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Washington revient sur sa décision de rétrograder le coordinateur US à Jérusalem

Suite aux pressions des législateurs soutenant la nécessité d’un général 3 étoiles pour maintenir la stabilité régionale, la Défense informe le Congrès qu'il revient sur ses plans

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le ministre de la Défense Benny Gantz, à droite, rencontre son homologue américain Lloyd Austin au Pentagone, le 19 mai 2022. (Crédit : Shmulik Almany/GPO)
Le ministre de la Défense Benny Gantz, à droite, rencontre son homologue américain Lloyd Austin au Pentagone, le 19 mai 2022. (Crédit : Shmulik Almany/GPO)

Le ministère américain de la Défense ne rétrogradera pas le rang du poste du responsable militaire chargé de la coordination sécuritaire entre Israël et l’Autorité palestinienne, suite à l’opposition bipartisane des législateurs, ont déclaré mardi deux assistants du Congrès.

La semaine dernière, le porte-parole du Pentagone, Rob Lodewick, avait déclaré au Times of Israel que son bureau allait rétrograder le rang requis pour être nommé Coordinateur sécuritaire des États-Unis (USCC) à Jérusalem, le faisant passer de général trois étoiles à colonel. Ce changement, prévu pour la fin de l’année, devait faire partie d’un programme d’économies adopté par le Congrès en 2017, qui concernait 111 postes à travers le monde.

Au lendemain des commentaires de Lodewick, les législateurs avaient redoublé d’efforts pour bloquer le plan, craignant que la rétrogradation du poste ne nuise aux efforts américains de maintien de la stabilité entre Israéliens et Palestiniens, avait déclaré l’un des assistants du Congrès au Times of Israel.

Mardi, plusieurs législateurs qui avaient contacté le secrétaire à la Défense américain Lloyd Austin pour lui demander d’intervenir sur cette question ont été informés par le Pentagone que le coordinateur de Jérusalem ne ferait pas partie des postes que le ministère de la Défense rétrogradera, selon l’assistant d’un des législateurs, sous couvert d’anonymat, le Pentagone ayant demandé à son bureau de ne pas publier la décision avant sa confirmation officielle.

Lodewick n’a pas répondu à une demande de commentaire.

En juin, l’Israel Policy Forum, un think tank et groupe de pression pro-israélien, avait entrepris d’exhorter les membres du Congrès à s’opposer au projet d’inclure le poste de Jérusalem parmi les postes destinés à être déclassés. Cet effort a permis de recruter des législateurs des deux bords contre le plan du Pentagone.

Le sénateur démocrate Jon Ossoff, pendant une audience judiciaire au Capitole, à Washington, le 15 septembre 2021. (Crédit : Saul Loeb/AP)

Le démocrate Jon Ossoff et le républicain Lindsey Graham étaient à l’origined de la lettre signée par 32 de leurs collègues du Sénat adressée à Austin pour lui demander de revenir sur sa décision. « La rétrogradation de cette position compromettrait des programmes sécuritaires essentiels et dégraderait les communications entre Israéliens et Palestiniens, communication facilitée par l’USSC », avaient écrit les sénateurs en juin.

Une lettre similaire a été présentée à la Chambre des représentants par la représentante démocrate Grace Meng et le représentant républicain Mike Waltz, avec la signature de 55 de leurs collègues.

La majorité des législateurs qui ont signé les lettres adressées à Austin avaient voté en faveur du plan de réduction des coûts, qui prévoyait une rétrogradation de 111 postes, sans toutefois préciser que le poste de Coordinateur sécuritaire à Jérusalem en faisait partie.

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken et l’ambassadeur en Israël Tom Nides ont également fait part de leur inquiétude concernant le déclassement prévu, a déclaré un fonctionnaire au Times of Israel le mois dernier, ajoutant que le ministère de la Défense israélien avait émis des objections similaires.

Le bureau de l’USSC à Jérusalem a été établi en 2005 dans le cadre de « La Feuille de route pour la paix » de l’administration Bush. L’équipe internationale comprend des représentants du Royaume-Uni, du Canada, des Pays-Bas, de l’Italie, de la Turquie, de la Pologne et de la Bulgarie, mais elle est chapeautée par les États-Unis, dont le représentant est également le plus haut gradé du groupe. Le poste de l’USCC est actuellement occupé par le Lieutenant Général Michael Fenzel.

Depuis sa création, le bureau de l’USCC s’est concentré sur la réforme et sur le renforcement des forces de sécurité de l’AP ainsi que sur la collaboration entre les forces palestiniennes et israéliennes – une coordination qui, selon Tsahal, est déterminante pour la stabilité de la région.

Le Coordinateur sécuritaire des États-Unis à Jérusalem, le général de division Michael R. Fenzel, se présente pour un portrait officiel le 22 janvier 2020 à Washington. (Crédit : Département de la Défense des États-Unis)

Les partisans de la nomination d’un militaire présentant un grade trois étoiles expliquent que cela a permis au coordinateur d’accéder à des responsables de haut-rang à Washington, à Jérusalem et à Ramallah – des officiels qui ne prendraient pas le poste autant au sérieux si un simple colonel devait l’occuper.

Le Coordinateur spécial s’est avéré particulièrement essentiel pendant les périodes de crise survenues dans les liens unissant les Israéliens et les Palestiniens. Quand l’AP avait annoncé la rupture de la collaboration sécuritaire avec Israël en 2017, dans le contexte de fortes tensions entourant la question du mont du Temple, l’USCC avait été le seul canal de communication entre les deux parties. Le bureau du Coordinateur facilite aussi le transfert des armes dont les forces de sécurité palestiniennes ont désespérément besoin, ce qui rassure les personnalités les plus sceptiques, en Israël, mais dont l’approbation tacite est nécessaire pour que de tels transferts puissent se faire.

Fenzel a également été étroitement impliqué dans les efforts déployés pour encourager Israël et l’AP à coopérer pour l’enquête sur le meurtre de la journaliste d’Al Jazeera Shireen Abu Akleh en mai dernier.

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