Volkswagen lancera une expertise sur son rôle dans la dictature nazie et celle au Brésil
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Volkswagen lancera une expertise sur son rôle dans la dictature nazie et celle au Brésil

La première pierre de l'usine de Wolfsburg, siège de Volkswagen, fut posée en 1938 par Adolf Hitler

La première pierre de l'usine de Wolfsburg, siège de Volkswagen, fut posée en 1938 par Adolf Hitler (Crédit : domaine public)
La première pierre de l'usine de Wolfsburg, siège de Volkswagen, fut posée en 1938 par Adolf Hitler (Crédit : domaine public)

Le groupe automobile allemand Volkswagen a annoncé jeudi confier à un historien indépendant une expertise pour examiner son rôle dans la dictature brésilienne, avec laquelle le constructeur est accusé d’avoir collaboré.

« Nous voulons faire la lumière sur la période sombre de la dictature militaire ainsi que sur le comportement des responsables de l’époque au Brésil et le cas échéant aussi en Allemagne », a déclaré dans un communiqué la directrice juridique du groupe, Christine Hohmann-Dennhardt.

La direction a pour cela choisi l’historien indépendant Christopher Kopper, professeur à l’Université de Bielefeld (nord).

« Nous allons établir le rôle de l’entreprise durant la dictature militaire au Brésil avec la persévérance et la cohérence requises, de la même façon que nous l’avons fait de manière précoce et exhaustive pour des sujets comme le passé nazi et le recours au travail forcé », a affirmé Mme Hohmann-Dennhardt.

D’anciens travailleurs et militants ont déposé en septembre 2015 une plainte au Brésil dans laquelle ils reprochent à Volkswagen d’avoir permis des persécutions et la torture de travailleurs opposants au régime militaire (1964-85).

D’après l’accusation, 12 travailleurs ont été arrêtés et torturés à l’époque dans l’usine Volkswagen de Sao Bernardo do Campo, une ville de la banlieue de Sao Paulo (est). L’entreprise est également accusée d’avoir élaboré des « listes noires » d’opposants à la dictature.

Dans le même communiqué, le groupe allemand a souligné chercher activement un nouveau directeur pour sa division de communication historique, alors que le récent départ de son chef historien a fait couler beaucoup d’encre en Allemagne.

Manfred Grieger, historien spécialiste du travail forcé pendant la période nazie embauché par Volkswagen depuis près de 20 ans, a quitté fin octobre l’entreprise.

Il avait publiquement critiqué une étude interne sur le passé nazi d’Audi, filiale de Volkswagen, jugeant qu’elle était incomplète et minimisait les faits. Selon l’agence de presse allemande DPA, son départ serait lié à une réprimande de la part de la direction sur cette prise de parole sans autorisation.

Mardi, plusieurs historiens de renom en Allemagne s’en sont pris à Volkswagen, l’accusant dans une tribune de vouloir livrer une histoire biaisée de son passé. Une critique rejetée par le constructeur, qui dit « regretter la mauvaise interprétation du départ » de l’historien, dans une réaction écrite obtenue jeudi par l’AFP.

M. Grieger « n’a pas été licencié » ni « forcé à partir par l’entreprise », assure le groupe. « Le fait est aussi que Volkswagen a, sur la durée et de manière décidée et honnête, fait la lumière sur l’histoire de l’entreprise et continuera de le faire », ajoute Volkswagen.

La première pierre de l’usine de Wolfsburg, siège de Volkswagen, fut posée en 1938 par Adolf Hitler, et c’est pour répondre au souhait du dictateur de voir créée une voiture populaire que l’ingénieur Ferdinand Porsche inventa un modèle connu plus tard sous le nom de Coccinelle.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le constructeur allemand a eu recours au travail forcé de prisonniers de guerre et de détenus de camps de concentration. Un préjudice que l’entreprise a tenté de réparer en créant dans les années 1990 un fonds d’indemnisation des travailleurs forcés et en laissant les historiens accéder à ses archives pour exhumer ce sombre passé.

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