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US : 6 inculpations pour une agression antisémite et tentative de dissimulation

Les accusés ont agressé un Juif à Pittsburgh en 2024, ils se sont mis d'accord sur leur version des faits et ils ont induit en erreur le grand jury et les enquêteurs

Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

Illustration : Des agents du FBI et d'autres services de police à l'œuvre, à New York. (Crédit : Louis Lanzano/AP)
Illustration : Des agents du FBI et d'autres services de police à l'œuvre, à New York. (Crédit : Louis Lanzano/AP)

Lundi, les autorités fédérales américaines ont annoncé avoir inculpé six hommes de Pennsylvanie pour avoir agressé un Juif. Les individus s’étaient ensuite entendus pour dissimuler leur implication et induire les enquêteurs en erreur.

Cette affaire est remarquable car l’enquête a permis de révéler, ce qui est rare, la manière dont les agresseurs antisémites présumés ont discuté de leur crime, dissimulé leur haine des Juifs et assimilé les Juifs à Israël.

Les accusations découlent d’une agression survenue dans la nuit du 24 septembre 2024, au cours de laquelle cinq des accusés ont tenu des propos antisémites, notamment « Fuck les Juifs » et « Fuck Israël », à l’encontre d’un passant juif qui marchait dans le quartier d’Oakland, à Pittsburgh, selon la plainte pénale.

L’homme était identifiable comme juif car il portait une étoile de David, a indiqué le ministère américain de la Justice.

La victime s’est arrêtée pour interpeller les accusés, qui ont alors proféré d’autres propos antisémites, tels que « Je déteste les Juifs et je déteste Israël ». Ils lui ont dit qu’il ne devrait pas porter d’étoile de David et ils lui ont montré certains de leurs propres colliers qui portaient des inscriptions en arabe.

L’altercation verbale s’est envenimée et deux des prévenus, Muhammed Koc, 27 ans, et Omar Alshmari, 28 ans, ont frappé et donné des coups de pied à la victime, lui fendant la lèvre et lui causant d’autres blessures légères.

Les autres accusés présents sur les lieux étaient Abraham Choudhry, 22 ans, Emirhan Arslan, 24 ans, et Ali Alkhaleel, 19 ans. Un sixième accusé, Adeel Piracha, 22 ans, a participé à la dissimulation des faits, mais il n’était pas présent lors de l’agression. Tous résident dans la région de Pittsburgh.

La victime a signalé l’agression aux autorités et le FBI a ouvert une enquête.

Des caméras de sécurité ont enregistré une partie de l’agression et l’université de Pittsburgh a lancé un avis de recherche pour retrouver les suspects.

Conscients que les forces de l’ordre étaient à leur recherche, les accusés ont comploté pendant plusieurs mois pour dissimuler les preuves de leur implication dans un groupe de discussion intitulé « No saving for the love of God » (Pas de pitié, pour l’amour de Dieu) sur le réseau social Snapchat.

Dans ce groupe de discussion, Koc et Alshmari ont révélé aux autres accusés dans cette affaire qu’ils étaient les suspects, décrivant la victime comme « le garçon blanc qui portait le collier israélien ».

Alshmari a reconnu l’agression dans d’autres SMS envoyés à des accusés non identifiés, traitant la victime de « putain de yahoodi » (terme arabe désignant les Juifs) et d’autres insultes.

« Une enquête du FBI pour une lèvre fendue », a-t-il notamment écrit dans l’un des messages.

Quelques mois plus tard, en janvier 2025, des agents du FBI ont interrogé Koc au sujet de l’agression. Ce dernier a d’abord nié sa présence sur les lieux, mais après qu’on lui a présenté des images le montrant sur place, il a reconnu sa présence. Il a faussement déclaré que la victime avait provoqué l’agression et qu’il ignorait que l’homme était juif, selon la plainte pénale.

Au cours des trois mois qui ont suivi, les accusés ont comploté pour harmoniser leurs témoignages concernant l’agression lors de discussions de groupe, d’appels vidéo et de SMS. Ils se sont également mis en garde mutuellement contre toute discussion de l’agression sur des plateformes de messagerie non cryptées, ont tenté de savoir de quelles informations disposaient les enquêteurs et ont menti au grand jury.

Piracha a déclaré : « J’ai été cité à comparaître devant le tribunal ; qu’est-ce que tout le monde a dit pour qu’on soit tous sur la même longueur d’onde ? »

Alshmari a quant à lui ajouté : « Il faut qu’on sache tout ce dont ils ont parlé. »

Piracha a demandé au groupe de présenter les faits comme une « bagarre ordinaire » et d’accuser la victime d’avoir été ivre et d’avoir provoqué l’altercation. Alshmari lui a répondu qu’il nierait tout. Piracha a alors rétorqué : « Mais ils ont clairement des preuves » et « C’est pire si vous mentez complètement. »

Après que tous les accusés ont reçu une citation à comparaître, Arslan a déclaré sur le groupe Snapchat : « On doit tous dire la même chose. »

Arslan a ensuite demandé au chatbot IA de Snapchat : « Quelle est la peine encourue pour avoir menti au tribunal ? », et il a reçu une réponse expliquant le parjure. Il a ensuite demandé au chatbot ce que signifiait « outrage au tribunal ».

Alshmari a également envoyé aux autres accusés des captures d’écran expliquant le parjure ainsi que des images des caméras de vidéosurveillance de la zone où l’agression s’est produite.

Il a ensuite déclaré au grand jury qu’il n’avait vu aucun coup de poing, qu’il n’avait pas frappé la victime et qu’il n’avait rien entendu concernant la religion de la victime, contredisant ainsi ses propres propos tenus lors des discussions.

« Le fait qu’il soit juif, je pense, c’est absolument… c’est la dernière chose… Je n’ai rien, absolument rien contre le peuple juif », a-t-il déclaré au grand jury. Il a également affirmé que le groupe n’avait pas coordonné ses versions pour le jury.

Les autres accusés ont également affirmé n’avoir rien entendu concernant le fait que la victime était juive. Ils ont nié que leurs conversations au sujet de l’enquête aient existé ou qu’il y ait eu des violences, disant, pour certains, ne se souvenir de rien.

Les chefs d’accusation retenus contre les accusés comprennent des crimes de haine, l’entrave à la justice et le complot en vue d’entraver la justice, passibles de peines pouvant aller jusqu’à dix ans de prison et d’une amende de 250 000 dollars.

Ces dernières années, d’autres enquêtes ont permis d’identifier des suspects dans des affaires de crimes de haine antisémites, qui se moquaient des Juifs dans des messages adressés à des connaissances.

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