Virus : Les restaurants ferment à nouveau – pour le moment
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Virus : Les restaurants ferment à nouveau – pour le moment

Les discussions sur un compromis du ministère de la Santé ont échoué ; les restaurants ont ainsi dû fermer à partir de 5 heures ce matin

Des Israéliens assis dans des bars et des restaurants de Jérusalem, le 27 mai 2020 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Des Israéliens assis dans des bars et des restaurants de Jérusalem, le 27 mai 2020 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

La fermeture des restaurants dans tout le pays est effective depuis cinq heures du matin ce mardi, avec l’entrée en vigueur d’une ordonnance gouvernementale décidée dans le cadre de la lutte contre le coronavirus, mettant un terme à tout espoir de petit-déjeuner en salle – il n’est néanmoins pas exclu qu’il soit à nouveau possible de s’attabler dans un établissement plus tard dans la journée.

Après plusieurs jours de tentatives chaotiques visant à limiter les activités des restaurants à la vente à emporter et à la livraison, la situation restait encore floue, mardi matin, avec une députée menaçant de renverser la décision prise par le cabinet. Un avertissement a également été lancé par les professionnels du secteur, qui se disent prêts à aller à l’encontre de la mesure.

Ces fermetures initiales avaient été annoncées vendredi matin et devaient être appliquées le même jour, à 17 heures. Mais de nombreux restaurants avaient juré de rester ouverts, dénonçant avec colère le court délai qu’il leur avait été donné après avoir déjà investi largement pour garantir les stocks du week-end qui s’annonçait. Ces pressions avaient amené le Premier ministre Benjamin Netanyahu à faire volte-face à la dernière minute et à repousser ces fermetures à mardi matin.

Ce recul de dernière minute avait aussi entraîné la frustration de nombreux propriétaires de restaurants, qui avaient expliqué avoir mis en congé leurs personnels et détruit leurs stocks afin de se préparer à baisser le rideau.

Mais des professionnels du secteur, qui ont annoncé être sur le point de se retrouver complètement ruinés, et qui n’ont cessé de critiquer les décisions gouvernementales selon eux « sans cohérence », ont continué à menacer le gouvernement, en affirmant qu’ils maintiendront leurs établissements ouverts.

Dans une tentative visant à trouver un compromis, le ministre de la Santé, Yuli Edelstein, avait présenté un plan permettant aux restaurants de servir jusqu’à 30 personnes en plein air. Mais aucun accord n’a été trouvé au cours des négociations qui se sont achevées lundi soir à minuit avec la législatrice Yifat Shasha-Biton, présidente de la commission du coronavirus de la Knesset, qui doit approuver ces mesures.

La députée Yifat Shasha-Biton lors d’une réunion de la commission du coronavirus de la Knesset, le 19 juillet 2020. (Capture d’écran : Knesset livestream)

Shasha-Biton, qui appartient au parti du Likud au pouvoir, a déjà fait figure d’épine dans le pied du gouvernement, après qu’elle a renversé une ordonnance émise par ce dernier qui avait imposé la fermeture des piscines extérieures et des clubs de gym dimanche dernier.

Sa commission s’est aussi prononcée, lundi, en faveur de l’ouverture des piscines et des plages pendant le week-end, prenant le contrepied d’une décision rendue publique la semaine dernière visant à mettre un terme à la recrudescence récente de la pandémie.

Shasha-Biton a demandé que les restaurants puissent accueillir du public à une capacité de 35 % – au même pourcentage que celui qui est autorisé dans les hôtels.

Face à l’intransigeance des différentes parties, la décision initiale a donc été mise en vigueur et les restaurants ont dû fermer leurs portes dès cinq heures du matin ce mardi. Toutefois, Shasha-Biton a promis qu’elle ordonnerait leur réouverture lors de la réunion de sa commission qui doit commencer à 10 heures, mardi matin. Elle a estimé que l’ordonnance gouvernementale était déraisonnable.

« Je ne comprends pas comment les décisions sont prises. Je crains que nous ne soyons en train de perdre le public qui ne comprend pas la logique de ce que nous faisons », a-t-elle dit au site Ynet.

Des données transmises par le ministère de la Santé, dimanche, à la commission du coronavirus ont fait état de 1 474 cas de contamination – avec seulement dix qui auraient eu lieu dans des restaurants. Ces chiffres, toutefois, ne représentent qu’une fraction des cas de contamination récents et la plus grande part des sources d’infection reste indéterminée.

Yair Lapid, le chef de l’opposition, a critiqué le gouvernement face à cette mesure.

« Je ne laisserai pas ces gens s’occuper de la gestion d’un magasin de falafel, et encore moins d’un gouvernement », a-t-il écrit sur Twitter mardi matin. « Un tel manque de respect pour les propriétaires et pour les employés des restaurants, pour les revenus des personnes. Quel manque de compréhension, quel chaos », a-t-il ajouté.

Pour leur part, certains propriétaires de restaurants, notamment d’éminents chefs et gérants d’enseignes bien connus de Tel Aviv et Jérusalem, ont menacé de garder leurs établissements ouverts mardi et au-delà.

« Jusqu’à ce que les raisons de la fermeture nous soient communiquées, jusqu’à ce qu’on nous fournisse des données et qu’on nous offre des perspectives d’indemnisation, je ne fermerai pas », a déclaré Asak Doktor, chef et propriétaire de trois restaurants à Tel Aviv, devant les caméras de la Douzième chaîne, dimanche.

Des propriétaires de restaurants et de bars prévoient l’organisation d’un repas de « protestation » pour les personnes défavorisées aux abords de la résidence du Premier ministre de Jérusalem, mardi.

« Nous allons à Jérusalem parce que nous avons compris que le gouvernement ne se préoccupe nullement de nous », a dit Doktor. « On nous fait fermer sur un coup de tête, sans données venant soutenir cette nécessité, sans aucune logique. Nous sommes seuls. »

« Alors on va aller à Jérusalem donner de la nourriture aux personnes défavorisées parce que nous appartiendrons bientôt, nous aussi, à cette catégorie. Et la solidarité nous sauvera de l’effondrement », a-t-il continué.

Des chaises à l’extérieur d’un fast-food de la rue Jaffa, à Jérusalem, le 17 juillet 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Certains professionnels du secteur réclament que le gouvernement les indemnise de manière anticipée, en échange de la fermeture de leurs enseignes. Ils auraient soumis des propositions variées, comme la réduction des taxes foncières et autres impôts, des versements effectués aux employés envoyés en quarantaine et autres.

« La décision de fermer les restaurants est ridicule et illogique. Il n’existe aucune étude scientifique montrant des taux d’infection élevés dans les restaurants, c’est plutôt le contraire », a confié un autre dirigeant d’établissement – qui a préféré conserver l’anonymat – au site d’information Ynet.

Tomer Mor, à la tête du groupe organisant ce mouvement croissant de protestation, a pour sa part déclaré que « les restaurateurs de tout le pays sont impuissants et ils voient leurs entreprises fermer alors qu’ils doivent répondre aux besoins de leurs familles. Cela entraîne une grande frustration qui amène au passage à l’action pour sauvegarder nos revenus ».

Au début du mois, le ministère de la Santé avait diffusé un document classant les activités du quotidien en termes de risque d’exposition au coronavirus. Il avait placé la restauration et la fréquentation des bars en salles dans la catégorie des risques élevés.

Des Israéliens fument des narguilés dans un bar du marché Mahane Yehuda de Jérusalem, le 7 juillet 2020.(Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Vendredi matin, Hagai Levine, chef de l’Association israélienne des médecins du système de santé public, avait critiqué le gouvernement qui, selon lui, ordonnait des restrictions « dénuées de toute base épidémiologique », condamnant l’ordonnance de fermeture des plages, notant que le virus se propagerait probablement bien plus dans les espaces fermés que dans les espaces ouverts.

« La sécurité nationale, c’est aussi la santé mentale et économique », a confié Levine, épidémiologiste au sein de l’école de santé publique Hadassah, devant la chaîne publique Kan. « Un confinement à domicile peut entraîner l’effet contraire et augmenter le nombre d’infections. »

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