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Une ex-otage de 15 ans, raconte sa captivité et comment elle a protégé sa petite sœur

Dafna Elyakim revient sur le meurtre de trois membres de sa famille, dont son père, son enlèvement à Gaza, le 7 octobre, les conditions horribles et la peur constante d’être tuée

L'otage libérée Dafna Elyakim, 15 ans, raconte sa captivité à Gaza dans une interview diffusée le 30 janvier 2024. (Crédit : Screenshot/Douzième chaîne ; utilisé conformément à l'article 27a de la loi sur le droit d'auteur)
L'otage libérée Dafna Elyakim, 15 ans, raconte sa captivité à Gaza dans une interview diffusée le 30 janvier 2024. (Crédit : Screenshot/Douzième chaîne ; utilisé conformément à l'article 27a de la loi sur le droit d'auteur)

Une otage de 15 ans qui a été libérée en novembre dernier a décrit, dans une interview télévisée mardi, ses 51 jours en captivité. Elle a raconté s’être occupée de sa sœur de 8 ans comme une mère, les conditions difficiles, la peur constante d’être tuée par ses ravisseurs terroristes et sa peine après l’assassinat de trois membres de sa famille, dont son père, le 7 octobre.

Dafna Elyakim et sa jeune sœur Ela Elyakim ont été enlevées au domicile de leur père dans le kibboutz Nahal Oz. Elles étaient deux des 253 otages kidnappés ce jour-là. Elles étaient venues au kibboutz pour célébrer la fête de Simhat Torah avec leur père, Noam Elyakim, sa compagne Dikla Arava et le fils de Dikla, Tomer Arava, 17 ans. Il ont tous trois été tués, ainsi que 1 200 autres personnes, lors de l’assaut du Hamas ce jour-là.

Maayan Zin, la mère des deux filles, vit à Kiryat Ono, dans le centre d’Israël. Jusqu’au retour de ses filles, le 26 novembre, Maayan s’est battue sans relâche pour obtenir leur libération. L’accord qui a permis leur libération a été conclu dans le cadre d’une trêve d’une semaine durant laquelle 105 otages, pour la plupart des femmes et des enfants israéliens, ont été libérés en échange de femmes et de mineurs palestiniens incarcérés en Israël pour atteinte à la sécurité de l’État.

Dafna a commencé sa longue interview sur la Douzième chaîne en montrant un sac à dos ayant appartenu à son demi-frère Tomer assassiné, couvert de taches de sang, « probablement celui de mon père ».

Elle a expliqué qu’elle emportait ce sac « partout, même à l’école, je le garde sur moi », et a ajouté que la chose la plus difficile pour elle aujourd’hui était « de ne pas avoir mon père. Il me réveillait le matin pour aller à l’école… J’accompagnais Tomer tous les matins. C’est pour cela que le sac est avec moi ».

« Tout a commencé le matin, avec les sirènes », raconte-t-elle en évoquant les premières heures du 7 octobre, quand le Hamas a lancé un barrage de milliers de roquettes sur les villes israéliennes pour couvrir les 3 000 terroristes qui ont déferlé sur le pays. « Les sirènes n’arrêtaient pas de retentir et, au bout d’une demi-heure ou d’une heure, [les terroristes] sont entrés dans le kibboutz. Mon père est venu dans ma chambre avec Dikla et Tomer, il nous a mis tous les trois – Ela, Tomer et moi – sous le lit et nous a demandé de nous taire. »

« Puis [les terroristes] sont entrés dans la maison et ils ont commencé à tirer. Ils ont tiré sur la porte et ont touché mon père à la jambe. Après ils nous ont dit de sortir de sous le lit et ils nous ont diffusés des vidéos de nous en live ».

Les terroristes qui ont pénétré dans la maison de Nahal Oz ont documenté leur attaque en direct sur Facebook, filmant la famille assise dans le salon, où ils les ont obligés à s’identifier.

On y voit le père Noam, touché à la jambe, saigner abondamment, Dafna qui pleure à ses côtés et Ela assise sur les genoux de Dikla, et Tomer à côté d’elles. Les terroristes se sont filmés prenant les cartes d’identité du couple et forçant Noam et Tomer à sortir. Tomer, 17 ans, a été contraint, sous la menace d’une arme, de convaincre les voisins de quitter leurs pièces blindées.

« Ils ont dit qu’ils avaient besoin de Tomer pour ouvrir les portes [des voisins], pour les faire sortir de chez eux. Ils ont dit qu’il ne lui arriverait rien, qu’ils ne lui feraient rien, tant qu’il les écouterait et ne tenterait rien », raconte Dafna.

« Ils nous ont fait sortir de la maison et nous ont emmenés dans la voiture, puis ils ont démarré. Un autre groupe de terroristes ont ouvert le feu sur la voiture, car ils pensaient qu’il s’agissait de civils qui s’enfuyaient. Dikla a été touchée et tuée sur le coup », poursuit-elle.

Les terroristes ont ensuite fait monter les filles dans une autre voiture et les ont emmenées à Gaza, laissant leur père, grièvement blessé, avec Dikla, morte, dans la voiture familiale. Dafna dit qu’elle n’a rien pu dire à son père mourant. Le corps de Tomer a été retrouvé plus tard, et on ignore les circonstances de sa mort.

« Je pense tout le temps à mon père, à Tomer et à Dikla. Et je me demande ce qui se serait passé si je m’étais assise à la place de Dikla [dans la voiture], si j’avais surveillé la porte – est-ce que j’aurais pu les sauver de la mort ? » s’interroge Dafna.

Les destructions causées par les terroristes du Hamas dans le kibboutz Nahal Oz, près de la frontière entre Israël et Gaza, dans le sud d’Israël, le 20 octobre 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Lorsqu’elles sont arrivées à Gaza, « beaucoup de Gazaouis nous ont couru derrière, ils voulaient venir nous frapper, les terroristes nous ont donc rapidement fait entrer dans une maison et ils ont tout simplement fermé la porte à clé ».

Les deux sœurs ont ensuite été soignées – par des médecins parlant hébreu – pour leurs blessures : Dafna pour une coupure à l’oreille due à un éclat d’obus et pour un éclat d’obus à l’épaule, et Ela pour des blessures aux doigts et à la jambe.

Un médecin « a expliqué ce qui allait se passer, que nous allions rester là pendant un certain temps et qu’ils nous protégeraient ».

Ils ont ensuite dit à Dafna de parler au téléphone et d’accepter de faire « tout ce qu’ils disent », faute de quoi ils la tueraient.

« C’est effrayant de savoir que quoi que nous fassions, ils pouvaient nous tuer », a-t-elle déclaré.

Les deux filles ont été détenues chez des familles gazaouies, elles ont été déplacées plusieurs fois d’une maison à l’autre. Ela jouait parfois avec les enfants palestiniens.

Ela (à gauche) et Dafna Elyakim, enlevées par des terroristes du Hamas le 7 octobre 2023 dans la maison de leur père au kibboutz Nahal Oz. Elles ont été libérées le 26 novembre 2023. (Crédit : Autorisation)

Dafna raconte que lorsqu’elle et sa sœur étaient détenues dans les familles, elles recevaient de la nourriture trois fois par jour. Dans les tunnels, les deux sœurs et trois autres femmes et filles recevaient trois pains pita à partager entre elles le matin et un autre repas vers 14 heures.

« Je laissais Ela manger en premier, et quand je voyais qu’elle avait assez mangé, je mangeais aussi », raconte Dafna, expliquant que la fillette de 8 ans ne comprenait pas le fait qu’il pourrait ne plus y avoir de nourriture le lendemain, et qu’il était donc impératif de manger chaque fois que c’était possible. Elle explique qu’elle a dû convaincre Ela de manger et de se doucher chaque fois qu’elle le pouvait.

« Vous avez vraiment joué le rôle de sa mère », observe le journaliste de la chaîne de télévision, ce à quoi Dafna répond par un hochement de tête.

« Ela ne comprenait pas vraiment [ce qui se passait], alors elle a accepté. Elle a eu peur quand elle a vu une arme dans la maison, elle a commencé à paniquer, elle pensait qu’ils voulaient nous tuer », raconte Dafna, ajoutant que les ravisseurs lui avaient dit que l’arme servait à les protéger quand ils sortaient.

L’otage libérée Ela Elyakim, 8 ans (à droite) avec sa mère Maayan Zin, lors d’une interview diffusée le 30 janvier 2024. (Crédit : Capture d’écran/Douzième chaîne ; utilisé conformément à l’article 27a de la loi sur le droit d’auteur)

Dafna dit qu’elle et sa sœur essayaient de ne pas se chamailler et qu’elles se sont réconfortées l’une l’autre les rares fois où elles ont pleuré en captivité.

Lorsqu’on lui a demandé à quoi ressemblaient leurs journées, elle a répondu : « Difficile. Je ne pensais qu’à ma famille et à mes amis. Que se passait-il en Israël, avaient-ils réussi à prendre tout Israël, avaient-ils détruit le pays tout entier et en avaient-ils pris le contrôle ? »

Dafna raconte qu’elle a entendu les bombardements israéliens très clairement et que tous les bâtiments du quartier où elles ont été détenues ont éventuellement été détruits.

Une nuit, leurs ravisseurs les ont réveillées, leur ont dit que Tsahal était sur le point de détruire l’immeuble où elles se trouvaient, et leur ont ordonné de mettre des hijabs – les foulards traditionnellement portés par certaines femmes musulmanes – et de sortir.

Un jour, les deux sœurs ont été emmenées dans une école où s’étaient réfugiés les habitants de Gaza qui avaient perdu leur maison. Elles ont reçu l’ordre de garder leur hijab sur elles et de ne pas parler du tout – en hébreu, en anglais ou en arabe – pendant cinq jours entiers, sous peine d’être tuées. Elles ont dormi sur une couverture posée à même le sol.

Des Palestiniens dans une école de l’UNRWA à Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le 14 octobre 2023. (Crédit : Atia Mohammed/Flash90)

« J’avais peur de m’endormir », raconte Dafna. « Je ne savais pas ce qui se passerait le matin, si je me réveillerais. Je me disais tout le temps qu’il y avait une chance que je m’endorme et que je ne me réveille pas, ou que je me réveille mais qu’Ela ne se réveille pas, ou l’inverse.

Dafna a indiqué que ses ravisseurs n’arrêtaient pas de leur dire qu’Israël ne se battait nullement pour la libération des otages, que les Israéliens ne se souciaient pas d’eux et préféraient qu’ils restent à Gaza, et que les personnes enlevées ne reviendraient que dans des cercueils. De ce fait, pendant toute la durée de sa captivité à Gaza, elle ignorait tout, des efforts déployés par son pays pour la ramener chez elle.

Deux semaines avant leur libération, les sœurs ont été emmenées dans les tunnels souterrains du Hamas, où elles ont rencontré cinq autres femmes otages qui sont encore aux mains du Hamas : Liri Albag, Naama Levy, Romy Gonen, Agam Berger et Emily Damari.

« Je pense à elles tout le temps », dit-elle. « Déjà quand nous étions là-bas, c’était très dur, alors que se passe-t-il maintenant ? La situation est encore plus difficile aujourd’hui que lorsque nous étions là-bas. »

Elle a décrit les conditions difficiles dans les tunnels, où elles étaient hébergées dans une pièce minuscule avec un plafond très bas qui les empêchait de se tenir debout, et où elles recevaient à peine de quoi manger et boire.

Aujourd’hui, dit Dafna, « on est rentrées mais on les a laissées là-bas. Est-ce qu’elles ont à manger ? De l’eau ? Est-ce qu’elles dorment ? Vont-elles aux toilettes ? Est-ce qu’ils les frappent ? Est-ce qu’ils les ont tuées ? »

L’intérieur d’un tunnel à Khan Younès, dans le sud de Gaza, où le Hamas aurait détenu les otages, une image diffusée le 20 janvier 2024. (Crédit : Armée israélienne )

Elle a raconté que l’une des autres femmes otages avait été séquestrée seule aux mains de quatre terroristes du Hamas. Deux autres étaient avec un groupe de femmes avant d’être dispersées dans des maisons différentes, une autre était seule, et la cinquième était avec un de ses amis masculins de Kfar Aza, avant qu’ils ne soient eux aussi séparés.

Dafna dit ne pas se souvenir clairement du soir où elle et sa soeur ont été libérées.

« Je n’y croyais pas, je pensais que nous étions peut-être encore à Gaza. Je pensais que soudain un terroriste allait surgir et m’emmener, que nous allions être ramenées », explique-t-elle, ajoutant que ce n’est que lorsqu’elle a été réunie avec sa mère qu’elle a compris ce qui s’était passé.

Depuis leur retour, Dafna publie de courtes vidéos sur TikTok dans lesquelles on la voit sourire et rire, mais « ce n’est pas la réalité, et bien souvent je pleure juste après », explique-t-elle, ajoutant qu’elle imagine ce que son père, Dikla et Tomer penseraient de ses publications.

Elle a ajouté qu’elle ne laissait pas les gens la voir pleurer ou leur montrer à quel point la situation est difficile pour elle, afin de ne pas leur compliquer la tâche et de ne pas « paraître vulnérable ».

L’intervieweur a aussi parlé brièvement à Ela, qui a confirmé que Dafna lui disait « que je devais manger, que si je ne mangeais pas, elle ne mangerait pas ».

Elle a raconté que lorsqu’ils étaient détenus par des familles à Gaza, elle avait pris des feuilles de papier pour dessiner et colorier, et avait fait « un petit livre, puis le terroriste du Hamas a pris mon livre ». C’était un « livre sur moi, maman et Dafna : La vie de la famille Elyakim-Tzin ».

L’otage libérée Dafna Elyakim, 15 ans, à côté d’un dessin réalisé à partir d’une photo d’elle en captivité à Gaza, lors d’une interview diffusée le 30 janvier 2024. (Crédit : Capture d’écran/Douzième chaîne ; utilisé conformément à l’article 27a de la loi sur le droit d’auteur)

À la fin de l’interview, Dafna a montré un dessin accroché au-dessus de son lit, reproduisant une photo d’elle en captivité qui a circulé quelques jours après le 7 octobre.

« Ce jour-là a vraiment changé toute ma vie, alors il est là – pour me rappeler que tout peut disparaître en une seconde, qu’on ne peut pas savoir de quoi demain sera fait, et que si je veux faire quelque chose, c’est [maintenant] que je dois le faire ».

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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