US : Les démocrates accusent les républicains d’ignorer l’antisémitisme à droite
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Analyse

US : Les démocrates accusent les républicains d’ignorer l’antisémitisme à droite

Les leaders républicains sont accusés de se focaliser sur les politiques anti-BDS pour obtenir des bénéfices électoraux tout en ignorant la menace du nationalisme blanc

Ron Kampeas
Le leader de la majorité au sénat américain Mitch McConnell parle avec les journalistes au Capitole, à Washington, le 25 janvier 2019 (Crédit :WIN MCNAMEE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)
Le leader de la majorité au sénat américain Mitch McConnell parle avec les journalistes au Capitole, à Washington, le 25 janvier 2019 (Crédit :WIN MCNAMEE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

WASHINGTON (JTA) — Deux des républicains les plus puissants du pays, le leader de la majorité au Sénat Mitch McConnell et celui de la minorité à la Chambre, Kevin McCarthy, se sont visiblement attaqués au dossier de l’antisémitisme.

Dans une Opinion qui a été publiée mardi dernier dans le Washington Post, les deux hauts-responsables ont ainsi décrit « une vague croissante d’antisémitisme dans le monde » et ils ont noté les récentes fusillades meurtrières survenues à Pittsburgh et à Poway, en Californie, en disant que « la fréquence des incidents antisémites aux Etats-Unis frôle son niveau le plus élevé en quatre décennies ».

Ils ont recommandé l’adoption d’un projet de loi qui rendrait plus facile d’interdire pour les états tout commerce avec des entités qui soutiennent le mouvement BDS (boycott, divestment and sanctions).

Une prescription qui a pu paraître être un peu étrange dans la mesure où la plus importante menace physique rencontrée récemment par les Juifs américains est venue des suprématistes blancs. Mais les républicains considèrent la focalisation sur les activités anti-israéliennes comme étant de bonne guerre.

Les mesures anti-BDS ne sont pas seulement populaires au sein de la communauté pro-israélienne, elles sont également un moyen pratique de frapper les démocrates, inquiets des répercussions de ces actions sur la liberté d’expression.

Les démocrates, pour leur part, évoquent avec force ce qui s’apparente, selon eux, à une dissonance cognitive – la ferveur affichée par les républicains à lutter contre l’antisémitisme tout en évitant de désigner ses pourvoyeurs les plus dangereux, les nationalistes blancs.

Le représentant démocrate Jamie Raskin du Maryland, président juif du sous-comité aux Droits et aux libertés civiles au sein de la Commission de supervision de la chambre, a organisé mercredi dernier une réunion sur le sujet – en direction de l’administration Trump.

Au centre de cette réunion particulière, les raisons ayant motivé l’annulation par Trump de programmes mis en place par le Département de la sécurité intérieure pour contrer les suprématistes blancs, et ce, alors même que les attaques sont actuellement en recrudescence.

Jamie Raskin, membre du Congrès pour le Maryland. [Crédit : Wikimédias CC BY-SA 2.0)
« L’administration ne nomme pas correctement le problème et ne s’y attaque pas non plus de manière appropriée », a estimé Raskin.

« Cette dilution et cette désorientation du concept de terrorisme entraîne de nombreuses considérations en termes de ressources et de budgets ».

En lien avec la ligne adoptée par les leaders républicains d’incidents antisémites d’une ampleur inconnue depuis quatre décennies, un rapport émis par l’ADL (Anti-Defamation League) et qui attribue la majorité des violences aux suprématistes blancs.

Et pourtant, les mots « suprématistes blancs », « nationalistes blancs » ou « extrême-droite » ne figurent pas dans l’Opinion rédigée par le sénateur du Kentucky et le représentant de Californie.

C’est une ligne conforme à une partie de la communauté pro-israélienne qui désire continuer à se focaliser sur les activités anti-israéliennes qui, selon elle, ne peuvent pas être distinguées de l’antisémitisme. Israël considère BDS comme une menace et c’est également le cas d’une grande part de la communauté juive américaine organisée.

Les républicains s’efforcent de manière agressive de rattacher la souillure de l’antisémitisme aux démocrates et ils y ont été aidés, dans une certaine mesure, par une poignée de démocrates qui, à la gauche du parti, ont pu tenir des propos largement considérés comme insensibles aux réalités de l’histoire juive et qui, au pire, ont pu évoquer les calomnies propres à la haine anti-juive.

La dernière manifestation d’instrumentalisation des critiques d’Israël émises par des démocrates de la part des républicains a été la distorsion d’un sentiment maladroitement exprimé sur la Shoah par la représentante démocrate du Michigan Rashida Tlaib.

Dans leur Opinion, McConnell et McCarthy annoncent qu’ils vont tenter de forcer la chambre des représentants – où les démocrates sont majoritaires – à voter des mesures anti-BDS rejetées par un grand nombre de démocrates.

Très peu de démocrates soutiennent le BDS mais ils sont nombreux à redouter que de tels projets de loi ne viennent nuire à la liberté d’expression. Les républicains insistent sur le fait que ces craintes sont infondées.

« Chacun d’entre nous défend et est profondément attaché au Premier amendement et reconnaît que toute action d’Etat et locale doit créer un équilibre minutieux entre la liberté individuelle d’expression et de discours et le droit du public à ne pas être coopté dans le financement d’un boycott antisémite », ont écrit les responsables républicains.

Photo d’illustration : Le leader de la majorité de la Chambrer Kevin McCarthy (Républicain-Californie) à devant les journalistes au Capitole, le 2 janvier 2019 (Crédit : AP Photo/J. Scott Applewhite)

(Une prolifération de décisions prises par les tribunaux et la réécriture consécutive de certaines de ces lois suggèrent qu’au moins dans leur application initiale, les textes anti-BDS adoptés dans environ la moitié des états sont problématiques).

Cette tentative de contraindre à un vote est le dernier effort livré par les républicains pour plonger les démocrates dans l’embarras au sujet du BDS et cela semble fonctionner – le leader de la majorité à la chambre Steny Hoyer, démocrate du Maryland, a dit à The Hill qu’il espérait pouvoir faire avancer rapidement une législation anti-BDS.

Le président Donald Trump, qui a pris part au bashing de Tlaib, qualifie régulièrement les démocrates « d’anti-juifs » en raison de réels désaccords au sein de la formation sur la relation avec Israël.

Exploiter de telles divisions fait partie du jeu en politique, et l’attaque lancée par les républicains contre les démocrates sur BDS a du sens. Mais certains se demandent pourquoi les républicains – et Trump à leur tête – affichent tant de réticence à dénoncer le problème posé par les suprématistes blancs.

Après qu’un suprématiste blanc a tué 50 musulmans à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, au mois de mars, Trump avait déclaré qu’il ne considérait pas les nationalistes blancs comme une source d’inquiétude majeure.

« Je pense que c’est un petit groupe de gens qui a des problèmes très graves », avait-il commenté.

L’administration Trump a également déconcerté la communauté des activistes officiant dans la défense des droits civils récemment en refusant de signer « l’Appel de Christchurch » qui visait à contrer l’extrémisme en ligne suite aux attaques meurtrières contre les mosquées de Nouvelle-Zélande.

« Il est incroyablement décourageant de constater que le gouvernement américain semble si peu désireux de prendre seulement part à ces discussions et d’explorer les possibilités qui permettraient de contrer ce fléau », a indiqué le directeur national de l’ADL Jonathan Greenblatt.

Lors de l’audience organisée par Raskin, les explications sur la réticence affichée par l’administration Trump à se confronter au problème des nationalistes blancs n’a pas été abordé, le FBI et les responsables de la sécurité intérieure ayant demandé un report pour collecter leurs réponses. La prochaine réunion aura donc lieu le 4 juin.

Parmi les témoins présents mercredi, Susan Bro, la mère de Heather Heyer, morte écrasée par la voiture d’un suprématiste blanc lors d’un rassemblement néo-nazi à Charlottesville, en Virginie, en 2017 ; Michael German, ancien agent du FBI qui avait infiltré des groupes suprématistes blancs, et George Selim, vice-président des programmes de l’ADL.

Des manifestants nationalistes blancs utilisent des boucliers pour garder l’entrée du parc Lee à Charlottesville en Virginie, le 12 août 2017 (AP Photo/Steve Helber, File)

« Au lieu d’envisager les choses à grande échelle pour répondre à la menace, le gouvernement semble rester à une petite échelle », a déploré Selim.

En contraste avec les autres témoins présents, Robby Soave, rédacteur en chef adjoint du magazine libertaire Reason, a affirmé que l’augmentation apparente des attaques pouvait résulter d’une meilleure dénonciation de ces dernières.

La réunion de Raskin a montré la détermination des démocrates de conserver la balle de l’antisémitisme sur le terrain républicain.

Les représentantes Jan Schakowsky, représentante démocrate de l’Illinois, qui est Juive, et Ilhan Omar, démocrate du Minnesota et musulmane (cible des républicains pour ses propres reprises de tropes antisémites et pour le soutien qu’elle apporte au BDS) ont écrit ensemble une lettre ouverte appelant l’administration Trump à s’attaquer au suprémacisme blanc.

Les représentantes américaines au congrès Ilhan Omar, à droite, et Jan Schakowsky. (Crédit : site internet d’Ilhan Omar)

Et lors d’un événement organisé pour le Mois du patrimoine juif américain à proximité du capitale, cette semaine, le sénateur Sherrod Brown, démocrate de l’Ohio, a déclaré que s’attaquer à l’antisémitisme « signifie interpeler le président des Etats-Unis quand il s’engage dans son comportement raciste – et encore davantage quand les républicains ne se lèvent pas que ce soit pour Charlottesville, ou dans l’explosion d’une explosion, ou pour une fusillade dans un temple ».

Un indice sur le pourquoi de la résistance des républicains à désigner la menace semble avoir été livré dans le discours d’ouverture prononcé par le représentant du Texas Chip Roy, un républicain, lors de la sous-commission de Raskin.

Il a expliqué que le problème du nationalisme blanc était redoutable mais il a également souligné le ressentiment des républicains face aux tentatives persistantes des démocrates et des libéraux d’identifier la formation toute entière à cette maladie idéologique.

Une personne portant une casquette MAGA, a-t-il déclaré, « ne devrait pas être étiqueté comme raciste parce qu’il la porte ».

Une version de cet article a été d’abord publiée sur « The Tell », la lettre d’information hebdomadaire de Ron Kampeas sur le Jewish News de Washington. Vous pouvez vous y inscrire ici.

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