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Université de Boston : « Ne rejoignez pas les groupes libéraux pro-israéliens »

Les SPJ soutiennent que des organisations comme J Street « condamnent l'occupation tout en normalisant la colonisation » ; l'université qualifie la campagne de « nuisible »

Une vue sur le campus de Medford, Massachusetts de l'Université Tufts. (Crédit : Avec l'aimable autorisation de l'Université Tufts)
Une vue sur le campus de Medford, Massachusetts de l'Université Tufts. (Crédit : Avec l'aimable autorisation de l'Université Tufts)

BOSTON (JTA) – Les campagnes menées par des étudiants universitaires pour boycotter Israël ne sont pas rares, mais un nouveau mouvement étudiant à l’Université Tufts a pris des mesures sans précédent en mesure de boycott sur les campus.

Cette semaine, la branche Students for Justice in Palestine (SJP) de Tufts a appelé à un boycott stratégique contre Israël, demandant aux étudiants de signer un engagement de ne pas acheter de collations israéliennes vendues sur le campus (comme le houmous Sabra). Au delà d’une nouvelle et troublante tactique, le groupe demande également aux étudiants de refuser de rejoindre des groupes de campus ou des programmes « qui normalisent ou profitent » à Israël, notamment les groupes étudiants tels que les Amis d’Israël de Tufts, TAMID et J Street U, un branche universitaire du groupe politique libéral du Moyen-Orient qui plaide pour une solution à deux États.

La campagne exhorte également les étudiants à ne pas étudier en Israël ou à participer aux voyages Taglit ; de ne pas suivre un programme universitaire intitulé Visions of Peace qui met l’accent sur le dialogue entre Israéliens et Palestiniens ; et de ne pas s’inscrire à une programme d’été soutenue par l’Anti-Defamation League (ADL).

Le SJP a lancé « Justice par le BDS », sa plus récente initiative, lundi dernier, dans un éditorial d’une publication étudiante qu’il a partagé sur ses réseaux sociaux. Le groupe soutient BDS, le mouvement de boycott, de désinvestissement et de sanctions qui cible les entreprises qui travaillent avec Israël.

Dans sa déclaration, le SJP a accusé Israël de violer les droits humains des Palestiniens, notamment par la démolition des maisons et le déplacement des Palestiniens qui remonteraient à 1948, année où Israël a été reconnu comme État juif. Ils décrivent le sionisme comme une forme de « colonialisme de peuplement » et utilisent le terme « apartheid » pour décrire son occupation de la terre palestinienne.

La déclaration a fourni une justification pour l’opposition à J Street : « Bien que le Le SJP reconnaisse que de nombreux Juifs commencent leur voyage politique antisioniste par J Street U, et apprécie que le groupe Tufts de J Street U reconnaisse que l’antisémitisme et l’antisionisme ne sont pas synonymes, il est crucial pour les étudiants de refuser les demi-mesures qui condamnent l’occupation tout en normalisant la colonisation. »

La branche de SJP de Tufts s’est refusé à faire tout commentaire.

« Nous nous opposons fermement à cette nouvelle campagne Tufts », a déclaré Patrick Collins, directeur exécutif des relations avec les médias des écoles, dans un communiqué envoyé par courrier électronique à la Jewish Telegraphic Agency.

Collins a exprimé sa déception de savoir que le SJP a choisi de demander aux étudiants de boycotter d’autres groupes d’étudiants sur le campus.

Tufts rejette le mouvement BDS, « dont nous pensons que des éléments sont enracinés dans l’antisémitisme », selon Collins.

« En tant qu’établissement d’enseignement, nous devons encourager un débat honnête et ouvert sur des questions difficiles, y compris celles du Moyen-Orient. Le groupe SJP a un rôle important à jouer dans ces discussions. Cependant, leur dernière campagne est source de division et est nuisible. Cela n’aide pas à favoriser le dialogue – au contraire, cela cloisonne tout en ostracisant les autres étudiants », a écrit Collins.

La campagne pourrait indiquer un changement de stratégie plus important pour les partisans du boycott d’Israël, comme un sentiment similaire qui a récemment été exprimé par le chef de la branche de San Francisco du Conseil des relations américano-islamiques. En novembre, Zahra Billoo a prononcé un discours exhortant les militants pro-palestiniens à s’opposer aux « sionistes courtois », évoquant notamment l’ADL (Anti-Defamation League), les JFNA (Jewish Federations), Hillel et « les synagogues sionistes ». « Ce ne sont pas vos amis », a déclaré Billoo à l’époque.

Tufts, une université d’arts libéraux et une institution de recherche qui compte environ 5 800 étudiants de premier cycle, dont un grand nombre sont juifs, est située à moins de 10km du centre-ville de Boston. Au fil des ans, son administration a pris position contre les boycotts universitaires et a rejeté les efforts antérieurs du SPJ pour que l’école ne se sépare des entreprises israéliennes.

Le centre Hillel de Tufts a condamné l’appel du SJP au boycott contre Israël et contre tout évènement lié à Israël sur le campus. Dans une déclaration sur sa page Facebook, le rabbin Naftali Brawer, directeur exécutif du groupe, et Allison Cohen, présidente étudiante du centre Hillel de Tufts, ont déclaré que les groupes ciblés par le SJP représentent un large éventail de points de vue sur Israël.

Une vue du campus de l’Université Tufts (Crédit : capture d’écran vidéo)

« Contrairement à SJP , nous croyons fermement que le dialogue est la seule possibilité pour une compréhension plus profonde entre des personnes aux opinions divergentes et une paix durable entre Israéliens et Palestiniens », ont-ils écrit.

La dernière campagne de SPJ va bien au-delà des normes conventionnelles de boycott, selon Robert Trestan, directeur régional de l’ADL de Nouvelle Angleterre.

Dans une lettre au président de l’université Tufts Anthony Monaco – que JTA a pu consulter, Trestan a fait part de son inquiétude quant au fait demander aux étudiants de signer un engagement refusant de s’associer à différents groupes.

« Cette liste… crée effectivement un critère déterminant qui pourrait être utilisé pour empêcher les étudiants juifs de participer pleinement aux nombreuses facettes de la vie étudiante », a-t-il écrit.

Il a appelé Monaco à s’exprimer publiquement contre le boycott et à rassurer les étudiants juifs sur le fait qu’ils ne seront pas exclus de la pleine participation à la vie du campus.

Violet Kopp, étudiante en deuxième année et coprésidente de la branche du campus de J Street, a été informée pour la première fois du boycott de la part de SJP dans l’un de leur e-mail la semaine dernière. « Ma première réaction a été de la déception et un peu de frustration », a-t-elle déclaré à la JTA lors d’une conversation téléphonique.

« Une grande partie du travail que nous faisons repose sur des canaux de dialogue ouverts et sur le respect des désaccords », a-t-elle déclaré. « Le boycott méconnaît fondamentalement le travail que nous faisons. »

L’objectif des deux groupes est la justice pour tous, a-t-elle noté. « Le boycott semble très contradictoire. »

Dans une série de publications sur Twitter, le professeur de sociologie de Tufts, Eitan Hersh, a fait part de son inquiétude face à l’appel de SJP à se désengager des groupes d’étudiants tels que J Street.

« Je veux que nos étudiants de Tufts sachent que la position exprimée ici (que les groupes soutenant les solutions à deux États et les accords de paix doivent être marginalisés) est extrême et doit être rejetée comme telle », a-t-il écrit.

Kopp s’est félicité de la poursuite des conversations sur le conflit israélo-palestinien, y compris avec ceux qui boycottent J Street.

« Nous ne les boycottons pas », a-t-elle déclaré. « Nous voulons échanger avec tout le monde. »

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