Netanyahu est de nouveau aux commandes de la politique israélienne, après avoir été choisi mardi par un président Reuven Rivlin visiblement (très) mécontent pour former la prochaine coalition.

Une tâche ardue, certes, et que le président avait déclaré ne pas vouloir lui confier.

M. Rivlin a exprimé des préoccupations « morales et éthiques » à propos d’un homme jugé pour corruption qui met en place un gouvernement, et est allé jusqu’à dire qu’il craignait pour le pays. Mais la loi ne lui a pas laissé le choix, a-t-il noté : Netanyahu a été recommandé par 52 des 120 membres nouvellement élus de la Knesset, tandis que son adversaire le plus proche, Yair Lapid, n’a reçu le soutien que de 45 personnes. Et il n’y avait pas d’autres facteurs, a dit Rivlin, qui pouvaient l’emporter sur cette arithmétique.

Le président a également estimé que personne dans la politique israélienne, déchirée et dans l’impasse, n’a beaucoup de chances de « gagner la confiance » de la Knesset, comme le dit la loi. Mais Netanyahu a déjà été confronté à ce genre de défi quasi impossible à relever et l’a surmonté ; il l’a fait il y a un an, en effet, lorsqu’il a fait la cour au leader du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, pour qu’il rejoigne la dernière coalition.

Au cours des 28 jours dont il dispose maintenant, Netanyahu cherchera à faire entrer Naftali Bennett et son parti Yamina, qui dispose de 7 sièges, dans sa coalition, puis il essaiera d’attirer des transfuges des rangs du soi-disant « camp du changement » – plus précisément, du camp anti-Netanyahu. Si cela échoue, il pourrait rompre sa promesse préélectorale maintes fois répétée et chercher à s’allier avec le parti conservateur islamiste Raam – non pas en tant que partenaire de coalition, ce qui lui donnerait une majorité à la Knesset, mais en tant que semi-allié extérieur, ses quatre membres s’abstenant ou s’abstenant lorsqu’une coalition minoritaire de 59 sièges est présentée à la Knesset. Pour cela, il devra d’abord persuader le Parti sioniste religieux, parti d’extrême droite, de ne plus rejeter catégoriquement un tel arrangement.

En temps de politique normale, Netanyahu faisant la cour à Raam serait un développement impensable : La charte de la branche sud du Mouvement islamique, dont Raam est l’aile politique, rejette le sionisme et exige un « droit du retour » en Israël pour des millions de Palestiniens potentiels, un processus qui mettrait fin à Israël en tant qu’État juif. Après quatre élections en moins de deux ans, la situation politique est loin d’être normale… et pourtant, la constitution par Netanyahu d’un gouvernement dépendant de quelque manière que ce soit de Raam reste presque inconcevable.

La tactique préférée de Netanyahu sera sans doute de faire valoir à ses rivaux de droite du camp anti-Netanyahu qu’ils doivent à l’électorat d’atténuer leur hostilité à son égard, et d’épargner au pays une cinquième élection, tout en adoucissant la pilule avec davantage d’offres d’influence du type de celles qui ont fini par convaincre Gantz l’année dernière.

Le scénario politique de mardi aurait pu être très différent si Bennett et le leader de l’opposition Yair Lapid avaient négocié les conditions d’un gouvernement non Netanyahu. Lapid a confirmé lundi soir que, bien que Yesh Atid dispose de 17 sièges contre 7 pour Yamina, il était prêt à ce que Bennett prenne la première place en tant que Premier ministre dans un tel partenariat. Bennett, cependant, a exigé de meilleures conditions – le contrôle de ministères essentiels supplémentaires, un double vote sur les questions particulièrement sensibles pour la droite, et plus encore.

Le ministre de l’Économie de l’époque, Naftali Bennett (à gauche), avec le ministre des Finances de l’époque, Yair Lapid, à la Knesset, le 11 mars 2014. (Miriam Alster/Flash90)

Bennett, qui a fait campagne dans le but de remplacer Netanyahu et a souligné que l’on ne pouvait pas faire confiance au leader du Likud, n’a jamais réellement exclu de s’associer à Netanyahu. Mardi, après l’annonce de Rivlin, il a déclaré qu’il négocierait avec Netanyahu « en toute bonne foi » et qu’il ferait tout ce qui est en son pouvoir pour assurer un gouvernement stable et de droite et éviter de nouvelles élections.

Avec le soutien d’un autre leader de droite anti-Netanyahu, Gideon Saar, du parti Tikva Hadasha, qui compte six sièges, Bennett et Lapid pourraient encore tenter dans les prochains jours de s’entendre sur un partenariat de coalition. Mais ils n’ont pas réussi à le faire au cours des deux semaines qui ont suivi les élections du 23 mars – lorsque les électeurs ont voté pour une Knesset avec une majorité de législateurs de droite et une majorité de législateurs totalement ou plutôt opposés à Netanyahu.

Lapid a déclaré lundi soir que s’il ne peut pas évincer Netanyahu cette fois-ci, il se battra jusqu’à ce qu’il y parvienne. Pour Bennett, le poste de Premier ministre était à prendre, et il a choisi de ne pas le saisir. Ainsi, alors que le procès pour corruption de Netanyahu s’accélère, et malgré la réticence du président, c’est le Premier ministre le plus pérenne d’Israël qui a de nouveau le dessus.

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