Une présentatrice arabe israélienne évoque son mariage avec Tsachi Halevi
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Une présentatrice arabe israélienne évoque son mariage avec Tsachi Halevi

Lucy Aharish a parlé à cœur ouvert des critiques de son mariage avec l'acteur, précisant que leur enfant prendra ses propres décisions religieuses

Lucy Aharish, Tsahi Halevy et leur bébé. (Capture d'écran : Douzième chaîne)
Lucy Aharish, Tsahi Halevy et leur bébé. (Capture d'écran : Douzième chaîne)

Lucy Aharish, arabe israélienne, personnalité éminente des médias et fervente critique du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a accordé un entretien à cœur ouvert ce week-end, dans lequel elle a évoqué son mariage à l’acteur israélien Tsahi Halevi (« Fauda »), la naissance récente de leur premier enfant, les difficultés de la vie en Israël en tant que couple mixte et les nombreux commentaires haineux reçus, en particulier sur internet.

Le mariage de Aharish et de Halevi, en 2018, avait été largement condamné par la droite israélienne, les politiciens entrant dans le débat et des ministres fustigeant publiquement le couple à l’époque.

Au cours d’une interview qui a été accordée vendredi à la Douzième chaîne, Aharish, âgée de 39 ans, a déclaré que les deux années et demi qui se sont écoulées depuis le mariage « n’ont pas été faciles ». Elle a déclaré avoir fait plusieurs fausses couches et regretté d’avoir perdu son poste à la télévision en prime-time, qui lui avait permis de devenir la première présentatrice arabe de la Treizième chaîne – un évincement qui, a-t-elle affirmé, a sûrement suivi des pressions politiques exercées sur ses employeurs.

Connue par les Juifs israéliens comme étant une voix arabe modérée, Aharish s’est dit fière d’être citoyenne de l’État juif et elle a critiqué ouvertement, de la même manière, les Juifs et les Arabes israéliens. Elle avait été très admirée quand, en 2015, elle avait obtenu l’honneur d’allumer une torche lors de la cérémonie de la Journée de l’Indépendance, sur le mont Herzl, pour son travail en tant que « journaliste musulmane pionnière dont le discours est un discours de tolérance et d’ouverture interconfessionnelles en faveur des intérêts d’Israël ».

La journaliste arabe israélienne, Lucy Aharish, allume une torche lors de la cérémonie du Jour de l’Indépendance d’Israël, au mont Herzl, à Jérusalem, le 22 avril 2015. (Crédit : Hadas Parush / flash 90)

Mais au cours des dernières années, « je me suis trouvée dans un engrenage – que ce soit au niveau professionnel, mais aussi personnellement et spirituellement », a-t-elle révélé lors de l’entretien de vendredi, disant qu’elle avait dû avoir recours à une thérapie pour la toute première fois. « Après tout ce que j’avais traversé – un attentat terroriste, des commentaires haineux, des insultes, d’autres difficultés – c’est la première fois que j’ai eu besoin d’aller voir un thérapeute ».

« J’ai ressenti le besoin de mettre à nu mon âme, de m’exprimer », a-t-elle expliqué.

Aharish était née dans la ville de Dimona, dans le sud du pays, dans un foyer laïc – ses parents avaient déménagé de Nazareth au début des années 1970. Elle parlait déjà couramment l’hébreu et l’arabe et elle avait été la seule musulmane de sa classe, luttant pour découvrir sa propre identité. Elle avait été victime de harcèlement de la part de ses camarades d’école.

Elle et Halevi avaient caché leur relation amoureuse pendant des années avant de révéler leur futur mariage, redoutant les critiques publiques, voire pire.

Lucy Aharish fête son quatrième anniversaire à Dimona. (Crédit : Lucy Aharish/Facebook)

Aharish a évoqué le « lien spécial » tissé avec la famille juive de Halevi, et en particulier sa mère.

« Elle m’a accepté, les bras ouverts, dès le premier moment. Aujourd’hui, je vois nos deux familles assises ensemble autour de la table du Shabbat. Ce n’est pas quelque chose qui pouvait être considéré comme acquis. Au moment même où nos deux familles se sont rencontrées, elles ont compris combien elles étaient similaires. Les gens ne parviennent pas à comprendre combien le lien qui s’est noué entre nos deux familles est naturel et normal », a-t-elle indiqué.

Aharish a eu son premier enfant, Adam Aharish Halevi – c’est le deuxième pour Halevi – au mois de février. Elle lui parle en arabe, disant que cette décision a été prise par le couple, s’amusant également de ce que Halevi l’avait taquinée en lui disant qu’il doutait que le petit garçon parvienne à parler couramment la langue si c’était elle qui était chargée de la lui enseigner. Halevi parle de son côté six langues, dont l’arabe.

L’animatrice de Reshet Lucy Aharish et l’acteur de Fauda Tsahi Halevi durant leur mariage secret, le 10 octobre 2018. (Crédit : capture d’écran Dixième chaîne)

Dans le monde d’aujourd’hui, à Tel Aviv, son fils « ne sera pas le seul enfant ‘excentrique’ avec son identité problématique », a-t-elle noté.

« Je n’ai pas à vous rappeler les étiquettes qui sont utilisées par les enfants », a-t-elle dit devant les caméras de la Douzième chaîne. « Celui-là a deux mamans, celui-là a deux papas, cet enfant a une mère transgenre, ou il a une mère qui a décidé toute seule d’avoir un bébé… »

« Et il y a aussi ce gamin dont la maman est arabe et dont le papa est juif », a-t-elle continué.

La présentatrice de télévision arabe israélienne Lucy Aharish (Crédit : Capture d’écran YouTube)

« Je le regarde aujourd’hui et il ne cesse de m’étonner », a déclaré Aharish en évoquant son fils. Mais elle s’est aussi douloureusement souvenue, au cours de l’interview, des réactions suscitées par l’annonce de sa grossesse. Un usager des réseaux sociaux lui avait souhaité d’avoir un enfant mort-né, a-t-elle raconté, demandant : « Mais d’où provient toute cette méchanceté ? Espérer qu’une femme donnera naissance à un enfant mort ? Mais d’où vient cette
horreur ? »

« Mais pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Parce que je suis une femme arabe qui a épousé un Juif ? Parce que j’exprime mon désaccord concernant certaines opinions politiques ? Parce que j’ose critiquer et dire des choses avec lesquelles certains peuvent être en désaccord ? », a-t-elle poursuivi.

« J’ai parfois une seule envie, celle de m’écrouler dans mon lit et de pleurer, pleurer encore », a-t-elle dit, les larmes aux yeux. « Ce monde dans lequel je vais faire naître mes enfants me fait peur ».

Aharish et Halevi ont dû traverser une réalité difficile depuis la naissance de leur enfant, a-t-elle ajouté. Tandis qu’ils enregistraient la naissance d’Adam à l’hôpital, elle avait remarqué le mot « Juif » accolé à la case « nationalité », dans le formulaire, et elle l’avait fait remarquer à Halevi. « L’agent a fait une pause et il a demandé à Tsahi s’il n’était pas Juif, ce à quoi j’ai répondu qu’en effet, il l’était – mais que moi non », a raconté Aharish.

En réponse, l’agent a proposé d’écrire l’inscription « sans religion » et Aharish a accepté avec bonheur. Car Adam, a-t-elle ajouté, prendra ses propres décisions.

Lucy Aharish, Tsahi Halevy et leur bébé. (Capture d’écran : Douzième chaîne)

« Il vit dans un foyer où il y a deux cultures, où règnent la compréhension et le respect, où s’il veut lire la Torah, je le ferai avec lui, où s’il veut se convertir au judaïsme, il pourra le faire. Je ne vois aucun problème à ça », s’est-elle exclamée.

« L’enfant a eu une brit mila [circoncision] », a-t-elle ajouté, se souvenant des réactions provoquées par la cérémonie. « Nous aussi, musulmans, pratiquons la circoncision, vous n’y avez pas pensé ? »

Aharish a expliqué qu’elle-même ne pouvait pas entonner l’hymne israélien, la Hatikva, quand elle était enfant parce qu’elle n’avait pas une « âme juive. »

« Mais mon enfant a cette âme. La moitié de son âme est juive. Il est à moitié arabe, à moitié Juif. Il peut chanter la Hatikva« , a-t-elle déclaré.

Et il fera, « bien sûr », son service dans l’armée israélienne, a-t-elle continué.

« Mon enfant fait partie de ce pays », a-t-elle affirmé, que des politiciens comme Bezalel Smotrich, leader d’extrême-droite du parti religieux, « le veuillent ou non ».

Aharish a ainsi répondu à un tweet de Smotrich pendant le tournage de l’entretien, le 7 avril, dans lequel il disait que « les vrais musulmans comprennent qu’Israël appartient au peuple juif et avec le temps… les Arabes qui ne le reconnaissent pas finiront par partir d’ici ».

Le chef du Parti sioniste religieux, le député Bezalel Smotrich, à Modiin, le 23 mars 2021. (Sraya Diamant/Flash90)

« C’est du racisme, c’est de l’antisémitisme », a affirmé Aharish. « L’antisémitisme, ce n’est pas seulement contre les Juifs mais c’est contre la race sémite à laquelle j’appartiens ».

« Smotrich est un antisémite », a-t-elle répété. « Et je le lui dis maintenant : Jamais nous ne partirons. Nous resterons là, comme un nœud dans votre gorge, dans vos gorges, dans les gorges de tous les racistes comme vous. Moi et mon enfant mi-Juif, mi-musulman ».

Aharish a déjà payé le prix fort pour de tels propos. En 2014, Bentzi Gopstein, chef de l’association anti-assimilation « Lehava », lui avait dit durant une apparition dans son émission de la Deuxième chaîne qu’en tant que citoyenne arabe, elle n’était pas « supposée être là », dans l’État juif. Quand Aharish lui avait répondu qu’elle n’irait nulle pas ailleurs, il avait rétorqué : « On verra bien ».

Deux ans plus tard, Gopstein avait paru la menacer pendant une cérémonie en mémoire de Meir Kahane, un rabbin extrémiste, à Jérusalem, lorsqu’il avait brandi une serpillère avec sa photo et averti qu’elle nettoierait bientôt les sols.

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Pendant l’interview, Aharish a aussi parlé de Netanyahu, qu’elle a critiqué de manière répétée, et de sa tentative de courtiser les électeurs arabes lors de la campagne organisée pour le dernier scrutin. Aharish a déclaré que si le Premier ministre « avait été contraint à faire campagne avec [feu le leader de l’Autorité palestinienne Yasser] Arafat, il l’aurait fait ».

Elle a répondu à un entretien pré-électoral qu’avait accordé Netanyahu à la Douzième chaîne, au cours duquel le Premier ministre s’était adjugé le surnom de « Abu Yair, » en raillant le Premier ministre.

« Cette discussion sur les jeunes, ce surnom d’Abu Yair…Vraiment ? Et ce mensonge fonctionne sur qui ? », a-t-elle interrogé.

« En Arabe, on dit : ‘Vous me crachez au visage et vous me dites que c’est des gouttes de pluie.’ On peut s’arrêter, là ? On peut stopper cette plaisanterie ? Est-ce qu’on peut arrêter de croire que les Arabes seraient stupides ? Est-ce que vous pensez vraiment que vous allez me dire ‘Abu Yair’ et que je vais rappliquer, comme une bonne Arabe, en remuant la queue ? Que je vais voter pour vous ? », a-t-elle continué.

Illustration : Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pose pour une photo avec des élèves le premier jour d’école dans la ville arabe israélienne de Tamra, le jeudi 1er septembre 2016. (AP/Sebastian Scheiner)

Malgré les difficultés, Aharish a exprimé sa reconnaissance à l’égard de son couple et de sa famille.

« Chez moi, j’ai tout ce que j’ai toujours souhaité dans la vie – l’acceptation, la tolérance, l’amour, le respect des autres. Et j’ai soudainement compris que tous ces gens qui m’insultent, qui disent des choses sur moi, n’ont pas un iota de ce que je possède en réalité », a continué Aharish.

Elle s’est souvenue d’un moment, pendant Yom Kippour, où Halevi et son fils aîné – un adolescent – priaient sur le balcon à la fin du jeûne. « Vous aviez là une musulmane et deux hommes Juifs en train de prier sur un balcon à la fin de Yom Kippour, avec Netflix en arrière-plan, et tout cela coexistait en un seul espace. Avec beaucoup de respect ».

« Dans ces moments-là, vous avez tout ce que vous pouvez désirer », a-t-elle poursuivi. « Vous l’avez emporté contre tous les Smotrich » et autres.

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