Victimes de génocide, Juifs et Rwandais se comprennent
Rechercher

Victimes de génocide, Juifs et Rwandais se comprennent

Benjamin Netanyahu s'est déclaré "sous le choc" après en avoir appris davantage sur le sort des plus de 1 million de Tutsis tués en 1994

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et sa femme Sara visitent le mémorial pour les victimes du génocide du Rwanda de 1994, à Kigali, au Rwanda, le 6 juillet 2016 (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et sa femme Sara visitent le mémorial pour les victimes du génocide du Rwanda de 1994, à Kigali, au Rwanda, le 6 juillet 2016 (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

KIGALI, Rwanda – Les expériences similaires des peuples juif et rwandais – qui ont tous deux expérimenté des génocides au 20e siècle – montrent que l’incitation à la violence doit être traitée avant qu’elle ne conduise à assassiner en masse, et que les pays doivent toujours être en mesure de se défendre eux-mêmes et par eux-mêmes, a déclaré mercredi le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Lors d’une conférence de presse conjointe avec le président rwandais Paul Kagame, juste après avoir visité le Mémorial du génocide de Kigali, Netanyahu a déclaré qu’il était « sous le choc » après en avoir appris davantage sur le sort des plus de 1 million de Tutsis tués en 1994.

« Mon peuple connait la douleur du génocide également », a-t-il rappelé. « Ceci est un lien unique qu’aucun de nos peuples n’aurait voulu avoir. Pourtant, nous avons tous deux persévéré, malgré la douleur, malgré l’horreur. Nous avons survécu, nous n’avons jamais perdu espoir. Vous n’avez jamais perdu espoir. »

« Aujourd’hui, Israël et le Rwanda sont des Etats qui ont réussi, et des modèles de progrès. Nos deux peuples ont appris des leçons du passé. Le génocide est précédé d’incitation aux meurtres de masse. Les mots comptent. Ils ont le pouvoir de tuer. »

Avant le génocide rwandais, les émissions de radio « ont déshumanisé les gens bien avant qu’ils ne soient abattus, » a-t-il dit. « Vous avez demandé que la diffusion soit interrompue, cela faisait partie de votre combat contre le génocide. Et vous n’y êtes pas parvenu ».

« Les nazis aussi ont commencé à déshumaniser les Juifs bien avant qu’ils ne commencent à assassiner des millions de personnes. Donc, aujourd’hui, quand nous voyons les dirigeants à Gaza appeler à l’assassinat de tous les Juifs du monde entier, nous avons tous le devoir de prendre la parole », a dit Netanyahu. « Quand nous entendons le guide suprême de l’Iran appeler à l’anéantissement d’Israël, nous avons le devoir de prendre la parole. Nous avons le devoir d’alerter le monde sur le danger de ces paroles haineuses ».

Une autre leçon à tirer de ces deux génocides, a continué Netanyahu, est que « dans les moments difficiles, nous devons être capables de nous défendre, par nous-mêmes ».

Pendant le génocide rwandais les Casques bleus stationnés dans la petite nation d’Afrique orientale ont échoué à maintenir la paix, a rappelé le Premier ministre. « Ils n’ont pas seulement échoué à maintenir la paix. Ils ont échoué à répondre aux appels d’urgence pour le sauvetage contre un génocide imminent. Ils se sont enfuis. Nous ne pouvons pas, aucun d’entre nous, externaliser notre sécurité ».

« Personne ne vous défendra si vous ne vous défendez pas », a-t-il affirmé. Les deux peuples ont été témoins de l’échec de la communauté internationale pour prévenir le génocide, a-t-il ajouté, apprenant « que nous devons avoir la capacité de nous défendre par nous-mêmes. Telle est la leçon la plus importante du génocide dont nous avons souffert, et dont vous avez souffert. Et ce que je fais, et ce à quoi je dédie ma vie, est de faire en sorte que nous ne soyons pas confrontés à une telle tragédie à l’avenir ».

La première mesure à prendre contre la négation du génocide est de dire la vérité, a déclaré le Premier ministre. « La deuxième est de comprendre que l’incitation et le lavage de cerveau et la haine précédent toujours les assassinats en masse, ce qui a été l’expérience de notre peuple, et l’expérience de votre peuple ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rencontré le président du Rwanda Paul Kagame, à Kigali, au Rwanda, le 6 juillet 2016 (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rencontré le président du Rwanda Paul Kagame, à Kigali, au Rwanda, le 6 juillet 2016 (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Lors de la conférence de presse, Netanyahu a également rejeté les critiques internationales quant à sa récente décision de construire des unités de logement supplémentaires à Jérusalem-Est et en Cisjordanie. Tant le Département d’Etat américain que l’Union européenne ont sévèrement critiqué ces projets.

« Construire à Jérusalem et à Maale Adumim n’est pas, avec tout le respect, une distanciation de la paix », a déclaré Netanyahu. « Ce qui empêche la paix est l’incitation permanente contre l’existence d’Israël dans des frontières, et il est temps que les nations du monde reconnaissent cette vérité. »

Jérusalem est prête à entamer des pourparlers de paix bilatéraux directs avec les Palestiniens « sans conditions préalables », a ajouté le Premier ministre. Cependant, c’est Ramallah qui refuse de négocier. « Ce sont ces choses qui empêchent la paix, et non pas quelques nouveaux appartements dans la municipalité de Maale Adumim ou à l’est de Jérusalem ».

Interrogé pour savoir si les dirigeants rwandais et israéliens ont discuté de la question des demandeurs d’asile africains en Israël, Netanyahu a répondu en contestant le fait que la plupart des migrants africains dans son pays ont réellement besoin de l’asile politique.

« Ils ne cherchent pas l’asile en Israël, ils cherchent des emplois en Israël », a-t-il affirmé. « Les demandeurs d’asile c’est autre chose. Ils ne cherchent pas l’asile. Ils ont 23, 25 ans, ils sont valides, ils viennent travailler en Israël. S’ils ont besoin d’asile ils obtiendront l’asile, mais s’ils veulent des emplois, alors nous avons un système organisé pour les recevoir ».

Kagame a déclaré que le problème n’est « pas un tabou » et que « de nombreuses discussions ont lieu sur cette question entre Israël et le Rwanda ».

Avant la conférence de presse, les ambassadeurs des deux pays ont signé plusieurs déclarations d’intention commune sur l’agriculture et d’autres questions relatives à la coopération bilatérale.

Au cours des dernières années, le Rwanda a été un allié fidèle d’Israël, notamment en s’abstenant en 2014 lors d’un vote sur une résolution portant sur un Etat palestinien au Conseil de sécurité des Nations unies.

Le président rwandais Paul Kagame allume la Flamme du Souvenir au Mémorial du Génocide de Gisozi à Kigali le 7 avril 2015,  la première journée de deuil marquant les 21 ans du génocide de 1994 qui a coûté la vie à 800 000 personnes en plus de 100 jours.  (Crédit : AFP/Stéphanie Aglietti)
Le président rwandais Paul Kagame allume la Flamme du Souvenir au Mémorial du Génocide de Gisozi à Kigali le 7 avril 2015, la première journée de deuil marquant les 21 ans du génocide de 1994 qui a coûté la vie à 800 000 personnes en plus de 100 jours. (Crédit : AFP/Stéphanie Aglietti)

Plus tôt dans la journée, Netanyahu a été accueilli par Kagame et une garde d’honneur de 100 hommes à l’aéroport, d’où il s’est dirigé directement vers le Memorial du génocide de Kigali. Plus tôt cette semaine, les Rwandais ont marqué la Journée de libération, en mémoire de la fin du génocide. Environ 250 000 Tutsis sont enterrés sur le site du musée.

Netanyahu et son épouse Sara ont visité l’aile consacrée au génocide rwandais, l’aile consacrée au génocide dans d’autres pays – y compris plusieurs grands panneaux sur l’Holocauste – et la chambre des enfants, qui met en évidence des dizaines de jeunes victimes du génocide.

« Nous sommes profondément émus par le mémorial aux victimes de l’un des plus grands crimes de l’histoire – et cela nous rappelle les similitudes obsédantes du génocide de notre propre peuple. Plus jamais », ont écrit le Premier ministre et sa femme dans le livre d’or du centre de la mémoire.

Après la visite du musée, Netanyahu a déposé une gerbe de fleurs au pied d’un mur du musée. Sur le mur, il a été écrit en kinyarwanda, « Pour se souvenir et être soutenu ».

Le Rwanda est le troisième arrêt de la tournée de Netanyahu à travers l’Afrique de l’Est, qui en comprend quatre. Jeudi, il se rendra à Addis-Abeba pour des entretiens avec le président et le Premier ministre éthiopiens. Il est également prévu qu’il donne un discours au Parlement éthiopien.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...