Vingt ans après, un duo d’élèves en études talmudiques produit un premier album
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THE PAPAS ET THE PAPAS

Vingt ans après, un duo d’élèves en études talmudiques produit un premier album

Des décennies après leur rencontre dans une yeshiva de Jérusalem, Shimshon Meir Frankel et Amihai Zippor des Bar Papas publient 10 chansons inspirées des rabbins et prophètes

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Amihai Zippor, à gauche, et Shimshon Meir Frankel, du groupe Bar Papas, sort son premier album en 2020 après 20 ans ensemble. (Autorisation : Bar Papas)
Amihai Zippor, à gauche, et Shimshon Meir Frankel, du groupe Bar Papas, sort son premier album en 2020 après 20 ans ensemble. (Autorisation : Bar Papas)

Parfois, il faut des années pour terminer un projet. Dans ce cas, 20 ans.

Cela fait deux décennies que les guitaristes autodidactes Shimshon Meir Frankel et Amihai Zippor se sont rencontrés, alors qu’ils étudiaient dans une yeshiva de Jérusalem ; ils ont fondé le groupe des Bar Papas.

En anglais, le nom correspond parfaitement à leur style de jam-band de rock folk, mais en réalité cela signifie en araméen « fils de Papa », le nom donné à plusieurs sages talmudiques, disciples du Rav Papa, rabbin babylonien du 4e siècle.

Les deux sont devenus papas plusieurs fois au cours des deux décennies qu’il leur a fallu pour enfin publier leur premier album éponyme, dont la musique est écrite par Frankel et Zippor et les paroles par des prophètes et des rabbins.

Frankel et Zippor ont commencé à travailler sur l’album en 2000, enregistrant des chansons sur un magnétophone dans la cage d’escaliers de la yeshiva, le seul espace du bâtiment avec une acoustique décente.

Au début, a déclaré Frankel, « ce n’était que pour nous. Il ne s’agissait pas de jouer devant des gens, c’était une collaboration entre non-musiciens. »

https://youtu.be/x3jPyAVoeak

La musique a toujours été une « expression parallèle » pour Frankel, un psychothérapeute clinicien vivant à Zichron Yaakov, marié et père de six enfants.

Il aime raconter qu’il a une relation passionnée mais ambigüe avec sa guitare Gibson, achetée il y a des années dans un magasin de musique de Kalamazoo, dans le Michigan, et a passé de nombreuses années à apprendre à la jouer.

« Je jouais encore et encore et encore jusqu’à ce que cela devienne une partie de moi et que ça ne passe plus par le cerveau », a-t-il déclaré. « Si vous commencez à intellectualiser ce que vous jouez, vous le perdez. »

Zippor a une histoire de besogne mélodique similaire : il étudiait à l’Université du Massachusetts à Amherst et s’essayait à Dire Straits dans son dortoir, lorsque l’un des basketteurs qui passaient par là lui a montré où placer ses doigts.

« Ce fut mon unique leçon », dit-il. « Mon expérience de la guitare est une leçon de vie. J’essayais de passer de l’accord G à C, et c’était très frustrant, j’ai posé ma guitare en me disant ‘c’est tout’. Et trois jours plus tard, je la reprenais et je savais le faire. C’est une leçon de vie monumentale. »

Les deux Américains se sont rencontrés en 1998 alors qu’ils étudiaient à la Yeshivat Darchei Noam (plus connue sous le nom de Shapell’s). Zippor aimait monter sur le toit pour jouer de la guitare et chanter pour lui-même.

Frankel, par contre, avait tendance à s’entraîner dans sa chambre. « C’était ma prière personnelle », dit-il.

Amihai Zippor, à gauche, et Shimshon Meir Frankel, du groupe Bar Papas, alors qu’ils étaient étudiants en yeshiva à Jérusalem. (Autorisation : Bar Papas)

Un ami commun les a présentés, et ils ont commencé à jouer de la guitare et étudier le Talmud ensemble, passant de longues heures en hevruta (binôme de chercheurs talmudiques). Ils s’asseyaient et étudiaient jusqu’à ce qu’au bout de leur capacité de concentration, puis ils se mettaient à leur musique hevruta, raconte Zippor.

Ils ont composé leurs 10 premières chansons, avec des paroles en hébreu et en anglais, et ont commencé à les interpréter dans leur style particulier de rock folk dans les bars locaux de Jérusalem, se créant un public dévoué de locaux et invitant des musiciens locaux plus connus à rejoindre leur groupe.

Shimshon Meir Frankel, à gauche, et Amihai Zippor, des Bar Papas, quand leur groupe faisait ses premiers pas. (Autorisation : Bar Papas)

« En cours de route, nous avons fini par croire en nous, grâce à l’intérêt déclenché par notre musique », a déclaré Zippor, qui vit maintenant à Jérusalem avec sa famille et travaille pour WebYeshiva. « Plus nous pratiquions ensemble, puis avec un batteur et un bassiste, plus nous avions cette synergie qui attirait les gens. Je repartais en me demandant : ‘Comment est-ce arrivé ?’ Mais cela n’arrive que par l’investissement de temps et d’émotions, et par notre disponibilité pour cette unité. »

Il est devenu plus compliqué de répéter ensemble lorsque Frankel a déménagé à Zichron Yaakov, près de Haïfa, dans le nord d’Israël, mais ils avaient investi tellement d’années et d’efforts qu’ils ne pouvaient pas laisser tomber.

La musique est également une forme de thérapie pour les deux hommes.

« Il ne s’agissait pas seulement de jouer de la musique ; lorsque nous avons traversé des moments difficiles dans la vie, nous nous sommes soutenus et entraidés mutuellement », a déclaré Frankel.

« C’est un cri du cœur », a déclaré Zippor. « Je n’appellerais même pas ça écrire de la musique. »

Frankel a déclaré qu’il aime rappeler à ses propres enfants, âgés de 4 à 18 ans, que la vie ne se résume pas au talent, mais au travail acharné.

« Nous avons passé du temps sur nos guitares et avons récolté les fruits de notre travail », a-t-il déclaré.

Ils se sont acharnés pour finalement terminer l’album en 2014. À ce moment-là, raconte Zippor, qui a continué à écrire d’autres chansons et niggunim – mélodies juives sans paroles –, ils voulaient publier leur album pour les 20 ans du groupe.

« Nous avons simplement pensé que ça faisait si longtemps, autant prendre notre temps », a-t-il expliqué. « Ce n’est pas aussi bien de dire que cela nous a pris 19 ans. Et de toute façon, il nous restait encore beaucoup à faire. Et ce n’est pas fini ! »

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