Les unions décriées de célébrités disent la difficulté des couples juifs/arabes
Rechercher

Les unions décriées de célébrités disent la difficulté des couples juifs/arabes

Bien qu'il s'agisse d'une minuscule minorité, les unions inter-confessionnelles défient les obstacles et les pressions sociales. Mais le défi semble de plus en plus dur à relever

Yakub Barhum et Michal Baranes ont construit une vie et un restaurant prospère, "Majda", dans un petit village arabo-israélien, mais ils envisagent de partir à l'étranger après les récentes tensions entre juifs et arabes en Israël. (Ben Sales)
Yakub Barhum et Michal Baranes ont construit une vie et un restaurant prospère, "Majda", dans un petit village arabo-israélien, mais ils envisagent de partir à l'étranger après les récentes tensions entre juifs et arabes en Israël. (Ben Sales)

EIN RAFA (JTA) – Entourée d’un jardin luxuriant et d’un ensemble de marches en pierre qui forment une route escarpée dans ce petit village bucolique israélo-arabe, la maison de Michal Baranes et Yakub Barhum fait figure de havre de paix au cœur de cette région surpeuplée et agitée qui l’entoure.

Leur vie semble aussi agitée. Le couple – Barhum est arabe, Baranes est juive – et leurs enfants appartiennent à cette petite minorité de familles arabo-juives dans un pays où les divisions sont souvent fondées sur des clivages religieux et nationaux. Ils essaient de ne pas regarder les infos.

Au lieu de cela, ils ont essayé de créer une réalité différente à la fois chez eux et dans leur restaurant réputé, Majda, au rez-de-chaussée de leur maison. Ils servent des plats traditionnels issus de produits cultivés dans le village, donnant à une clientèle majoritairement juive-israélienne un avant-goût de la cuisine arabe locale et, disent-ils, d’un monde où Juifs et Arabes peuvent se connaître et se respecter un peu plus.

« C’est la coexistence, c’est ce qui devrait exister, le respect mutuel », dit Barhum, en sirotant un café dans son jardin un de ces derniers dimanches, Baranes et leur bambin à côté de lui. « Mais nous ne pensons pas que c’est quelque chose de politique. Nous sommes un couple : Nous avions besoin l’un de l’autre et l’amour traverse les frontières. »

« Pas question de céder », dit Baranes. « On choisit et on ne laisse pas la réalité influencer sa vie. Tu vis ta vie ».

Mais la réalité s’invite parfois. En juillet, après l’adoption par Israël d’une loi se définissant comme l’État-nation du peuple juif, Baranes a traduit pour la première fois la carte de Majda en arabe (presque tous ses clients, dit-elle, parlent hébreu). En réponse au virage à droite du gouvernement, elle a accroché un poème du poète palestinien controversé Mahmoud Darwish. Sur un des murs, en anglais, on peut lire : « Nous vaincrons. »

« Ce qui s’est passé récemment nous oblige à réagir, à faire notre propre déclaration », explique Mme Baranes. « J’essaie d’apporter un maximum de choses pour dire : ‘Hey, les gars, venez voir autre chose’. »

La question de l’équilibre entre des couples comme Barhum et Baranes a été lancée dans le débat public israélien le mois dernier lorsque la présentatrice arabe-israélienne des actualités télévisées Lucy Aharish a épousé Tsahi Halevi, star du feuilleton de la télévision israélienne « Fauda ».

Le député Oren Hazan (Likud) a suggéré qu’Aharish avait « séduit une âme juive ». Aryeh Deri, le ministre de l’Intérieur orthodoxe Haredi, a qualifié la nouvelle de « douloureuse » et a déclaré que si le mariage était leur décision privée, « nous devons protéger le peuple juif ».

L’animatrice de Reshet Lucy Aharish et l’acteur de Fauda Tsahi Halevi durant leur mariage secret, le 10 octobre 2018. (Crédit : capture d’écran Dixième chaîne)

Israël ne reconnaît pas les mariages interconfessionnels célébrés dans le pays, de sorte que les couples juifs-musulmans et juifs-chrétiens, et autres, doivent aller à l’étranger pour être officiellement mariés.

D’autres, comme Baranes et Barhum, ne se marient pas du tout. Selon les statistiques du gouvernement israélien, les couples interconfessionnels sont rares dans le pays. En 2016, seuls 24 couples juifs-arabes israéliens se sont mariés à l’étranger. En 2015, ce nombre était de 25.

Le mariage Aharish-Halevi n’était pas le premier mariage intercommunautaire à faire l’objet d’une controverse publique en Israël. En 2014, pendant la guerre d’Israël contre le Hamas à Gaza, 200 manifestants d’extrême droite se sont présentés à un mariage juif-musulman en scandant « Mort aux Arabes ».

Les mariages mixtes sont particulièrement controversés en Israël parce qu’ils aggravent une division religieuse et un conflit politique, a déclaré Rafa Anebtawi, directrice de Kayan, une organisation féministe arabo-israélienne.

Presque tous les Israéliens arabes sont musulmans ou chrétiens, et Anebtawi a déclaré que si les mariages interconfessionnels entre deux Arabes peuvent être controversés, ils ne le sont pas autant que les mariages entre Arabes et Juifs.

« Il est très important de tenir compte du fait que nous parlons de nationalité, a-t-elle dit. « Il y a des difficultés liées au conflit israélo-palestinien. Ce n’est pas seulement une question de religion. C’est difficile d’être en conflit avec eux. Je pense que c’est le problème principal. »

Baranes et Barhum n’ont pas été submergés par les invectives racistes des deux camps depuis plus de deux décennies qu’ils sont ensemble. Mais ils ont dit que les clients de leur restaurant évitent l’endroit en temps de guerre.

Leurs familles ont d’abord eu du mal avec cette relation. Baranes et Barhum se sont rencontrés au milieu des années 1990 alors qu’ils travaillaient tous deux dans un restaurant à Kiryat Anavim, un kibboutz situé en face d’Ein Rafa. Baranes a dit que sa mère a pleuré après que Baranes lui a parlé de Barhum. Et le couple ne s’est pas rendu chez les parents de Barhum pendant près d’un an après leur déménagement à Ein Rafa, même s’ils vivent tous dans le même village de 1 000 habitants, où de nombreux résidents font partie d’une grande famille élargie.

Aujourd’hui, disent-ils, après avoir donné trois petits-enfants à leurs parents, ces problèmes ont disparu.

« J’ai dit : ‘Maman, je suis amoureuse d’un homme arabe' », dit Baranes. « Elle savait que j’étais amoureuse. Elle a pleuré pendant deux jours. Puis elle m’a demandée : ‘Est-il gentil avec toi ?’ J’ai dit oui. Elle m’a dit : ‘Es-tu heureuse ?’ J’ai dit oui. … Plus elle apprenait à le connaître, plus elle comprenait avec qui je vivais, la tranquillité que je recherchais ».

L’une des raisons pour lesquelles ils ont pu vivre en grande partie sans être dérangés, dit le couple, est l’attitude de leur village et de ses environs, juste à l’ouest de Jérusalem. Arabes et Juifs, disent-ils, y ont toujours travaillé et vécu côte à côte. Barhum se souvient que son père accueillait fréquemment des invités juifs chez lui.

« Cette région particulière est un Israël et le reste du pays est un autre Israël », a déclaré Musa Barhum, un autre résident d’Ein Rafa qui organise des visites pour des groupes de jeunes juifs dans le village avec son épouse, Yasmin.

« Dans cette partie d’Israël, les Arabes et les Juifs sont semblables, exactement semblables. J’ai un ami juif, il vient chez moi exactement comme il va chez un ami juif. Il n’y a pas de barrière entre nous ici. »

Yasmin et Musa Barhum ont dû faire face à la désapprobation initiale de leur famille, non pas à cause de la religion de Yasmin, mais parce qu’elle est originaire du Royaume Uni. La mère de Musa craignait que Yasmin emmène son fils vivre à l’étranger. (Ben Sales)

Musa Barhum a dit qu’à Ein Rafa, même si presque tous les résidents sont arabes, ils parlent souvent l’hébreu à la maison et utilisent cette langue sur leur téléphone portable. A plusieurs reprises, alors qu’il s’exprimait en anglais, il s’est arrêté pour se rappeler les traductions d’expressions en hébreu.

Musa et Yasmin forment une sorte de couple mixte : Ils sont tous les deux musulmans, mais elle est une immigrante de Grande-Bretagne. Ce n’est pas la religion de Yasmin qui inquiétait la mère de Musa : Elle craignait que Yasmin emmène Musa vivre au Royaume-Uni, loin de leur communauté soudée. Mais maintenant que le couple a fait sa vie à Ein Rafa, dit Yasmin, la famille de Musa l’a adoptée.

« Aucune femme ne veut que son fils se marie avec quelqu’un comme ça et qu’il quitte la maison », dit Musa. « La culture ici veut que le fils se marie et reste près de la famille. Tu restes sur place, tu ne sors pas d’ici, c’est pour ça que ma mère s’inquiétait beaucoup. »

Les deux couples, cependant, ont déclaré que la coexistence est devenue plus difficile ces derniers temps, en raison à la fois de la récente législation et de la vague d’attaques palestiniennes à l’arme blanche à Jérusalem en 2015. Les jeunes Juifs et Arabes, ont-ils dit, n’interagissent pas autant que leurs aînés.

« Les gens s’efforcent toujours de préserver cette [coexistence], mais le climat politique et les lois qui sont adoptées et ce genre de choses rendent les choses de plus en plus difficiles », a déclaré Yasmin Barhum. « Les ados ne se mélangent pas comme à l’époque de Musa. »

Baranes et Barhum, quant à eux, ne sont pas sûrs de leur avenir là où ils se sont bâtis une vie et ont réussi leurs affaires. Ils y élèvent trois enfants, vivent dans un village arabe et les envoient étudier dans une école de langue hébraïque dans un pays où les étudiants arabes et juifs sont, à de rares exceptions près, séparés par langue.

Mais ils disent que les récents développements les ont amenés à envisager de s’installer en Europe ou plus loin.

« On pense toujours à partir », dit Baranes. « Je ne peux pas le supporter. C’est de la grossièreté, c’est un monde de ténèbres, ce qui se passe ici. Tu ne peux pas grandir là-dedans. Tu ne peux rien faire. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...