Une évêque s’excuse après avoir relayé de fausses accusations contre Israël
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Une évêque s’excuse après avoir relayé de fausses accusations contre Israël

La deuxième plus haute responsable de l’Eglise épiscopale avait affirmé en son église avoir vu des soldats arrêter un enfant de 3 ans et abattre dans le dos un ado de 15 ans

L'évêque Suffragen Gayle Harris du diocèse du Massachusetts de l'Église épiscopale lors d'un rassemblement religieux, août 2018. (Capture d'écran YouTube)
L'évêque Suffragen Gayle Harris du diocèse du Massachusetts de l'Église épiscopale lors d'un rassemblement religieux, août 2018. (Capture d'écran YouTube)

L’Eglise épiscopale s’est excusée pour des commentaires prononcés par un membre du clergé au Massachusetts accusant Israël d’avoir commis des atrocités purement inventées.

Lors d’un prêche le mois dernier, l’évêque Gayle Harris a affirmé avoir été témoin de l’arrestation par les forces de sécurité d’Israël d’un enfant de 3 ans au mont du Temple et que les soldats israéliens avaient tiré dix fois dans le dos d’un adolescent de 15 ans après qu’il eut fait une remarque à ce groupe de soldats.

Mme Harris, la deuxième plus haute responsable de l’Eglise épiscopale de l’État, a ensuite précisé avoir entendu ces histoires d’une autre personne.

« Il y a quelques années, j’étais au mont du Temple, a déclaré Harris. Un petit garçon de 3 ans, un Palestinien avec sa mère, jouait avec une balle en caoutchouc. La balle lui a échappé et a roulé vers le mur Occidental, aussi connu comme le Mur des Lamentations. Immédiatement, des soldats israéliens sont venus sur le mont du Temple et ont tenté de passer les menottes au garçon de 3 ans – pour avoir fait rouler la balle ».

Le mois dernier, dans un communiqué accusant l’église de se « rapprocher d’accusations de crimes rituels », le Centre Simon Wiesenthal a souligné qu’il y a « un mur haut qui entoure le mont du Temple, ce qui rend improbable qu’un enfant aussi petit ait pu lancer une balle aussi haut pour atteindre les fidèles juifs qui prient en bas ».

Une vidéo du Comité pour une Information Exacte au Moyen-orient en Amérique, ou CAMERA [Committee for Accuracy in Middle East Reporting in America], a contribué à faire connaître cette histoire.

Le comité basé à Boston a écrit une lettre à Harris. CAMERA a également qualifié les accusations de crimes rituels.

Dans le deuxième cas, Harris a décrit le cas d’un adolescent ayant posé une question à un groupe de soldats qui l’auraient jugée offensante.

« Il a commencé à courir quand ils l’ont menacé et ils lui ont tiré dans le dos à quatre reprises. Il est tombé au sol et ils lui ont encore tiré dessus six fois », a-t-elle affirmé.

Les propos de Harris ont entraîné une vague d’indignation parmi les membres de la communauté juive locale. Après une protestation du Conseil des relations de la communauté juive du Grand Boston [JCRC – Jewish Community Relations Council] et de l’antenne locale du Comité Juif Américain, elle a publié un communiqué clarifiant ses propos.

« Pendant toute ma vie d’adulte, j’ai soutenu l’idée que l’Etat d’Israël doit exister, avec des frontières sures et la mise en place de relations respectueuses avec les pays voisins, a-t-elle déclaré. J’ai condamné fermement les actions des extrémistes et des racistes contre le peuple juif aux Etats-Unis ».

« Après avoir relu mes paroles prononcées dans la Maison des Évêques à l’aide d’une transcription, je reconnais maintenant que j’ai raconté des histoires que j’avais entendues et que j’ai, sans le vouloir, donné l’impression que j’ai moi-même été témoin des événements décrits. Je m’en excuse sincèrement. Je comprends maintenant que la formulation des mots a pu, et a effectivement donné, une mauvaise impression. C’est uniquement ma faute. Je reconnais aussi que je n’ai pas pris la peine de vérifier ces histoires. Je parlais avec ma passion pour la justice de tous les peuples, mais je n’ai fait que répéter ce que l’on m’avait dit. Je me suis trompée en répétant des histoires sans les vérifier, et je m’excuse d’avoir agi ainsi ».

Dans un communiqué conjoint, Mgr Alan Gates, chef du diocèse et supérieur direct de Mgr Harris, a reconnu que « le fait que des dirigeants chrétiens racontent des histoires sans fondement sur des actes de violence israéliens réveille une profonde histoire traumatique, qui a provoqué hostilité et violence contre les Juifs – une histoire dont on entend de nos jours des échos alarmants ».

Réaffirmant la « condamnation par l’Eglise de la violence de part et d’autre dans le conflit israélo-palestinien », M. Gates s’est dit attristé par les « dommages causés à nos relations avec nos amis et collègues juifs du Massachusetts, et nous nous consacrons de nouveau à ces partenariats, dans lesquels nous sommes reconnaissants d’affronter ensemble les complexités. »

En réponse, le JCRC a écrit sur Facebook qu’il « se réjouissait de cette réponse de Mgr Harris et qu’il se réjouissait de poursuivre son engagement avec elle, Mgr Gates et le diocèse épiscopal du Massachusetts dans notre quête commune d’une solution à deux états ».

« Nous avons eu une conversation très ouverte. Cela a donné lieu à un important examen de conscience », a déclaré Nahma Nadich, directrice adjointe du JCRC, au Boston Globe.

« Nous nous sommes assurés d’avoir une conversation directe avec eux, et les excuses ont été présentées le lendemain. Nous voulions qu’ils comprennent les siècles d’accusations, d’accusations non fondées de violence, qui ont provoqué plus de violence contre les Juifs. »

La rencontre, qui a permis aux deux parties de « réparer toute rupture dans notre relation », n’était « pas la fin de la conversation », a-t-elle dit.

Dans un communiqué envoyé par courriel à la presse, le Centre Simon Wiesenthal a considéré les excuses de Harris comme un « premier pas ».

« Les excuses de l’évêque Harris sont franches, sincères, mais incomplètes », a commenté le doyen associé du centre, le rabbin Abraham Cooper.

« L’évêque Harris admet maintenant qu’elle n’était pas là, mais qu’elle a répété sans hésitation ce qu’elle avait entendu des autres », a déclaré le rabbin Cooper.

« Malheureusement, elle n’a pas encore déclaré que les deux histoires étaient en fait des fabrications ridicules qui lui ont été présentées par des Palestiniens qui diffamaient l’État juif. Est-ce qu’elle et son Eglise dénonceront une telle calomnie ? »

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