Une nouvelle unité maritime israélienne pour lutter contre la pêche illégale
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Une nouvelle unité maritime israélienne pour lutter contre la pêche illégale

Les demandes de permis de pêche ont doublé, alors que l'Autorité des parcs et de la nature achève les six premiers mois d'un nouveau programme de patrouilles

Des rangers marins patrouillent dans les eaux à proximité d'Hadera dans le centre d'Israël, le 19 février 2019. (Luke Tress/Times of Israel)
Des rangers marins patrouillent dans les eaux à proximité d'Hadera dans le centre d'Israël, le 19 février 2019. (Luke Tress/Times of Israel)

Attrapez, mettez une amende et relâchez.

Une nouvelle unité de police maritime, qui vise à endiguer la pêche illégale en Israël, a récolté plus de 250 000 shekels en contraventions lors de ses sept premiers mois de fonctionnement, a annoncé plus tôt ce mois-ci l’Autorité de la nature et des parcs (ANP).

Les 15 patrouilleurs maritimes, une nouvelle unité de l’Autorité de la nature et des parcs qui arpente les côtes israéliennes et la mer de Galilée, ont recensé 305 cas de pêche illégale en 2018, soit 293 000 shekels (71 000 euros) d’amendes, depuis qu’ils ont commencé à patrouiller en mai.

La démarche s’inscrit dans le cadre d’une initiative plus large visant à réprimer toutes les formes de chasse et de pêche illégales afin de protéger les parcs du pays, y compris les zones de conservation marine en Méditerranée et dans la mer Rouge.

« Il est important de souligner que nous ne sommes pas contre la pêche, mais en faveur d’une pêche durable », a déclaré Yigal Ben Ari, directeur des Projets et activités marines pour l’Autorité de la nature et des parcs. « Nous voulons nous assurer que nous prenons soin de nos ressources et que nous ne puisons pas plus de ressources qu’il est possible d’en régénérer ».

Du personnel de l’Autorité de la nature et des parcs se prépare à partir en patrouille à Mikhmorat, dans le centre d’Israël, le 19 février 2019. (Luke Tress/Times of Israel)

Les réglementations en matière de pêche encadrent des pratiques comme la prise unique de poissons matures d’une certaine taille, et établissent la limitation de la pêche dans des zones sensibles désignées comme des zones de conservation marine et l’interdiction de pêcher certaines espèces pendant leur période de reproduction.

Un petit groupe de pêcheurs sportifs a fait entendre sa colère au sujet de la décision de l’ANP de faire appliquer ces lois de préservation, qui existent depuis des années mais sont largement ignorées.

« En Israël, il y a une tradition millénaire de pêche côtière, qui constitue une part essentielle de l’identité de la Méditerranée, tout comme c’est une part intégrale de l’identité et des traditions des pêcheurs et des gens qui vivent le long de la côte », a déclaré Sami Eli, le porte-parole de l’Association de la pêche sportive d’Israël. Il a rappelé que les ports, les plages publiques et la pollution dans la baie de Haïfa limitaient déjà les zones disponibles aux pêcheurs à de minuscules bandes côtières.

L’application de l’interdiction dans les réserves marines naturelles a été la « goutte d’eau qui a fait déborder le vase », a-t-il dit, en ajoutant que les amendes allaient conduire à un effondrement des traditions et des activités de pêche sportive à Haïfa et dans le nord d’Israël.

Yigael Ben Ari, directeur des Projets et activités marines pour l’Autorité de la nature et des parcs, le 19 février 2019 (Luke Tress/Times of Israë).

L’année dernière, l’Association de pêche sportive a déposé un recours devant la Cour Suprême pour autoriser la pêche le long de la côte et particulièrement dans la réserve marine de Rosh Carmel. Celle-ci s’étend sur 50 kilomètres carrés en dehors de Haïfa, où la chaîne de montagnes calcaires du Carmel se jette dans la mer. Il s’agit d’un habitat unique pour une grande diversité de vie sous-marine.

L’Association de pêche sportive affirme que c’est l’endroit le plus fertile et le plus productif pour la pêche. En mai, la Cour Suprême a statué que l’Autorité de la nature et des parcs pouvait continuer à infliger des amendes aux pêcheurs illégaux dans la zone.

Au cours des six derniers mois, six cas de pêche illégale sur dix concernaient des pêcheurs sans permis. Les personnes pêchant depuis leurs bateaux, même pour un usage personnel, doivent obtenir une licence s’élevant à 190 shekels (46 euros) auprès du ministère de l’Agriculture et du développement rural. On encourage, sans toutefois les contraindre, les pêcheurs qui pêchent depuis la côte à obtenir un permis.

L’ANP a enregistré une augmentation de 107 % du nombre de demandes des permis de pêche à usage récréatif et une hausse de presque 50 % du nombre de demandes de permis commerciaux. La pêche commerciale a toujours nécessité un permis, mais du fait de l’application laxiste de la loi, beaucoup de gens ne remplissent pas les papiers.

Yigal Ben Ari a déclaré que l’un des défis avait été de faire comprendre aux pêcheurs que les restrictions de pêche sont en réalité dans leurs intérêts. Cela aide les populations de poissons surpêchés à se régénérer. Des officiels de l’ANP ont également organisé des dizaines de rencontres avec des pêcheurs le long des côtes israéliennes, afin de les sensibiliser sur les nouvelles règles et conditions d’application.

L’ANP a commencé à avertir les pêcheurs dès 2013 qu’elle allait faire appliquer les restrictions de pêche.

« Quelqu’un qui plonge avec un tuba à Rosh Hanikra, qui voit ce qui se passe sous la surface, c’est quelque chose d’incroyable, » a déclaré le responsable de l’ANP. « Il y a tellement de vie là-dessous, on ne sait pas si on est à Eilat ou dans la mer Méditerranée ».

L’unité marine de l’ANP tente d’arrêter l’utilisation de harpons de pêche, qui sont illégaux. Environ 5 % des agissements illégaux enregistrés par les patrouilleurs marins concernaient l’utilisation d’armes sous-marines. Les patrouilleurs ont aussi vu l’apparition d’un nouveau phénomène de pêche avec des drones, qui peuvent transporter des lignes appâtées haut dans le ciel et ensuite les lancer à plus de cent mètres en mer, plus loin que la distance possible pour un pêcheur depuis la côte.

Yigal Ben Ari explique que la création de l’unité de rangers marins avait pris du temps à cause de la coopération nécessaire entre différentes agences, dont le ministère de l’Agriculture et du développement rural, le ministère des Sports et de la Culture et la police. La police dispose d’unités maritimes, mais se concentrait auparavant uniquement sur les activités criminelles et ne faisait pas appliquer les restrictions de pêche.

Aujourd’hui, la coopération entre la police marine et les patrouilleurs maritimes de l’ANP s’est développée, avec des échanges d’informations en temps réel.

Afin de constater une infraction de pêche, les agents de l’ANP doivent prouver que les pêcheurs ne se trouvaient pas juste dans une zone conservée, mais qu’ils pêchaient activement.

Israël possède 13 zones marines protégées, chacune renfermant un écosystème unique que les scientifiques veulent conserver.

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