Une firme israélienne entame les derniers essais pour l’insuline par voie orale
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Une firme israélienne entame les derniers essais pour l’insuline par voie orale

Les pilules, qui peuvent remplacer les multiples injections, aideront "des centaines de millions de diabétiques" dans le monde, envoyant l'insuline directement dans le foie

Photo d'illustration : Une femme s'injecte de l'insuline. (Crédit :Tuned_In via iStock by Getty Images)
Photo d'illustration : Une femme s'injecte de l'insuline. (Crédit :Tuned_In via iStock by Getty Images)

Une firme israélienne vient de commencer les derniers essais cliniques de son insuline par voie orale, avec pour objectif d’être la première à faire entrer sur le marché un médicament de ce type.

Les essais de phase 3 de ces pilules d’insuline ont été lancés lundi sous l’autorité de la FDA (Food and Drug Administration) de Californie, après 14 années de développement. Et si tout va bien, Oramed Pharmaceuticals dit espérer que les diabétiques de type 2 pourront commencer à prendre son médicament dans un peu plus de trois ans seulement, et que les malades de type 1 pourront y recourir ensuite après des tests supplémentaires.

« Ce médicament a le potentiel d’améliorer les existences de centaines de millions de diabétiques dans le monde », affirme Nadav Kidron, directeur général d’Oramed, au Times of Israel. « Et en améliorant les traitements, les complications peuvent être réduites : ce qui entraînera, par ricochet, une baisse du prix de la prise en charge des diabétiques ».

Il explique que la technologie de dosage utilisée par l’insuline présente un potentiel « très significatif » pour la création de versions orales d’autres types d’injections médicamenteuses.

Une firme indienne, Biocon, travaille également sur l’insuline orale, mais, contrairement à Oramed, elle n’a pas commencé ses essais avancés auprès de la FDA – des essais considérés comme la voie d’accès principale à l’ensemble des marchés internationaux.

Les pilules d’insuline produites par Oramed. (Autorisation : Oramed Pharmaceuticals)

Oramed a soulevé beaucoup d’argent pour son innovation : en 2015, l’entreprise a signé un contrat d’investissement et d’homologation avec la HLST (Hefei Life Science & Technology Park Investments and Development Co.) chinoise, une filiale du géant pharmaceutique Sinopharm, qui a ainsi acquis les droits d’exploitation pour la capsule d’insuline en Chine.

Kidron explique que son produit transporte l’insuline là où le corps peut en faire le meilleur usage – dans le foie plutôt que dans le sang, comme c’est le cas actuellement.

« L’un des avantages de l’insuline orale, c’est qu’elle permet de dépasser la crainte de la piqûre et que – et c’est plus important – l’insuline part directement dans le foie », ajoute-t-il.

« En l’emmenant directement dans le foie, nous parvenons ainsi à stopper la production de glucose excessive à l’endroit même où cette production a lieu. Normalement, les injections passent par le sang et elles contrôlent le glucose dans le sang plutôt que de stopper la production de ce dernier à la source, à savoir dans le foie ».

Ces pilules deviendront une source majeure d’insuline pour les malades, prédit-il, mais elles ne pourront pas remplacer entièrement les piqûres dans la mesure où les diabétiques de type 1 auront toujours besoin de s’injecter certaines doses.

Il ajoute qu’en plus d’aider les diabétiques dépendant de l’insuline, le médicament permettra aux médecins qui hésitent à commencer des injections de prescrire de l’insuline de manière plus occasionnelle via les pilules.

Une diabétique mesure son taux de sucre dans le sang. (Crédit : dragana991 via iStock by Getty Images)

Cibler directement le foie réduit aussi les effets secondaires et notamment la prise de poids qui empoisonne la vie de nombreux diabétiques, continue Kidron.

Le directeur-général d’Oramed Pharmaceuticals Nadav Kidron (Autorisation : Oramed)

« Dans les essais que nous avons réalisés jusqu’à présent, nous n’avons constaté aucune prise de poids généralement associée aux injections d’insuline », commente-t-il.

Dans les essais de phase 2b, l’insuline orale a montré une baisse significative au niveau statistique des taux d’hémoglobine A1c, l’un des principaux marqueurs des différents diabètes, sans effet secondaire grave et sans prise de poids.

La technologie initiale avait été développée au Centre médical Hadassah de Jérusalem – par la mère de Kidron, la biochimiste Miriam Kidron, qui est aujourd’hui à la tête de l’équipe scientifique d’Oramed. Avram Hershko, lauréat du prix d’Israël, a intégré le conseil scientifique de la firme.

La cheffe de l’équipe scientifique d’Oramed Pharmaceuticals (Autorisation : Oramed)

Le plus gros obstacle à franchir, pour l’insuline orale, était qu’elle risquait d’être abîmée par les intestins avant d’atteindre le foie. Oramed est parvenu à relever le défi grâce à une pilule présentant un enrobage particulier qui reste entier et qui permet de libérer spécifiquement l’insuline dans l’organe ciblé.

« Le fait que nous parvenions à emmener la pilule jusqu’au foie – exactement là où l’insuline est nécessaire – est une réussite majeure », dit Kidron.

« Cela fait presque cent ans que le monde cherche des moyens de donner de l’insuline par voie orale. Cette technologie pourrait réellement changer la donne dans la manière de prendre en charge les diabètes ».

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