Rechercher

Une fausse barrière dans le Néguev forme les troupes au combat aux abords de Gaza

Privilégiant les opérations aux portes de Gaza aux incursions terrestres, une barrière d'entraînement a été érigée pour former les soldats selon les nouvelles stratégies

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le lieutenant-colonel Itamar Gadir à côté d'une frontière fictive de Gaza à la base d'entraînement du commandement du Sud de Tsahal, le 20 septembre 2022. (Emanuel Fabian/Times of Israel)
Le lieutenant-colonel Itamar Gadir à côté d'une frontière fictive de Gaza à la base d'entraînement du commandement du Sud de Tsahal, le 20 septembre 2022. (Emanuel Fabian/Times of Israel)

En plein désert du Néguev, une barrière métallique de près de 500 mètres de long et de six mètres de haut sépare une nature faite de terre, de sable et de buissons broussailleux d’une autre nature faite de terre, de sable et de buissons broussailleux.

Cette barrière en métal n’est pas là pour améliorer d’éventuelles relations entre voisins – elle a été installée pour améliorer les compétences des soldats. En tout point semblable à une partie de la barrière beaucoup plus longue qui est située à une vingtaine de kilomètres de là, elle sert de centre d’entraînement aux soldats qui y apprennent à faire face aux menaces qu’ils sont susceptibles de rencontrer le long de la frontière avec la bande de Gaza.

L’armée israélienne n’a achevé que récemment la construction de la barrière réelle améliorée entourant la bande de Gaza, dont une partie est constituée d’un mur en béton. Une réplique de la barrière a été construite dans la base d’entraînement du commandement du Sud, connue dans l’armée sous l’acronyme hébreu Baf Darom.

« C’est une réplique de Gaza », a expliqué le lieutenant-colonel Itamar Gadir, commandant de Baf Darom, au Times of Israel lors d’une visite de la base en septembre.

Gadir, père de cinq enfants et originaire de la ville arabe de Bir Maksur, près de Haïfa, est l’un des Bédouins les plus hauts gradés de l’armée israélienne.

Il a passé une grande partie de sa carrière militaire dans des unités stationnées au sud d’Israël et en particulier dans le secteur de l’enclave côtière. Auparavant, il a été commandant du bataillon bédouin de Reconnaissance du désert, qui fait partie de la Division de Gaza.

Des troupes israéliennes simulent une émeute à la frontière avec la bande de Gaza, sur la base d’entraînement du commandement du Sud de Tsahal, en décembre 2021. (Crédit : Autorisation)

Le site d’entraînement de Baf Darom est conçu pour simuler les conditions exactes d’une opération à la barrière frontalière de Gaza. Le site comprend des positions de chars et de tireurs d’élite du côté « israélien », tandis que du côté « gazaoui », un ensemble de maisons fictives situées à plusieurs centaines de mètres de la barrière ainsi que des structures faisant office de postes appartenant à des groupes terroristes ont été installés.

Baf Darom lui-même est une réplique de ce qui pourrait être une ville israélienne adjacente à la frontière de Gaza, comme Nahal Oz ou le kibboutz Kerem Shalom, a fait remarquer Gadir.

L’installation est située en face de la base plus connue de Tzeelim, de l’autre côté de la route 222, qui contient une ville palestinienne fictive utilisée pour l’entraînement au combat urbain.

Le lieutenant-colonel Itamar Gadir à côté d’un simulacre de frontière de Gaza à la base d’entraînement du commandement du Sud de Tsahal, le 20 septembre 2022. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israel)

Toutefois, la formation des troupes en vue d’éventuelles opérations à l’intérieur même de Gaza est devenue moins pertinente, ces dernières années. Depuis son retrait de la bande en 2005, Israël n’a envoyé des troupes à l’intérieur de l’enclave qu’à deux occasions, en 2009 et en 2014 – et à contrecœur dans les deux cas. Les escalades dans les combats entre Israël et les groupes terroristes palestiniens se limitent le plus souvent à des frappes aériennes ou à des tirs d’artillerie depuis la frontière.

Bien qu’il existe des plans qui permettraient au commandement du Sud de Tsahal de reprendre le contrôle de l’ensemble de la bande de Gaza au groupe terroriste du Hamas par le biais d’une offensive terrestre majeure, rares sont ceux qui estiment que le gouvernement optera, un jour, pour cette possibilité.

À la place, les soldats israéliens apprennent à faire face aux menaces provenant de l’extérieur ; les unités d’infanterie et les forces spéciales suivent un entraînement intensif à Baf Darom pour se préparer à tous les scénarios auxquels ils pourraient être confrontés une fois déployés à la frontière de facto.

« Nous recevons en permanence les dernières informations sur les nouvelles évaluations et sur les nouvelles menaces », a expliqué Gadir. « Je ne peux pas parler de la prochaine menace, mais sachez que nous sommes prêts à y faire face. »

Vue de la barrière le long de la frontière entre Israël et Gaza, le 8 décembre 2021. (Crédit : Flash90)

Les menaces liées aux combats sur et aux abords de la barrière elle-même sont innombrables.

Selon de récentes évaluations militaires, les villes israéliennes proches de la frontière ne sont désormais plus menacées par des tunnels en provenance de la bande de Gaza, grâce à un mur souterrain high-tech qui empêche la construction de tels souterrains.

Mais le Hamas et d’autres groupes terroristes de la bande de Gaza, déterminés à poursuivre leurs projets de tunnels, en ont creusé jusqu’à la nouvelle barrière. L’un de ces tunnels à deux branches a été scellé par Tsahal en août, et un autre creusé par le Jihad islamique a été détruit au cours d’une série de combats, également au mois d’août.

Israël maintient une zone tampon destinée à donner l’alerte en cas de menace se rapprochant de la barrière du côté de Gaza, mais Tsahal craint de voir des Palestiniens emprunter les tunnels remonter à la surface de la terre, près de la barrière, pour tenter de l’endommager ou d’attaquer les troupes déployées dans la zone.

Parmi les autres menaces auxquelles Tsahal se prépare : les terroristes qui pourraient ouvrir le feu avec des missiles guidés antichars sur les troupes le long de la frontière, les tirs de snipers, sans oublier les émeutes.

Entre 2018 et 2019, le Hamas avait organisé des manifestations importantes pratiquement toutes les semaines le long de la frontière de Gaza. Certains émeutiers avaient tenté d’attaquer les troupes stationnées le long de la barrière dans un climat de tensions accrues.

L’année dernière, un agent de la Police des frontières avait également été abattu par un tireur palestinien lors d’échauffourées similaires le long de la clôture. Lors de cet incident, les émeutiers s’étaient précipités sur la barrière, courant jusqu’à un trou qui se trouvait dans le mur de béton, normalement utilisé par les tireurs d’élite israéliens comme position de tir. Un homme armé s’était approché du trou, y avait enfoncé son arme et avait tiré à trois reprises.

Une enquête avait établi que les troupes auraient dû s’éloigner de la barrière pour être mieux protégées et pour bénéficier d’une vue plus dégagée, soulignant combien l’entraînement est essentiel pour se familiariser avec la barrière et le rôle que peut jouer cette dernière face aux différentes menaces.

Les Palestiniens affrontent les troupes israéliennes lors d’une manifestation à la frontière avec Gaza, le 30 août 2019. (Crédit : Hassan Jedi/Flash90)

La fausse barrière est suffisamment grande pour que deux pelotons d’infanterie – 100 à 200 soldats – soutenus par plusieurs chars puissent se livrer à un exercice simulant divers scénarios : des combats à la frontière, la prise de contrôle d’une émeute violente, la protection d’une ville lors d’une attaque, ou des opérations de routine qui nécessitent de franchir la nouvelle barrière dans la zone dite tampon – une zone qui s’étend sur quelques centaines de mètres jusqu’à une clôture de barbelés qui marque la frontière reconnue entre Israël et Gaza.

La barrière de Baf Darom est elle-même très endommagée à certains endroits, ce qui, selon Gadir, est dû à un récent exercice du Corps du génie de combat. « Nous la réparerons bientôt », a-t-il promis.

Une partie endommagée d’une fausse barrière frontalière de Gaza, à la base d’entraînement du commandement Sud de Tsahal, le 20 septembre 2022. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israel)

De l’autre côté de la barrière se trouve une réplique de la route qui longe la véritable frontière de Gaza, ainsi qu’une clôture de barbelés marquant la frontière internationalement reconnue entre Israël et le territoire dirigé par le Hamas. Plusieurs « postes du Hamas » parsèment la zone, à proximité de structures qui simulent l’emplacement de la première ligne de maisons palestiniennes.

Gadir a déclaré que des unités, principalement les forces spéciales, viennent à sa base pour y suivre un entraînement intensif d’une semaine près de la barrière. Une unité de parachutistes réservistes a récemment terminé ses exercices dans la zone.

Lors de la visite du Times of Israel, un bataillon d’infanterie légère se préparait à commencer un exercice sur la base.

Des soldats de la brigade d’infanterie Kfir simulent la guerre contre le groupe terroriste du Hamas dans la bande de Gaza, en novembre 2018. (Crédit : Tsahal)

Le lieutenant-colonel Guy Basson, commandant de Caracal, l’un des bataillons d’infanterie légère mixte de Tsahal, a déclaré au Times of Israel qu’il enverrait chaque semaine des pelotons différents s’entraîner sur le site en plus de leurs activités ordinaires, pour les aider à apprendre à mieux à protéger la zone placée sous leur responsabilité.

Caracal, qui est déployé pour l’instant et de manière permanente le long de la frontière égyptienne à proximité de la communauté de Nitzana, utilise également la fausse clôture de Gaza pour s’entraîner.

L’unité de Basson, qui fait partie du Corps de défense des frontières de Tsahal, est chargée d’empêcher les tentatives, parfois violentes, de trafic d’armes et de drogues depuis l’Égypte. Le bataillon comprend à la fois des troupes d’infanterie et une escouade de chars, une rareté dans l’armée.

« Les soldats aiment les entraînements, ça les sort de leur routine. Mais c’est aussi beaucoup plus difficile, et je veux qu’ils apprennent de leurs erreurs, ce qu’ils ne peuvent pas faire sur le terrain », a déclaré Basson.

« Lors d’un incident réel, un soldat n’a pas le droit à l’erreur », a-t-il ajouté.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...