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Une semaine avant le drame de Meron, des responsables exprimaient leurs inquiétudes

Dans un nouvel enregistrement, on entend des responsables de la sécurité s'insurger contre le nombre de participants, craignant un "accident collectif"

Les secouristes et la police israélienne sur les lieux de l'accident mortel survenu lors des célébrations de Lag BaOmer sur le Mont Meron, dans le nord d'Israël, le 30 avril 2021. (Crédit: David Cohen/Flash90)
Les secouristes et la police israélienne sur les lieux de l'accident mortel survenu lors des célébrations de Lag BaOmer sur le Mont Meron, dans le nord d'Israël, le 30 avril 2021. (Crédit: David Cohen/Flash90)

Les responsables de la planification et de la sécurité ont exprimé de sérieuses inquiétudes quant au bien-être des pèlerins lors des festivités de Lag BaOmer au Mont Meron l’année dernière, quelques jours avant qu’une bousculade mortelle ne cause la mort de 45 personnes.

Lors d’une réunion tenue le 22 avril 2021, l’ancien ministre de la Sécurité intérieure, Amir Ohana, a poussé les responsables de la police à autoriser un plus grand nombre de personnes à participer à l’événement, alors même que d’autres s’inquiétaient de l’affluence sur le site, selon un enregistrement remis à la Treizième chaine et diffusé mercredi.

Huit jours plus tard, les responsables ont assisté à la plus grande catastrophe civile de l’histoire d’Israël, lorsqu’un mouvement de foule a coûté la vie à 45 personnes, écrasées et asphyxiées à mort. La catastrophe a donné lieu à la création d’une commission d’enquête et à des changements radicaux dans le format de l’événement cette année, notamment une limitation stricte de la foule lors d’un pèlerinage qui, par le passé, attirait des centaines de milliers de personnes.

L’enregistrement de la réunion au siège de la police nationale, à laquelle ont également assisté le commissaire de police Kobi Shabtai, le chef de la police du district nord Shimon Lavi et d’autres hauts responsables, n’a pas été transmis à la commission d’enquête de l’État sur la tragédie, pour des raisons encore inconnues.

Au cours de la réunion, on entend plusieurs responsables de la police mettre en garde contre les dangers de la surpopulation et la nécessité de résister aux personnalités ultra-orthodoxes qui font pression pour que les seuils de fréquentation soient augmentés voire même supprimés.

On entend Lavi dire que, bien que seulement 10 000 personnes aient été ostensiblement autorisées à assister aux festivités, il s’attend à ce que 50 000 personnes se présentent.

Ohana exprime alors l’espoir que la police répondra au nombre plus élevé de participants potentiels en autorisant davantage de groupes à entrer et en doublant le nombre de participants autorisés à 20 000, « pour réduire l’écart entre ce qui est annoncé et ce qui se passera en réalité ».

On l’entend également demander si la police peut autoriser les membres de la Knesset à assister librement à l’événement.

Des sacs mortuaires sur le site de la catastrophe du mont Meron, le 30 avril 2021. (Capture d’écran)

Le Likud a conclu une alliance politique avec les partis ultra-orthodoxes Shas et Yahadout HaTorah. Selon les informations, des demandes de différentes personnalités religieuses visant à augmenter le nombre de pèlerins autorisés à participer à l’événement sont parvenues au Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu, au ministre de l’Intérieur de l’époque, Aryeh Deri, à Ohana et à d’autres. On pense que cela a conduit à une pression sur la police pour qu’elle permette au plus grand nombre possible de personnes de participer librement à l’événement.

Dans l’enregistrement, un représentant des pompiers met en garde contre le risque qu’il y ait un grand nombre de victimes lors de l’événement. « Cela pourrait être très grave », dit-il, évoquant un accident survenu en 1911, lorsqu’un balcon s’est effondré sur le site, tuant 13 personnes.

Le chef de la police, Shabtai, affirme que les années précédentes, des femmes et des enfants ont été de nombreuses fois confrontés au danger. « Il y a des gens ici qui ont brulé beaucoup de calories à cause de la peur et du défi de garder les enfants et les femmes en vie », note-t-il avec ironie.

Avant la fête de Lag BaOmer, le chef de la police du district nord, Shimon Lavi, à gauche, et le vice-ministre des Affaires religieuses, Matan Kahana, au centre, lors d’une visite au tombeau de Rabbi Shimon Bar Yochai, à Meron, dans le nord d’Israël, le 16 mai 2022. (David Cohen/Flash90)

Dans l’enregistrement, on entend un représentant des groupes religieux qui supervisent le site assurer aux personnes présentes que les questions de sécurité ont été prises en compte et que toutes les réparations nécessaires sur le site ont été effectuées « dans les règles ».

Il ajoute que la police ne devrait pas décider qui peut ou ne peut pas assister à la cérémonie, car de telles décisions créent « du ressentiment et des troubles dans la communauté [hassidique] ».

Shabtai a témoigné devant une commission chargée d’enquêter sur la tragédie de Lag BaOmer au Mont Meron, et a maintenu qu’il n’était pas responsable de la tragédie dans laquelle 45 personnes ont été tuées, l’attribuant à une défaillance technique.

Il a également rejeté les accusations de l’ancien chef de la division des opérations de la police, Amnon Alkalai, selon lesquelles il aurait ignoré les avertissements sur les dangers de la surpopulation du site.

Le commissaire de police Kobi Shabtai, à gauche, et le ministre de la Sécurité Intérieure Amir Ohana lors des célébrations de l’allumage du feu de joie pour Lag BaOmer, quelques heures avant la tragédie, le 30 avril 2021. (Crédit: Police israélienne)

En mai, la commission des finances de la Knesset a approuvé un transfert de compensation dans lequel chaque famille a reçu 500 000 shekels pour chaque membre de la famille décédé dans la tragédie, pour un montant total de 22,5 millions de shekels.

Les autorités avaient mis en place, cette année, de nouvelles mesures de sécurité visant à éviter qu’une tragédie similaire à celle de l’année dernière ne se répète.

Le changement le plus frappant a été la limitation du nombre de personnes autorisées à monter sur le Mont Meron. L’entrée sur le site avait été limitée à 120 000 personnes, avec seulement 16 000 personnes autorisées à graviter dans le complexe du tombeau à la fois – même si des questions ont été soulevées sur le respect de cette limite.

Contrairement aux célébrations en roue libre des années précédentes, où tout le monde pouvait simplement marcher jusqu’au Mont Meron, cette année, il fallait réserver à l’avance et les pèlerins ne pouvaient arriver que par des bus mis à disposition par le ministère des Transports.

Les dirigeants ultra-orthodoxes ont critiqué les limites imposées cette année, les jugeant trop restrictives, et certains fidèles ont forcé les barricades de la police pour pénétrer sur le site du tombeau, manquant de piétiner les personnes à l’intérieur.

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