USA : la Chambre adopte la suspension de l’accueil de réfugiés syriens et irakiens
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USA : la Chambre adopte la suspension de l’accueil de réfugiés syriens et irakiens

La Maison Blanche a annoncé que le président mettrait son veto, ce qui requerrait de nouveaux votes à une majorité de deux tiers dans chaque chambre

Des réfugiés syriens accostent sur l'île de Lesbos, après avoir traversé la mer Egée, le 3 septembre 2015 (Crédit : ANGELOS TZORTZINIS/ AFP)
Des réfugiés syriens accostent sur l'île de Lesbos, après avoir traversé la mer Egée, le 3 septembre 2015 (Crédit : ANGELOS TZORTZINIS/ AFP)

La réponse du Congrès américain aux attentats de Paris se précise : la Chambre des représentants, à majorité républicaine, a adopté jeudi une mesure qui suspendrait l’accueil de réfugiés syriens et irakiens, malgré les appels au sang-froid et la menace de veto du président Obama.

Le texte a été adopté avec l’appui de la majorité républicaine et d’une quarantaine de démocrates, par 289 voix contre 137, mais ne devrait pas survivre en l’état au Sénat, selon le chef de la minorité démocrate, Harry Reid.

« La notion qu’on puisse abandonner d’un coup les gens qui ont fui leurs maisons en quête de sécurité est répréhensible, irresponsable et complètement contraire aux valeurs américaines », a déclaré le président de l’ONG Oxfam America, Ray Offenheiser.

« Faire peur avec les réfugiés, c’est exactement ce que cherchent à faire des organisations comme l’EI », a dit Iain Levine, chez Human Rights Watch.

Quoiqu’il arrive au Sénat dans les prochaines semaines, la Maison Blanche a annoncé que le président mettrait son veto, ce qui requerrait de nouveaux votes à une majorité de deux tiers dans chaque chambre.

La réaction très rapide au Congrès illustre la soudaine vague de rejet des réfugiés syriens qui a gagné tout le pays après les attentats, en pleine campagne des primaires présidentielles.

Le débat s’est aussi élargi au programme d’exemption de visas dont profitent la France et d’autres pays européens, ainsi qu’à la stratégie militaire contre l’organisation Etat islamique, mais ce sont les réfugiés qui ont dominé l’ordre du jour de cette première semaine.

Au moins une famille syrienne a dû être installée à la dernière minute dans le Connecticut après un refus du gouverneur de l’Indiana.

La proposition de loi républicaine veut obliger le directeur du FBI, le secrétaire à la Sécurité intérieure et le directeur du Renseignement national à certifier personnellement que chaque réfugié ne pose pas de menace sécuritaire, de nouveaux obstacles qualifiés de dilatoires et d’impraticables par la Maison Blanche. La pause pourrait durer des années, se sont alarmés des démocrates.

« Ce plan décrète une pause dans le programme. C’est un critère sécuritaire, pas un critère religieux », a déclaré le président républicain de la Chambre, Paul Ryan.

Les conservateurs font valoir que le secrétaire à la Sécurité intérieure, Jeh Johnson, a lui-même dit que le risque zéro n’existait pas.

« Quel niveau de risque est acceptable quand on parle de sécurité nationale et de sûreté publique ? » s’est interrogé le républicain Trey Gowdy lors d’une audition jeudi à la Chambre.

L’administration défend fermement sa procédure de sélection des réfugiés, qualifiée de plus rigoureuse que pour n’importe quel autre type de voyageur. Seulement un peu plus de 2 000 réfugiés syriens ont été acceptés à ce jour depuis le début de la guerre civile en 2011.

Leon Rodriguez, directeur des services d’immigration américains, a expliqué que chaque candidat était d’abord sélectionné par l’ONU dans ses camps en Turquie, Jordanie et Egypte. Plusieurs bases de données militaires, diplomatiques, criminelles et de renseignement sont ensuite consultées, avant des entretiens individuels.

La certification par les plus hauts responsables sécuritaires américains « paralyserait complètement le système sans le rendre plus efficace », a témoigné Mark Hetfield, directeur de l’ONG américaine d’aide aux réfugiés HIAS.

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