Washington envisage de bloquer la nomination de l’ambassadeur français aux US – sources
L'administration américaine aurait été "déçue" par un message du gouvernement français qui critiquait l’opposition des États-Unis au candidat au poste de Haut-Commissaire aux droits de l’Homme de l'ONU
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Reuters — Les États-Unis envisagent de retarder, voire de bloquer, la nomination du nouvel ambassadeur de France à Washington qui a été choisi par le président Emmanuel Macron suite à des critiques qui ont été formulées par la France concernant le bilan des États-Unis en matière de droits de l’Homme, selon quatre sources.
Dans un message qui a été diffusé sur les réseaux sociaux dans la journée de samedi, la mission française auprès des Nations unies à Genève a vivement critiqué Washington qui s’est rallié à Israël, à la Russie, à la Corée du Nord et à d’autres pays en votant contre une proposition qui visait à prolonger de quatre ans le mandat de Volker Turk, le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme.
Turk est un critique virulent d’Israël et il a également appelé à ouvrir des enquêtes suite aux décès qui sont survenus dans les centres de détention des services de l’immigration américains.
« Les États-Unis étaient autrefois un phare des droits de l’Homme. Ce n’est plus le cas », a écrit la mission française. « Le monde ne les écoute plus ».
Si des sources ont indiqué qu’aucune décision n’avait encore été prise, deux d’entre elles ont précisé que les critiques françaises avaient entraîné une réelle colère chez certains hauts responsables de l’administration du président américain Donald Trump. Deux autres sources ont confié que les officiels espéraient pouvoir apaiser les tensions avec la France.
« Les États-Unis sont très déçus par la rhétorique irresponsable et irrespectueuse qui a été celle des Français », a dit un responsable au sein du Département d’État. « Nous allons répondre de manière appropriée à ces commentaires ».
L’une des sources a expliqué que la publication avait été examinée et approuvée par la voie officielle – réfutant ainsi les rumeurs qui avaient pu laisser entendre qu’elle avait été l’œuvre d’un jeune collaborateur agissant en son nom propre.
Le rejet, par les États-Unis, du candidat proposé par Macron au poste d’ambassadeur – ou le report de son entrée en fonction – serait une décision tout à fait inhabituelle. Un tel incident serait susceptible de creuser le fossé entre les deux alliés, qui se sont récemment heurtés sur la question des droits de douane et de la guerre en Iran.
Macron a déposé le dossier nécessaire pour qu’Aurélien Lechevallier, ancien collaborateur de l’Élysée, qui est actuellement le chef de cabinet du ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, devienne le prochain ambassadeur de France à Washington. La France espérait qu’il prenne ses fonctions d’ici le mois de septembre, a indiqué l’une des sources.
Les tensions se sont encore exacerbées dans la journée de lundi quand la délégation américaine a quitté la salle alors que la France s’exprimait lors d’une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies qui était consacrée à l’Ukraine, accusant son allié de « gesticulations hypocrites ».
Le soutien apporté par la France au renouvellement du mandat de Turk « n’empêche pas un dialogue étroit avec les États-Unis », a commenté un responsable des services de diplomatie français.
« Les divergences d’opinion concernant un vote ne remettent pas en cause la qualité de nos relations ni notre capacité à travailler ensemble », a-t-il ajouté.
Des relations qui se détériorent
La France est un allié de longue date des États-Unis – mais les relations entre les deux pays se sont détériorées au cours du second mandat de Trump. Si Trump et Macron s’entretiennent régulièrement, cela n’a pas empêché le président américain d’imposer de nouveaux droits de douane à la France, d’accuser les gouvernements européens de réprimer les voix de droite et de menacer les alliés de l’OTAN au sujet des dépenses en matière de Défense – et sur la question difficile du Groenland.
Même avant cette dernière querelle, Washington avait été irrité par certains propos tenus par Barrot concernant le gouvernement américain, a souligné l’une des sources.
Au début du mois de juillet, Jean-Noël Barrot avait écrit un message sur le réseau social X où il évoquait un programme du Département d’État américain qui proposait un financement pouvant atteindre les trois millions de dollars aux groupes qui font la promotion de la « confiance civilisationnelle » en Europe.
Un financement qui était proposé par le Bureau de la démocratie, des droits de l’Homme et du travail (DRL) au sein du Département d’État – dont les responsables avaient suggéré de soutenir la dirigeante d’extrême droite, Marine Le Pen, lors de son procès pour détournement de fonds, l’année dernière.
« La France et les Européens ne toléreront aucune tentative d’ingérence étrangère dans leurs processus électoraux, d’où qu’elle vienne », avait écrit Barrot dans sa publication.
Les responsables français ont également été irrités par l’ambassadeur américain à Paris, Charles Kushner. Ce dernier incarne cette nouvelle génération de diplomates impertinents, alignés sur Trump, qui ont semé la consternation à travers l’Europe. Kushner, dont le fils Jared est marié à la fille de Trump, Ivanka, a manqué à deux reprises de se présenter à des convocations à Paris à la suite d’incidents diplomatiques.
La procédure de nomination d’un ambassadeur à Washington est minutieusement réglementée. Avant qu’un gouvernement étranger puisse nommer son envoyé, il doit d’abord obtenir le consentement confidentiel du gouvernement américain.
Selon des sources diplomatiques, il est rare que Washington retarde la procédure ou rejette publiquement les candidats, les préoccupations étant généralement résolues en privé avant qu’une décision officielle ne soit prise.
Ses détracteurs affirment que la vague récente de nominations et de nominations à des postes de premier plan par Macron s’inscrit dans une volonté de mettre en place des fidèles capables de garantir son héritage.
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