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Interview

Une jeune militante israélo-nigériane se bat pour la propreté et l’environnement

Sharona Shnayder a grandi en Afrique et aux États-Unis avant de s'installer en Israël. Elle a lancé une opération de ramassage de détritus qui touche maintenant 23 pays

  • Sharona Shnayder à Tel Aviv. (Autorisation/Elrom Benavraham)
    Sharona Shnayder à Tel Aviv. (Autorisation/Elrom Benavraham)
  • Des bénévoles d'une opération de nettoyage dans un parc de Tel Aviv, le 24 août 2021. (Autorisation)
    Des bénévoles d'une opération de nettoyage dans un parc de Tel Aviv, le 24 août 2021. (Autorisation)
  • Sharona Shnayder ramasse des ordures avec un bénévole sur une plage de Tel Aviv, une photo non-datée. (Autorisation)
    Sharona Shnayder ramasse des ordures avec un bénévole sur une plage de Tel Aviv, une photo non-datée. (Autorisation)
  • Les bénévoles de l'opération Tuesday for Trash de Tel Aviv, le 24 août 2021. (Autorisation)
    Les bénévoles de l'opération Tuesday for Trash de Tel Aviv, le 24 août 2021. (Autorisation)
  • Les bénévoles de l'opération Tuesday for Trash de Tel Aviv, le 24 août 2021. (Autorisation)
    Les bénévoles de l'opération Tuesday for Trash de Tel Aviv, le 24 août 2021. (Autorisation)
  • Sharona Shnayder à Tel Aviv. (Autorisation/Elrom Benavraham)
    Sharona Shnayder à Tel Aviv. (Autorisation/Elrom Benavraham)
  • Le mot "Stop" écrit avec des détritus par les bénévoles de l'opération Tuesday for Trash de Tel Aviv, le 24 août 2021. (Autorisation)
    Le mot "Stop" écrit avec des détritus par les bénévoles de l'opération Tuesday for Trash de Tel Aviv, le 24 août 2021. (Autorisation)

NEW YORK — Quand Sharona Shnayder ramasse des détritus dans les rues, elle aime penser qu’elle collecte aussi des fragments d’espoir.

A l’âge de 21 ans, Shnayder est cofondatrice et directrice-générale de Tuesdays for Trash, une organisation à but non-lucratif de terrain qui encourage les gens à se réunir, une fois par semaine, pour mener une opération de nettoyage des espaces publics en ramassant les détritus abandonnés. Parmi ces pays, il y a Israël où elle s’est récemment installée, laissant derrière elle l’Oregon.

« Ramasser des déchets est thérapeutique et entraîne une différence tangible », explique Shnayder. « C’est facile de se concentrer sur le pessimisme suscité par le changement climatique et ses conséquences mais au lieu de ressasser la tristesse et la peur, on peut aussi tenter de faire naître l’espoir. Ramasser des ordures, pour moi, c’est une porte d’entrée vers l’activisme. Et ça motive, ça donne l’envie d’en faire davantage. »

Si collecter des détritus ne va pas directement rafraîchir la planète, Shnayder estime que les participants à l’opération développent une plus forte envie de s’impliquer dans l’activisme et dans la défense de l’environnement, qu’il s’agisse de soutenir des candidats qui souhaitent faire avancer des lois susceptibles de réduire ou d’inverser le réchauffement climatique ou de mettre la pression sur les entreprises de manière à ce qu’elles adoptent des pratiques plus durables. Dans la mesure où les Nations unies ont émis un rapport consacré au changement climatique qui a noté que le monde était dans une situation qui nécessitait « l’alerte rouge« , ce travail est plus urgent que jamais, indique Shnayder.

« Nous sommes en proie aux tempêtes, aux incendies, à la sécheresse. Ce rapport n’est pas seulement une alerte, c’est un signal d’alarme. Nous sommes en état d’urgence dans le monde, notre maison est en feu. On ne pourra pas totalement inverser la tendance mais on pourra au moins atténuer les conséquences », s’exclame-t-elle lors d’un entretien téléphonique accordé au Times of Israel.

Si elle avait occasionnellement aidé à planter des arbres ou à ramasser des espèces végétales invasives au lycée, Shnayder ne s’était jamais vraiment impliquée dans la défense de l’environnement avant de voir le discours prononcé par l’activiste suédoise Greta Thunberg à la tribune des Nations unies, en 2018.

Les bénévoles de l’opération Tuesday for Trash de Tel Aviv, le 24 août 2021. (Autorisation)

« La voir, cela m’a donné l’envie de concrétiser en quelque sorte quelque chose qui était déjà là en moi et que je voulais faire. Ensuite, j’ai commencé à m’informer encore et encore et j’ai été terrifiée », remarque-t-elle.

Mais au lieu de rester à bouillir intérieurement, Shnayder est passée à l’action.

Elle s’est portée volontaire au sein de l’Agence de protection environnementale de l’Oregon et elle a exercé des pressions sur les membres du Congrès pour les pousser à adopter une législation sur le climat. Elle a aussi commencé à organiser des programmes au sein de la Portland State University où elle terminait ses études en comptabilité.

C’est à ce moment-là que l’épidémie de COVID-19 est arrivée et au début du mois de mai 2020, elle s’est retrouvée en confinement, comme une grande partie de la nation.

Incapable de rester à ne rien faire, Shnayder a cherché une activité à réaliser – de préférence à l’extérieur et une activité qui, de préférence, pourrait faire la différence. C’est ainsi qu’avec l’une de ses amies, Wanda McNealy, elle a enfilé un masque et des gants et qu’elle a commencé à ramasser des détritus. Leurs sacs pleins, elles ont décidé de recommencer – et de recommencer encore. Et elles ont lancé l’opération Tuesdays for Trash.

Née à Lagos, au Nigeria, où elle a aussi grandi, Shnayder s’était installée à l’âge de 8 ans à Tualatin, dans l’Oregon, avec son père israélien. Sa mère, pour sa part, était restée à Lagos.

Des bénévoles d’une opération de nettoyage dans un parc de Tel Aviv, le 24 août 2021. (Autorisation)

« J’étais très excitée à l’idée de partir. On regardait des séries et des films américains. La vie, là-bas, ressemblait à un conte de fées. Mais les choses ont été différentes quand on est arrivés », explique-t-elle.

Pour la première fois, Shnayder a fait face au racisme, à la xénophobie et à l’antisémitisme.

« A l’école élémentaire, j’ai appris le mot nègre pour la toute première fois de la bouche de l’un de mes camarades de classe. Quand je suis allée au collège et au lycée, je me lissais les cheveux tous les jours et j’avais abandonné entièrement mon accent nigérian de façon à pouvoir me fondre parmi les autres élèves blancs », dit-elle. « Mais il n’y avait pas que le fait que je sois une personne de couleur qui me distinguait des autres – j’étais aussi une immigrante, ce qui a été particulièrement difficile avec l’administration Trump ».

De plus, ajoute-t-elle, l’antisémitisme croissant – stèles renversées dans les cimetières juifs, fusillades survenues dans les synagogues ou la vague récente de ressentiment contre les Juifs et les Israéliens qui a suivi le conflit à Gaza, au mois de mai – a été lourd à porter pour elle.

« C’est presque devenu une idéologie de gauche de haïr Israël, ce qui fait que quelqu’un comme moi – je vis en Amérique et je prévois de m’installer en Israël – se retrouve dans une position incroyablement inconfortable. A certains moment, j’ai réellement peur qu’on découvre que je suis juive et qu’on décide de ‘m’annuler’ à cause de mon identité et à cause de mon origine », déplore-t-elle, en référence à la ‘cancel culture’.

Sharona Shnayder ramasse des ordures sur une plage de Tel Aviv, une photo non-datée. (Autorisation)

Ayant grandi trop loin d’une synagogue pour assister aux offices ou fréquenter une école hébraïque, Shnayder n’a commencé à explorer ses racines juives que lorsqu’elle est entrée à la Portland State University. Là-bas, elle s’est impliquée dans la filiale de la Jewish Student Union de l’école.

L’année dernière, elle s’est rendue en Israël pour la toute première fois par le biais du programme de voyage Masa Israel Journey. Elle a fait un stage de marketing au sein d’UBQ Materials pour promouvoir le recyclage et la gestion des déchets. Masa était l’une des seules organisations en mesure de fournir des opportunités aux jeunes, en Israël, pendant le COVID.

Quand elle se trouvait au sein de l’État juif, Shnayder a aussi lancé une branche israélienne de Tuesdays for Trash. Elle a organisé des opérations de nettoyage dans tout Tel Aviv, et notamment au marché Carmel, sur la plage et dans les parcs. La plus récente opération de ce type a eu lieu dans le quartier Neve Tzedek de Tel Aviv, en date du 14 septembre.

Shnayder déclare avoir été accueillie avec beaucoup de chaleur et de gentillesse dans le pays, et que les Israéliens se sont montrés si encourageants et si amicaux qu’elle a décidé d’y immigrer. Au début du mois, elle s’est installée dans son nouvel appartement de Ramat Gan, une ville voisine de Tel Aviv située au centre d’Israël, et elle s’est inscrite à des cours d’hébreu intensifs et en immersion.

En plus des Tuesdays Trash, l’organisation de la troisième collecte de fonds Run for the Planet – qui servira à des opérations de nettoyage menées dans le monde entier – donne beaucoup de travail à la jeune fille. Parmi ses entreprises sponsors , Yerba Mate, Patagonia, Insta360 et Dirtbag Runners.

Sharona Shnayder ramasse des ordures avec un bénévole sur une plage de Tel Aviv, une photo non-datée. (Autorisation)

Shnayder évoque aussi le leadership mondial d’Israël dans les secteurs technologique, agricole et environnemental lorsqu’elle parle de sa décision de venir vivre dans le pays. Elle prévoit de faire carrière dans la gestion des déchets, en se concentrant sur la nécessité de s’attaquer à la crise du climat. Elle dit être particulièrement intéressée par les micro-plastiques qui, faisant moins de cinq millimètres de long, menacent particulièrement la vie marine et l’espèce qu’elle dit préférer : les tortues.

Intéressée par un poste, à terme, au ministère de la Protection environnementale, Shnayder dit vouloir à tout prix continuer son activisme.

« L’organisation communautaire, c’est un legs que je veux laisser », s’exclame-t-elle.

Un sujet qui, dit-elle, lui tient particulièrement à cœur en raison de sa petite enfance passée au Nigéria.

« Vivre là-bas m’a appris ce que j’appelle des compétences de développement durable de survie », explique-t-elle. « J’ai appris que les ressources sont limitées, qu’il faut faire des choses durables et conserver les choses longtemps. C’est vital pour conserver notre environnement propre et sûr », dit-elle.

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