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Washington à Israël : l’accord sur le nucléaire iranien n’est plus d’actualité pour le moment

Le message a été transmis à Lapid lors de discussions avec Biden et des responsables ; les demandes iraniennes d'arrêter les enquêtes de l'AIEA semblent avoir fait échouer les discussions

Shalom Yerushalmi est analyste politique pour Zman Israël, le site en hébreu du Times of Israël sur l'actualité israélienne.

Le président américain Joe Biden, à gauche, et le Premier ministre Yair Lapid s'adressent aux médias après leur rencontre à Jérusalem, le 14 juillet 2022. (Crédit : Evan Vucci/AP)
Le président américain Joe Biden, à gauche, et le Premier ministre Yair Lapid s'adressent aux médias après leur rencontre à Jérusalem, le 14 juillet 2022. (Crédit : Evan Vucci/AP)

Un nouvel accord nucléaire entre l’Iran et les puissances mondiales n’est plus d’actualité et ne sera pas signé dans un avenir proche, a appris le site jumeau du Times of Israel, Zman Yisrael. C’est le message qui a été transmis au Premier ministre israélien Yair Lapid lors de ses récentes discussions avec le président américain Joe Biden et d’autres responsables de son administration.

Ce résultat aura probablement d’importantes conséquences tant sur le plan international que sur le plan électoral en Israël, Lapid étant susceptible de le mettre en avant lors de sa campagne, – en particulier contre l’actuel chef de l’opposition Benjamin Netanyahu, qui l’a attaqué à maintes reprises sur le sujet.

La conclusion d’un nouvel accord a été au centre des consultations diplomatiques et sécuritaires d’Israël au cours de l’année écoulée. Jérusalem a suivi de près les négociations menées entre l’Iran et les représentants des puissances mondiales à Vienne, ainsi que l’échange de projets d’accords entre les parties au cours des dernières semaines.

Convaincu ces derniers jours qu’un accord devenait de plus en plus improbable, Lapid a redéfini les priorités en matière de sécurité nationale pour se concentrer sur l’escalade de la violence en Cisjordanie, la lutte contre le terrorisme et l’urgence de renforcer l’Autorité palestinienne (AP), dont la légitimité au sein même de la population palestinienne ne cesse de se déprécier.

L’accord nucléaire, qui était en cours de négociation depuis l’entrée de Biden à la Maison Blanche en janvier 2021, était axé sur la levée des sanctions imposées à l’Iran en échange de la limitation de la capacité de Téhéran à atteindre le seuil nucléaire.

Les Américains ont déclaré que dans le cadre du nouvel accord nucléaire négocié, l’Iran ne pourrait pas enrichir l’uranium au-delà de 3,67 % et ne pourrait pas atteindre un niveau permettant de fabriquer une bombe nucléaire. Cette limitation du programme nucléaire iranien serait maintenue jusqu’en 2031 dans le cadre de l’accord proposé.

Sur cette photo d’archive du 3 février 2007, un technicien travaille à l’installation de conversion d’uranium juste à l’extérieur de la ville d’Ispahan, en Iran. (Crédit : AP Photo / Vahid Salemi, dossier)

Selon les commentaires américains transmis au journaliste de Walla news, Barak Ravid, il y a deux semaines, l’Iran aurait à renoncer à tout l’uranium enrichi à 20 % et 60 % en sa possession dans le cadre de l’accord. Des centaines de kilogrammes d’uranium enrichi devraient être transférés hors d’Iran ou dilués. Les centrifugeuses, permettant d’enrichir l’uranium, seraient retirées et stockées sur le sol iranien dans un entrepôt sous la supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Les Américains ont également déclaré que l’Iran ne serait pas en mesure de procéder au traitement du plutonium, qui peut être utilisé à des fins d’armement, et qu’il remanierait le réacteur au plutonium d’Arak afin qu’il ne puisse pas produire de matières nécessaires pour fabriquer une bombe nucléaire.

En outre, les Américains ont promis que si un accord était signé, l’AIEA serait en mesure de reprendre sa surveillance stricte des installations nucléaires en Iran, après qu’elle eut été considérablement réduite par les Iraniens.

La surveillance de l’AIEA est l’un des principaux points de discorde dans lesquels Israël s’est impliqué. Les Iraniens ont refusé de laisser l’AIEA poursuivre ses activités et les Américains ont insisté suite aux pressions israéliennes. Aujourd’hui, un accord semble ne plus être à l’ordre du jour.

Le mois dernier, l’ancien Premier ministre Naftali Bennett avait appelé l’administration américaine à s’abstenir de conclure un accord. « J’appelle le président Biden et l’administration américaine à s’abstenir, même maintenant, à la dernière minute, de signer l’accord avec l’Iran », avait tweeté Bennett le 23 août.

« Cet accord enverra environ un quart de trillion de dollars dans la poche de l’administration terroriste iranienne et de ses supplétifs régionaux, et permettra à l’Iran de développer, d’installer et de faire fonctionner des centrifugeuses, sans presque aucune restriction, en seulement deux ans », a-t-il ajouté.
« L’an dernier, même lorsque la conclusion [d’un accord] était très proche, nous avons réussi à convaincre nos homologues de la Maison Blanche de ne pas céder aux exigences iraniennes. J’espère que cela restera le cas. »

Le Premier ministre Yair Lapid rencontre le chef du Mossad David Barnea le 1er septembre 2022. (Autorisation)

L’accord, qui se dessinait avec l’Iran, a aussi entraîné de sérieuses tensions entre Israël et les États-Unis, ainsi que d’importantes frictions en interne à Jérusalem.

Il y a deux semaines, le chef du Mossad, David Barnea, avait briefé les journalistes de la défense et a mis en garde contre les dangers d’un accord nucléaire rétabli. Selon un reportage du journal Yedioth Ahronoth, Barnea a averti lors d’une réunion avec le Premier ministre que l’accord permettrait à l’Iran d’obtenir d’importantes capacités.

Selon Barnea, des centaines de milliards de dollars afflueraient dans les caisses de l’Iran après la levée des sanctions. Cet argent servirait à renforcer les groupes terroristes qui encerclent Israël, dont le Hezbollah libanais, et les Hamas et Jihad islamique palestiniens.

En outre, il a déclaré que les Iraniens accéléreraient l’établissement du « croissant chiite » allant de leur frontière avec l’Irak à la Méditerranée, en renforçant les Houthis au Yémen et les milices pro-iraniennes dans la région. Barnea a ajouté qu’un accord serait un « désastre stratégique », ajoutant qu’il ne lierait en rien Israël.

Le chef du Mossad, qui se trouve actuellement aux États-Unis pour des discussions sur la question iranienne, a ensuite été réprimandé par Lapid pour sa critique directe des Américains.

Netanyahu, qui a beaucoup traité de l’Iran pendant ses mandats de Premier ministre, a maintenu que l’accord émergent était pire que l’original signé en 2015 sous l’administration Obama, alors président des États-Unis.

Il y a une dizaine de jours, Netanyahu s’est invité à un briefing de sécurité avec Lapid sur la question iranienne, comme la loi l’y autorise en tant que chef de l’opposition. Après la réunion, Netanyahu a affirmé que Lapid et le ministre de la Défense Benny Gantz s’étaient endormis au volant et qu’ils étaient responsables de « l’échec nucléaire iranien ». Netanyahu a ainsi exigé qu’ils rencontrent des membres du Congrès, des fonctionnaires influents et des personnalités médiatiques de premier plan aux États-Unis afin de faire échouer l’accord.

Lundi, un haut fonctionnaire du gouvernement a déclaré que « Netanyahu nous a appris exactement ce qu’il ne fallait pas faire. En 2015, il s’est rendu au Congrès, a parlé avec des hauts fonctionnaires et des médias, et nous avons eu l’accord nucléaire sous le nez. » Cette fois-ci, dit le fonctionnaire, « nous avons travaillé discrètement. Nous avons déployé des efforts considérables et nous avons obtenu le résultat inverse. »

Le Premier ministre Yair Lapid informant le leader de l’opposition Benjamin Netanyahu au sujet de l’Iran et de l’accord nucléaire émergent, le 29 août 2022. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

Dans un peu plus de deux semaines, Lapid s’envolera pour participer à l’Assemblée générale des Nations unies à New York. On ne sait pas encore s’il rencontrera Biden sur place. Ce dernier devrait être à New York du 18 au 20 septembre ; Lapid et son entourage y atterriront dans la matinée du 20 septembre.

Lapid doit prendre la parole devant l’Assemblée générale le jeudi 22 septembre, et l’Iran devrait être au centre de ses propos. Immédiatement après son discours, Lapid rentrera rapidement en Israël pour participer au mariage de son fils Yoav, le vendredi après-midi.

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