Une ONG appelle à une vraie conscription universelle – Haredim, Arabes et autres
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Une ONG appelle à une vraie conscription universelle – Haredim, Arabes et autres

Le mouvement Pnima, qui comprenait autrefois B. Gantz et G. Ashkenazi, a publié une proposition exigeant que tous les citoyens israéliens réalisent une forme de service national

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

A titre d'illustration : Des soldats du bataillon ultra-orthodoxe Netzah Yehuda de l'armée israélienne sont assis dans un champ sur la base militaire de Peles, dans la vallée du Jourdain. (Yaakov Naumi/Flash90)
A titre d'illustration : Des soldats du bataillon ultra-orthodoxe Netzah Yehuda de l'armée israélienne sont assis dans un champ sur la base militaire de Peles, dans la vallée du Jourdain. (Yaakov Naumi/Flash90)

Un groupe composé d’anciens responsables politiques ou militaires devenus militants ont rendu publique, cette semaine, une nouvelle proposition politique visant à remplacer le système actuel de service national post-lycée, le rendant obligatoire pour tous les citoyens israéliens, contrairement au modèle actuel.

L’organisation Pnima, qui se traduit littéralement par « vers l’intérieur », a pour ambition de résoudre une source éternelle de discorde dans la société israélienne : l’inégalité dans la conscription militaire entre les différentes communautés, qui donnent lieu, à terme, à des disparités sociales et économiques.

Actuellement, le service national — que ce soit sous la forme de service militaire ou de bénévolat — n’est imposé qu’aux Juifs non ultra-orthodoxes et aux Druzes, qui constituent la majorité de la population, mais pas aux Haredim ni aux Arabes israéliens, qui représentent respectivement 10 et 17 % de la population.

Amir Eshel, le commandant de l’armée de l’air israélienne. (Crédit : Yossi Zeliger / Flash90)

« C’est un débat sans fin, qui a fait tomber des gouvernements », a indiqué mardi au Times of Israël Amir Eshel, ancien chef de l’armée de l’air israélienne et l’un des leaders du mouvement Pnima.

Cette année, l’échec du Premier ministre Benjamin Netanyahu à former une coalition après les élections d’avril du fait de cette question a conduit à la convocation d’un nouveau scrutin en septembre. Résoudre le problème sera probablement l’un des défis majeurs de la prochaine coalition, des injonctions judiciaires obligeant le gouvernement à légiférer sur l’enrôlement militaire des hommes ultra-orthodoxes.

Cependant, même les propositions les plus poussées envisagées par les différents gouvernements au fil des ans n’ont jamais appelé à la conscription totale des ultra-orthodoxes et des Arabes israéliens, comme le fait Pnima.

« Plus de 50 % des jeunes de 18 ans éligibles ne s’engagent pas dans l’armée israélienne. C’est un fait. La plupart, mais pas tous, sont des ultra-orthodoxes et des Arabes. Cela fait quelques années que c’est comme ça, et je m’attends à ce que ça empire », constate Amir Eshel, qui a dirigé l’armée de l’air de 2012 à 2017.

Tsahal n’est pas vraiment une armée du peuple ; c’est une armée de la moitié du peuple

La majorité des Juives religieuses ne servent pas non plus dans l’armée israélienne — même si leur nombre augmente — et réalisent à la place un service civique, la plupart du temps dans des écoles ou dans des services sociaux.

Cela remet en cause le statut autoproclamé de Tsahal « [d’]armée du peuple », dont la composition hétérogène vise à représenter tous les secteurs et classes socio-économiques de la société israélienne.

« Tsahal n’est pas vraiment une armée du peuple. C’est une armée de la moitié du peuple », dénonce Amir Eshel.

L’ancien chef d’Etat-major Benny Gantz et l’ancien ministre de l’Education Shai Piron lors d’une conférence de presse pour le mouvement non-politique « Pnima » à Lod, le 3 avril 2017. (Crédit :Tomer Neuberg/FLASH90)

Le mouvement Pnima, assez discret, a été créé en 2015 par un ancien ministre de l’Éducation, Shai Piron, dans le but de s’attaquer aux problèmes socio-économiques du pays. Les ex-chefs d’état-major Benny Gantz et Gabi Ashkenazi l’ont rejoint un an plus tard. Shai Piron était également membre du parti Yesh Atid, désormais intégré à Kakhol lavan, et d’autres responsables politiques précédemment associés à Pnima, dont l’ancien maire de Yeruham, Michael Biton, font aujourd’hui partie de la liste centriste.

Gabi Ashkenazi dirigeait l’équipe ayant mis au point la proposition de conscription universelle de Pnima.

Malgré ses liens avec le monde politique, Amir Eshel assure que le groupe — qui comprend également l’entrepreneur de la high-tech Shlomo Dovrat et plusieurs maires — est apolitique. Le général à la retraite ne s’attend pas à ce que la proposition du mouvement figure dans le programme d’un parti pour les prochaines élections.

Pnima a dévoilé son plan sur un site en hébreu dimanche, détaillant le besoin de changement de politique, la proposition en elle-même et ses résultats attendus.

Gabi Ashkenazi, l’un des leaders de l’alliance Kakhol lavan, lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 18 mars 2019. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

La suggestion de Pnima exigerait de tous les citoyens israéliens — avec très peu d’exceptions — qu’ils réalisent une forme de service national.

Un « centre national d’intégration » évaluerait où une certaine recrue servirait au mieux le pays, l’armée étant prioritaire. Il serait également possible de faire son service dans la police, chez les pompiers, les ambulanciers, dans les services éducatifs ou sociaux. Les « personnes exceptionnelles », à savoir les athlètes, les artistes, les érudits religieux, les scientifiques, auraient accès à une voie spéciale.

Proposer ces diverses options permettrait aux gens d’allier besoins et service national, tout en servant l’État.

Amir Eshel donne pour exemple un ultra-orthodoxe qui pourra « apprendre dans une yeshiva 24 heures sur 24, sept jours sur sept, et être de garde pour la Zaka ou l’United Hatzalah », les services d’urgence gérés par les Haredim.

Pnima pense que cela permettra au pays une plus grande cohésion sociale et culturelle, bénéficierait aux communautés désavantagées et aurait des conséquences économiques positives sur les catégories les plus pauvres de la population.

Le président Reuven RIvlin assiste aux célébrations de la fête de l’indépendance américaine à la résidence de l’ambassadeur des États-Unis en Israël à Herzliya, le 30 juin 2016. (Crédit : Mark Neyman / GPO / Flash90)

« Ce [projet] contribuerait à relier les différents secteurs, les différentes tribus, comme le président les appelle », a indiqué Amir Eshel, faisant allusion au discours souvent cité du président Reuven Rivlin de 2015 dans lequel il mettait en garde contre les dangers de la division du pays en quatre tribus — les laïcs, les religieux, les ultra-orthodoxes et les Arabes — qui n’interagissent pas entre elles.

« Quand tout le monde fait son service, cela signifie que le pays nous appartient à tous », estime l’ancien pilote de l’armée.

Amir Eshel souligne qu’il ne cherche pas pour autant à effacer les différences culturelles entre chacun.

« C’est de la plus haute importance pour de nombreuses communautés », assure-t-il, soulignant que c’est encore plus valable pour les femmes de ces groupes.

« Les Haredim peuvent rester Haredim. Les Arabes peuvent rester arabes. L’intention n’est pas de dissimuler leur identité et de rendre tout le monde identique », rassure-t-il.

« On ne nous a jamais rejetés »

Aujourd’hui dans la population haredie, le service militaire et national est perçu comme une menace sur leur mode de vie, car plaçant les jeunes concernés dans un cadre laïc, même si le bénévolat se fait dans leurs communautés.

Dans la société arabo-israélienne, la question du service national reste très controversée au vu de la relation fortement tendue de la communauté avec le gouvernement. De légers changements sont apparus ces dernières années, plus de femmes arabes réalisant une forme de service national, mais reste extrêmement rare parmi les hommes.

D’après Amir Eshel, malgré le rejet de certains députés et responsables politiques, des citoyens ont fait part de leur intérêt pour l’idée. Il a attribué certaines réactions négatives de responsables politiques à la proximité des élections.

Mais même si l’équipe de Pnima s’est vue opposer des critiques, Amir Eshel assure : « On ne nous a jamais rejetés. »

Des Juifs ultra-orthodoxes manifestent contre le projet de loi sur le service militaire. (Yonatan Sindel/Flash90)

Les populations arabes et ultra-orthodoxes sont souvent plus pauvres et souffrent de plus de problèmes sociaux que le reste de la population. Certains de ces problèmes pourraient être traités par la conscription universelle, d’après Pnima.

« Il y a beaucoup de problèmes dans la communauté arabe. Voilà un moyen de les résoudre, d’améliorer les choses », pense Amir Eshel.

En plus des bienfaits immédiats d’avoir plus de gens travaillant dans les écoles, dans les services d’urgence, et d’autres formes de service national dans la communauté arabo-israélienne, cela permettrait à ces bénévoles d’acquérir des compétences et un savoir-faire gratuitement qui leur serviront à terme sur le marché du travail.

« La proposition a été évaluée par le centre interdisciplinaire de l’Institut Aharon, dirigé par le Professeur Zvi Eckstein, et elle s’avère très bénéfique économiquement, en termes de productivité et de services sociaux », indique Pnima sur son site Internet.

Pourquoi maintenant ?

D’après Amir Eshel, la décision de la publier maintenant a été prise en dépit et en raison des élections de septembre.

« C’est une opportunité, mais également un risque », concède-t-il.

La proximité du scrutin électoral signifie que les responsables politiques arabes et Haredim rejetteront probablement d’emblée le projet de Pnima, mais c’est également l’occasion pour la société israélienne de réfléchir à nouveau aux problèmes de fond soulevés par la proposition.

« Nous pensions que c’était le bon moment pour dire : les amis, voilà quelque chose de nouveau », explique Amir Eshel, qui a agi comme porte-parole du projet.

« Cela n’arrivera pas du jour au lendemain. Nous essayons de faire adopter une loi. Ça ne se fera pas en un jour. Ça prendra peut-être cinq ans », estime-t-il.

« Mais ça va marcher, ça doit marcher. »

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