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Vinnytsia, toujours sous le choc une semaine après une frappe russe meurtrière

L'attaque aux missiles multi-rôles Kalibr a fait 25 morts, dont trois enfants, dans une ville qui commence seulement à réaliser l'ampleur des dégâts

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

  • L'archiprêtre Valerii Shvets se tient à l'extérieur de son église quelques instants après un tir de missile meurtrier à Vinnytsia, le 14 juillet 2022. (Crédit : Capture d’écran/Instagram) 
    L'archiprêtre Valerii Shvets se tient à l'extérieur de son église quelques instants après un tir de missile meurtrier à Vinnytsia, le 14 juillet 2022. (Crédit : Capture d’écran/Instagram) 
  • Les restes d'un centre de l'armée de l'air ukrainienne à Vinnytsia où un tir a fait 25 morts, le 20 juillet 2022 (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel) 
    Les restes d'un centre de l'armée de l'air ukrainienne à Vinnytsia où un tir a fait 25 morts, le 20 juillet 2022 (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel) 
  • Un cratère causé par un missile russe a endommagé la rue à côté à proximité d'un centre commercial à Vinnytsia où un tir a fait 25 morts, le 20 juillet 2022. (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel) 
    Un cratère causé par un missile russe a endommagé la rue à côté à proximité d'un centre commercial à Vinnytsia où un tir a fait 25 morts, le 20 juillet 2022. (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel) 
  • Un soldat et un civil ukrainiens regardant le centre commercial de Vinnytsia où un tir de missile russe a 25 morts, le 20 juillet 2022 (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel) 
    Un soldat et un civil ukrainiens regardant le centre commercial de Vinnytsia où un tir de missile russe a 25 morts, le 20 juillet 2022 (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel) 
  • Un mémorial improvisé composé d'ours en peluche et de fleurs  à proximité d'un centre commercial de Vinnytsia où un tir a fait 25 morts, le 20 juillet 2022 (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)
    Un mémorial improvisé composé d'ours en peluche et de fleurs à proximité d'un centre commercial de Vinnytsia où un tir a fait 25 morts, le 20 juillet 2022 (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)

VINNYTSIA, Ukraine – Un ours en peluche rose sourit au soleil d’été, un ruban jaune noué autour de son cou.

À côté de lui se trouve un ours brun, et au-delà, des dizaines d’autres animaux en peluche, un tas de sourires sans vie sur un trottoir recouvert de cendres. Les éclats de verre éparpillés sur la chaussée brillent comme des étoiles déchiquetées dans un ciel noir.

« C’est le corps d’un enfant qui est meurtri/ Ce sont les larmes d’une mère, qui tout en étant encore en vie/ Est témoin de la ville après le combat », peut-on lire dans un poème laissé sur le tas de jouets, un mémorial de fortune pour les enfants tués dans la frappe russe.

Quelques jours auparavant, le jeudi 14 juillet, un sous-marin russe en mer Noire a lancé cinq missiles multi-rôles Kalibr sur Vinnytsia, une ville de 370 000 habitants dans le centre de l’Ukraine, au sud-ouest de Kiev.

Deux des missiles de précision ont été interceptés, ont rapporté des responsables ukrainiens.

Mais trois d’entre eux ont réussi à passer.

Des militaires ukrainiens déposent des fleurs sur le site d’un bombardement russe, à Vinnytsia, en Ukraine, le 15 juillet 2022. (Crédit : Efrem Lukatsky/AP)

À 10h42, alors que des responsables gouvernementaux de près de 40 pays se réunissaient à La Haye pour discuter des efforts à déployer pour enquêter sur les crimes de guerre russes afin de les poursuivre en justice, l’un des missiles russes a percuté une rue de Vinnytsia à proximité d’un centre commercial haut de neuf étages. Un autre missile a touché un bâtiment appartenant à l’armée de l’air ukrainienne, qui, selon les Russes, était la cible de la frappe. Ils ont affirmé que des officiers de l’armée de l’air rencontraient des fournisseurs d’armes étrangers à ce moment-là.

L’Ukraine affirme que le bâtiment était un centre culturel pour les officiers retraités, et le président Volodymyr Zelensky a qualifié l’attaque « d’acte ouvertement terroriste » contre des civils dans des lieux sans intérêt militaire.

« J’étais à la maison après le travail », a raconté Vitaly, un soldat responsable de la garde du centre commercial. « Il y a eu une explosion, qui a brisé des fenêtres. »

Les images de l’explosion filmées par les caméras de sécurité montrent des piétons et des cyclistes projetés au sol tandis que des morceaux de bâtiments s’abattent sur eux. Alors que des chiens paniqués courent autour de leurs maîtres, une ombre noire s’étend sinistrement sur les passants en fuite.

Au moins 25 personnes, dont trois enfants, ont été tuées dans cette attaque, à des centaines de kilomètres de la capitale ou des lignes de front.

Liza, une fillette ukrainienne de 4 ans atteinte du syndrome de Down qui a été tuée par un tir de missile russe à Vinnytsia le 14 juillet 2022, sur une photo non datée. (Autorisation)

Liza, une fillette de 4 ans atteinte du syndrome de Down, était en route pour consulter un orthophoniste avec sa mère, Iryna. Après le tir de missile russe, les services d’urgence ukrainiens ont partagé des photos montrant son corps sans vie sur le sol, à côté de sa poussette tachée de sang.

Iryna est toujours à l’hôpital.

La semaine dernière, la pop star ukrainienne Roxolana effectuait une tournée de charité en Ukraine et devait se produire à Vinnytsia le soir même. Deux de ses ingénieurs du son, Eugene Kovalenko et Andrii Moroz, profitaient d’une matinée de repos dans le centre-ville avant le concert du soir.

Kovalenko, 25 ans, a été tué dans l’attaque. Moroz est toujours hospitalisé ; il lutte pour sa survie.

Six jours plus tard, le site a tout d’un champ de bataille. Le bâtiment de l’armée de l’air et le centre commercial sont tous deux des vestiges calcinés ; de petits groupes de soldats gardent les abords. L’un des soldats fait voler un drone rouge au-dessus du site, tandis que des ouvriers de construction mettent en place une clôture en tôle ondulée.

Une vieille femme et deux adolescents s’approchent du mémorial improvisé pour les enfants, accompagnés de deux soldats. Ils observent les animaux en peluche, et la femme, étouffant ses larmes, jette une fleur sur le tas.

Lorsqu’on lui a demandé si elle souhaitait partager son histoire, elle a furieusement agité la main et s’est éloignée en courant.

La mort après un enterrement

L’étendue des dégâts subis par le centre de l’armée de l’air n’est pas tout à fait visible sur sa façade, mais de l’arrière, il a tout d’un squelette. Le deuxième étage de l’une des ailes du bâtiment a été rasé, et l’intérieur du bâtiment est recouvert de débris de fenêtres brisées et de toits effondrés. Les arbres autrefois feuillus derrière le bâtiment sont maintenant des souches déchiquetées.

À côté, des échafaudages recouvrent l’église orthodoxe ukrainienne Saint-Georges-le-Victorieux.

Ce jeudi-là, l’archiprêtre Valerii Shvets avait dirigé un service funèbre dans l’église pour un paroissien récemment décédé. Après la prière finale, le corbillard et les endeuillés ont quitté l’église ; Shvets est, quant à lui, resté sur place.

« Il y a eu une explosion massive et une énorme déflagration », a raconté Shvets au Times of Israel. « Je pensais que c’était une explosion électrique, je ne pouvais pas croire qu’une roquette nous avait touchés. J’ai vu un flash vraiment brillant, puis le plafond a commencé à s’effondrer. Toutes les fenêtres et toutes les portes ont été mises en pièces. »

Une vidéo postée par le fils de Shvets, blessé à la main, montre les conséquences immédiates de la frappe. Deux femmes se tiennent au milieu des débris enflammés dans la cour, observant la colonne de fumée noire qui grossit. Le prêtre sort en courant du bâtiment.

L’église, qui était en construction, a échappé à de sérieux dégâts. Aucune des icônes de l’église n’a été touchée.

Cependant, deux flèches ont été touchées et seules trois fenêtres sur 39 sont encore intactes. La petite école de l’église devra être entièrement reconstruite.

Si personne n’est mort dans l’enceinte de l’église elle-même, deux des personnes endeuillées se trouvaient dans leur voiture à vingt mètres de l’allée de l’église lorsque les missiles se sont abattus.

« Ils sont venus rendre un dernier hommage à leur ami, et maintenant ils sont morts », a déploré Shvets.

L’archiprêtre Valerii Shvets court dehors quelques instants après un tir de missile près de son église à Vinnytsia, le 14 juillet 2022. (Crédit : Capture d’écran/Instagram)

« Je suis sous le choc, poursuit-il, et je ne sais ni quoi faire ni par où commencer pour le moment. »

Les fidèles de l’église viennent tous les jours pour transporter les épaves, nettoyer, et aider de toutes les manières possibles.

« Nous avons travaillé si dur pour créer cette communauté », a déclaré Shvets. « Cette communauté autour de l’église est notre plus grande force en ce moment, la communauté de personnes qui me soutiennent. »

À proximité, les habitants continuent de déambuler lentement sur le site, laissant toujours plus de jouets et de fleurs sur le mémorial.

« Vinnytsia pleure, en rêvant de paix », peut-on lire dans le poème. « Vinnytsia pleure, implorant de l’aide. »

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