Washington n’insistera pas sur une solution à 2 états
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‘Si je demande à cinq personnes ce qu’est une solution à deux états, j’obtiens huit réponses’

Washington n’insistera pas sur une solution à 2 états

Un responsable américain affirme qu’un accord de paix est une priorité, mais que les Etats-Unis ne “dicteront pas les termes” ; Netanyahu devrait dire à Trump que l’établissement d’un état palestinien est une perte de temps

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Donald Trump, alors candidat républicain à la présidentielle américaine, se rencontrent à la Trump Tower de New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Donald Trump, alors candidat républicain à la présidentielle américaine, se rencontrent à la Trump Tower de New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Les Etats-Unis n’insisteront pas sur une solution à deux états au Proche Orient, a déclaré mardi un responsable de la Maison Blanche, marquant une rupture avec la position traditionnelle de la diplomatie américaine.

Cette solution dite à deux états sert depuis des décennies de référence à la communauté internationale pour tenter de trouver un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens.

Mais à la veille de la première rencontre officielle dans le Bureau ovale entre le président américain Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, un responsable de la Maison Blanche a signalé une rupture avec ce principe : il a expliqué que les Etats-Unis n’insisteront pas sur une solution à deux états entre Israël et les Palestiniens.

« Une solution à deux états qui n’apporte pas la paix est un objectif que personne ne cherche à atteindre », a déclaré ce responsable sous couvert d’anonymat, à la veille d’une rencontre à Washington entre Netanyahu et Trump.

« La paix est l’objectif, que cela soit sous la forme d’une solution à deux états si c’est ce que les parties veulent, ou quelque chose d’autre si les parties le veulent », a-t-il précisé.

L'ambassade des Etats-Unis à Tel Aviv. (Crédit : CC BY Krokodyl/Wikipedia)
L’ambassade des Etats-Unis à Tel Aviv. (Crédit : CC BY Krokodyl/Wikipedia)

Depuis son installation à la Maison Blanche, Donald Trump s’est écarté de ses prédécesseurs sur le conflit, disant réfléchir « très sérieusement » à un transfert de l’ambassade américaine en Israël de Tel Aviv à Jérusalem, et ne qualifiant pas les implantations israéliennes d’obstacle au processus de paix.

Ces nouvelles déclarations laissent entendre que le président américain n’a pas l’intention de faire pression sur son allié israélien pour obtenir la création d’un état palestinien.

« Nous ne dicterons pas les termes de ce que sera la paix », a ajouté le responsable.

Pour sa part, Netanyahu devrait dire à Trump pendant leur rencontre que la mise en place d’un état palestinien est une perte de temps, a annoncé mardi la Deuxième chaîne.

Netanyahu aurait dit à ses conseillers, à huis clos, qu’il dirait à Trump qu’il n’y avait pas d’intérêt à fonder un état palestinien dans le climat actuel, a annoncé Udi Segal, journaliste de la Deuxième chaîne.

Donald Trump doit recevoir Benjamin Netanyahu mercredi, à la Maison Blanche, pour la première fois depuis son entrée en fonctions.

Le principe de deux états « vivant côte à côte en paix et en sécurité » a été défendu depuis un demi-siècle par tous les présidents américains, démocrates comme républicains.

Trump, pro-israélien

Pendant la campagne, Trump s’était clairement affiché pro-israélien, tout en affirmant que s’il était élu il présiderait à un accord de paix entre l’Etat hébreu et les Palestiniens.

Netanyahu, qui avait vu dans la victoire de son « ami, le président Trump » une « chance formidable » pour Israël, devra toutefois confronter les promesses du milliardaire américain avec la réalité encore floue de sa politique sur le conflit israélo-palestinien.

Le ministre de l'Education Naftali Bennett avant une réunion extraordinaire de son parti HaBayit HaYehudi dans l'implantation de Maale Adumim, en Cisjordanie, le 2 janvier 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le ministre de l’Education Naftali Bennett avant une réunion extraordinaire de son parti HaBayit HaYehudi dans l’implantation de Maale Adumim, en Cisjordanie, le 2 janvier 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Sous pression de la droite de son gouvernement, favorable à l’annexion d’une partie de la Cisjordanie, Netanyahu comptait dire à Trump qu’il soutenait toujours une solution à deux états.

Le dirigeant israélien « doit arriver en présentant la solution à deux états comme une vision et esquisser, en attendant, de possibles accords intérimaires acceptables par les Palestiniens », avait indiqué Michael Oren, vice-ministre en charge de la diplomatie, avant de se rendre à Washington.

« Alliance encore plus forte »

En quittant Tel-Aviv lundi, il avait réaffirmé que « l’alliance avec les Etats-Unis avait toujours été extrêmement forte » et qu’elle allait l’être « encore plus ».

Le président Trump a toutefois modéré ses propos de campagne après son entrée à la Maison Blanche le 20 janvier.

L’exécutif américain a posé depuis des limites à la construction en Cisjordanie, tout en disant ne pas avoir de position définitive sur le sujet. Et le président a prévenu vendredi dans le quotidien israélien Israël Hayom que l’extension des implantations n’était « pas bonne pour la paix ».

« Chaque fois que vous prenez des terrains pour des implantations, il reste moins de territoire, avait déclaré Trump. Mais nous étudions tout cela, et nous cherchons d’autres options que nous verrons. Mais non, je ne suis pas quelqu’un qui pense que la croissance de ces implantations est une bonne chose pour la paix. »

Saeb Erekat, secrétaire général de l'Organisation de la libération de la Palestine (OLP), à Ramallah, le 23 novembre 2015. (Crédit : Abbas Momani/AFP)
Saeb Erekat, secrétaire général de l’Organisation de la libération de la Palestine (OLP), à Ramallah, le 23 novembre 2015. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

Mais ce « n’est pas suffisant », a taclé le numéro deux de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Saeb Erekat, avant les déclarations du responsable de la Maison Blanche.

Donald Trump doit « dire à Netanyahu ‘ça suffit la colonisation’ afin de conserver l’option de la solution à deux Etats », a-t-il martelé.

Le responsable qui s’est adressé mardi aux journalistes à la Maison Blanche a cependant suggéré un changement marqué en signalant qu’une solution à deux états pourrait ne pas se réaliser rapidement.

Le terme de « solution à deux états » n’a pas été bien défini ni délimité correctement. « Si je demande à cinq personnes ce qu’est une solution à deux états, j’obtiens huit réponses », a-t-il déclaré.

Pour Robert Satloff, analyste au Washington Institute for Near East Policy, « vu le fossé sans précédent entre les deux camps, les conditions d’un accord de paix ne sont pas réunies ».

L’expert conseille à Washington une politique des petits pas entre Israël et les Palestiniens, plutôt que de « pousser pour la reprise de négociations bilatérales à la recherche d’une solution globale », au point mort depuis près de trois ans.

Le réacteur nucléaire d'Arak en Iran, en 2012. (Crédit : Nanking2012/CC BY/WikiCommons)
Le réacteur nucléaire d’Arak en Iran, en 2012. (Crédit : Nanking2012/CC BY/WikiCommons)

Pendant la rencontre très attendue de mercredi, Netanyahu et Trump pourraient parler du possible déplacement de l’ambassade à Jérusalem, de l’extension des implantations et de comment dissuader l’agression iranienne et l’empêcher d’obtenir l’arme nucléaire, le sujet le plus important pour le dirigeant israélien.

Le Premier ministre fut l’un des plus farouches détracteurs de l’accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015 entre Téhéran et les grandes puissances et Trump, s’il a apparemment renoncé à « déchirer » ce règlement international scellé par son prédécesseur Barack Obama, le considère aussi comme un texte « désastreux ».

Faisant allusion à la puissance chiite iranienne, Benjamin Netanyahu a assuré lundi que « le président Trump et [lui] voy[aient] d’un même œil les dangers émanant de la région ».

Les deux dirigeants discuteront également d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies adoptée en décembre dernier, qui affirme que les implantations israéliennes sont illégales et sont un obstacle à la paix. Elle demande aussi un arrêt total des constructions dans les zones qu’Israël a conquis pendant la guerre des Six Jours de 1967.

La résolution avait été adoptée par 14 voix contre zéro après l’abstention de l’administration Obama.

Le Conseil de sécurité vote la résolution 2334, adoptée avec 14 voix pour, zéro contre et une abstention, celle des Etats-Unis, le 23 décembre 2016. (Crédit : Manuel Elias/Nations unies)
Le Conseil de sécurité vote la résolution 2334, adoptée avec 14 voix pour, zéro contre et une abstention, celle des Etats-Unis, le 23 décembre 2016. (Crédit : Manuel Elias/Nations unies)

« La posture que les Etats-Unis adopteront aux Nations unies sous cette administration sera d’apposer leur veto à tout ce qui est de parti-pris contre Israël », a déclaré le responsable de la Maison Blanche mardi. « Nous voyons donc le vote qui a eu lieu comme de parti-pris contre Israël […]. Nous devons voir ce qu’est l’impact potentiel pour Israël, et donc je ne suis pas encore certain de ce qui peut déjà être fait. »

Netanyahu et Trump doivent tenir une conférence de presse conjointe mercredi, suivie d’une rencontre privée puis d’une réunion bilatérale.

Le Premier ministre se dirigera ensuite vers Capital Hill pour rencontrer des législateurs démocrates et républicains, notamment Mitch McConnell, président de la majorité au Sénat, Paul Ryan, président de la Chambre des représentants, et Chuck Schumer, qui préside la minorité du Sénat.

Netanyahu a également rencontré mardi le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson pendant deux heures. « Tous les sujets régionaux ont été discutés, y compris l’Iran », a déclaré le bureau du Premier ministre dans un communiqué.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson, à Washington, D.C., le 14 février 2017. (Crédit : GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson, à Washington, D.C., le 14 février 2017. (Crédit : GPO)

Netanyahu a invité Tillerson à venir en Israël, et « également à établir des relations directes entre le secrétaire d’Etat et le bureau du Premier ministre », a précisé le communiqué.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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