« Une trahison méprisable » : l’AP fustige Abou Dhabi, rappelle son envoyé
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« Une trahison méprisable » : l’AP fustige Abou Dhabi, rappelle son envoyé

L'Egypte, le Bahreïn et un ministre saoudien saluent l'accord, tandis que la Jordanie adopte un ton plus froid

Le président de l'AP, Mahmoud Abbas, dirige une réunion de dirigeants à son siège, dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 19 mai 2020. (Alaa Badarneh/Pool via AP)
Le président de l'AP, Mahmoud Abbas, dirige une réunion de dirigeants à son siège, dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 19 mai 2020. (Alaa Badarneh/Pool via AP)

Jeudi, l’Autorité palestinienne (AP) a appelé les Emirats arabes unis à « immédiatement annuler » son accord visant à normaliser ses relations avec Israël. L’AP a qualifié l’accord de « décision méprisable ».

Le président de l’AP Mahmoud Abbas a convoqué une réunion d’urgence en réponse à l’accord et a rappelé son ambassadeur aux Emirats arabes unis pour protester contre l’accord.

« L’Autorité palestinienne rejette les actions du gouvernement émirati, et considère qu’il s’agit d’une trahison du peuple palestinien, de Jérusalem et d’al-Aqsa », a déclaré le porte-parole de l’AP Nabil Abu Rudeineh dans un communiqué lu sur Palestine TV.

Abou Dhabi a cherché à présenter son choix comme bénéficiant avant tout aux Palestiniens, puisqu’il repousse et annule peut-être les projets d’Israël d’annexer certaines zones de la Cisjordanie.

Nabil Abu Rudeineh, porte-parole du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (Crédit : Flash90)

« Les responsables [de l’AP] affirment que les Emirats arabes unis, ou toute autre partie, n’ont aucun droit de parler au nom du peuple palestinien, et n’autorisent personne à intervenir dans les affaires palestiniennes ou à parler en leur nom sur leurs droits légitimes dans leur foyer », a déclaré Abu Rudeineh.

Abu Rudeineh a déclaré que l’Autorité palestinienne avait demandé une réunion urgente de la Ligue arabe et de l’Organisation de coopération islamique (OCI) pour dénoncer l’accord.

Abbas et le chef de la branche politique du Hamas, Ismail Haniyeh, ont parlé au téléphone jeudi soir pour discuter de l’accord entre les Emirats arabes unis et Israël.

L’Autorité palestinienne a rappelé son ambassadeur aux Emirats arabes unis en signe de protestation contre l’accord, a déclaré le ministre des Affaires étrangères de l’AP Riyad al-Maliki dans un communiqué.

Israël et les Emirats arabes unis ont annoncé l’accord jeudi soir. Ils « ont accepté la normalisation complète des relations entre Israël et les Emirats arabes unis », notait le communiqué commun.

« En conséquence de cette percée diplomatique, et à la demande du Président Trump avec le soutien des Emirats arabes unis, Israël va suspendre sa déclaration de souveraineté sur des zones délimitées dans l’accord de ‘Vision pour la Paix’ du Président et va maintenant focaliser ses efforts sur l’élargissement des liens avec d’autres pays dans le monde arabe et musulman ».

Des officiels des Emirats arabes unis ont commenté l’accord pour « établir une feuille de route vers le lancement de la coopération commune », comme l’a dit le ministre emirati des Affaires étrangères Anwar Gargash. Ils ont souligné qu’il mettrait un terme à l’annexion israélienne et relancerait le processus de paix.

Des officiels de haut rang du Fatah et de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) ont rapidement publié des communiqués condamnant l’accord.

« Israël a été récompensé pour ne pas avoir déclaré ouvertement ce qu’il fait à la Palestine illégalement et constamment depuis le début de l’occupation », a déclaré Hanan Ashrawi, membre de la commission exécutive de l’OLP; qui a également qualifié l’accord de trahison.

Jibril Rajoub, le secrétaire général du Fatah, a déclaré que l’accord de normalisation n’était pas une surprise. Les liens entre Israël et les Etats du Golfe semblaient plus évidents depuis un certain temps, a suggéré Rajoub.

« Maintenant l’étang s’est asséché et tout le monde est à nu », a déclaré Rajoub avec dédain sur Palestine TV.

Les groupes terroristes palestiniens du Hamas et du Jihad islamique ont également dénoncé l’accord, qui a été supervisé par les Etats-Unis.

« L’accord Etats-Unis-Israël-Emirats arabes unis est dangereux et représente une ‘récompense gratuite’ pour l’occupation israélienne, pour ses crimes et violations sur les droits humains du peuple palestinien, a déclaré le porte-parole du Hamas Fawzi Barhoum. Il a ajouté que le groupe terroriste basé à Gaza voyait l’accord comme « un coup de poignard dans le dos de la cause palestinienne ».

Des membres palestiniens des brigades Izz ad-Din al-Qassam, le bras armé du mouvement du Hamas, lors d’une patrouille à Rafah, dans la bande de Gaza, le 27 avril 2020. (Abed Rahim Khatib/Flash90)

« Celui qui n’a jamais soutenu la Palestine avec une balle devrait avoir honte de lui-même alors qu’il se soumet aux créatures les plus viles », a déclaré le Jihad islamique palestinien dans un communiqué.

Un nouvel hashtag en langue arabe a commencé à devenir tendance sur les réseaux sociaux – la « normalisation est la trahison » – pour atteindre des centaines de milliers de partages.

Les unes des médias palestiniens spéculaient que les responsables palestiniens avaient été tenus complètement à l’écart de l’accord. Pour Abbas, l’implication potentielle dans l’accord de Mohammed Dahlane, leader de Tanzim, une faction armée du Fatah, est une autre source d’inquiétude. Abbas le perçoit comme un concurrent potentiel à la tête de l’Autorité palestinienne. Dahlane est soutenu par les Emirats arabes unis et est basé aux Emirats.

« Une confusion absolue règne ici », a déclaré le journaliste palestinien Nassar al-Laham au journal pro-Hezbollah Al-Mayadeen News depuis Ramallah.

Et pourtant, peu de commentateurs palestiniens semblaient surpris : après tout, on sait qu’Israël se coordonne depuis longtemps avec d’autres pays du Golfe. Un dessin palestinien montrait Israël et les Emirats arabes unis s’embrasser l’un l’autre sous la table. Le dessin notait que la seule différence entre aujourd’hui et hier est que maintenant, ils s’embrassent l’un l’autre au-dessus de la table.

Les alliés arabes d’Israël – ceux avec qui l’Etat juif a signé des traités et certains qui ont préféré rester dans l’ombre jusqu’à présent – ont globalement salué l’accord.

Le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi a appelé le leader emirati Mohammed Ben Zayed pour le féliciter de l' »étape historique… pour faire avancer le processus de paix », a déclaré un porte-parole du président égyptien. L’Egypte et Israël sont en paix depuis 1978 et les Accords de Camp David et entretiennent des relations sécuritaires étroites.

« J’ai suivi avec grand intérêt et appréciation l’accord tripartite entre les Etats-Unis d’Amérique, nos frères [les] Emirats arabes unis, et Israël concernant l’accord pour arrêter l’annexion par Israël des territoires palestiniens et de prendre des mesures afin d’apporter la paix au Moyen Orient », a déclaré Sissi dans un communiqué. J’apprécie l’effort de ceux qui sont impliqués dans cet accord afin de parvenir à la prospérité et la stabilité de notre région ».

La Jordanie a adopté une position plus froide, alors que le ministre des Affaires étrangères Ayman al-Safadi n’a fait aucune mention de l’accord sur les liens bilatéraux. Il s’est contenté de dire que « la décision de geler l’annexion des terres palestiniennes incluses dans l’accord entre les Emirats arabes unis et Israël doit être suivie par Israël, en arrêtant toutes les mesures illégales qui sapent les chances de paix et ses violations des droits palestiniens ».

« Israël doit immédiatement entrer dans des négociations directes, sérieuses et efficaces pour obtenir la paix basée sur une solution à deux états et en respect du droit international », a déclaré Safadi.

Le ministre jordanien des Affaires étrangères Ayman Safadi lors d’une conférence de presse avec le Secrétaire de la Ligue arabe Ahmed About Gheit dans la capitale jordanienne Amman le 6 janvier 2018. (AFP Photo/Khalil Mazraawi)

A travers le Golfe, où le réchauffement des liens avec Israël était jusqu’à maintenant un secret de polichinelle, la réponse était aussi positive.

Le gouvernement de Bahreïn s’est félicité de l’accord, qu’il a défini dans un communiqué comme « arrêtant l’annexion des terres palestiniennes et faisant avancer la région vers la paix ».

Alors que l’Arabie saoudite n’a pas encore officiellement commenté l’accord annoncé par le gouvernement, l’ancien ministre saoudien de l’Information et de la Culture, Adel al-Toraifi, a déclaré qu’il pensait que l’accord constituait « une décision historique ».

« Il est temps pour les Etats du Golfe de dépasser le récit destructeur du faux nationalisme arabe et des terroristes islamistes. Les Etats du Golfe devraient appeler les Palestiniens à abandonner le terrorisme du Hamas et à chercher un Etat moderne », a écrit sur Twitter al-Toraifi.

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