Wisconsin : Francesca Hong fait d’Israël un enjeu de sa campagne pour le gouvernorat
La candidate démocrate, qui met en avant ses positions pro-palestiniennes, est critiquée pour ses passages dans les émissions de Hasan Piker et de "Mike from PA"
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JTA – Voici la « Mamdani » du Wisconsin.
Francesca Hong brigue le poste de gouverneur du Wisconsin, et elle a axé sa campagne sur le pouvoir d’achat et sur son opposition au soutien américain à Israël.
C’est là très précisément le message que l’Association des gouverneurs républicains (RGA) entend mettre en avant à l’approche de la primaire démocrate du mois prochain. Jeudi, elle a diffusé une publicité présentant Hong comme « trop libérale » pour le Wisconsin – un spot destiné à être largement diffusé dans les bastions démocrates de l’État.
Le pari des républicains semble être de séduire une base démocrate de plus en plus critique à l’égard de l’establishment du parti, comme cela s’est déjà produit dans plusieurs scrutins à travers le pays. Une telle dynamique pourrait permettre à une candidate ouvertement ancrée à gauche de décrocher l’investiture, au risque toutefois de compromettre les chances démocrates dans cet État pivot.
Selon cette logique, si le maire de New York, Zohran Mamdani, a été en mesure de séduire Manhattan, son programme politique aurait rapidement fait cailler le lait dans le Wisconsin.
Mère célibataire et ancienne cheffe cuisinière, Hong a bâti une campagne qui l’a propulsée en tête d’une primaire démocrate très disputée, rapprochant une nouvelle socialiste démocrate d’une victoire potentielle.
« Je suis Francesca Hong, députée du Wisconsin. Je suis employée de service, organisatrice communautaire et mère de famille. Je travaille pour gagner ma vie ; je l’ai toujours fait et je continue de le faire », déclare-t-elle dans une vidéo annonçant sa candidature, tournée dans les cuisines où elle a autrefois travaillé. « Il y a cinq ans, ma communauté m’a envoyée au Capitole. Le système est faussé. Je me présente au poste de gouverneur pour le changer. »
Sa campagne est centrée sur le coût de la vie, notamment le logement, l’éducation et la garde d’enfants. Elle met également en avant son parcours de fille d’immigrés sud-coréens.
Son principal adversaire est l’ancien lieutenant-gouverneur Mandela Barnes. La lieutenant-gouverneure Sara Rodriguez, figure de l’aile centriste du Parti démocrate, s’est retirée de la course faute de financements. Entre-temps, le président de l’exécutif du comté de Milwaukee, David Crowley, est revenu dans la primaire avec le soutien du gouverneur sortant, Tony Evers, rebattant les cartes de la course à l’investiture démocrate.
C’est surtout le positionnement de Hong sur Israël et l’antisémitisme qui suscite les réserves d’une partie de la communauté juive du Wisconsin. Au fil de sa campagne, la candidate a adopté un ton de plus en plus critique à l’égard d’Israël, tout en affirmant que le soutien aux droits des Palestiniens ne devait pas être assimilé à de l’antisémitisme. Elle a également qualifié de « génocide » les opérations militaires israéliennes à Gaza.
Jeremy Tunis, coprésident du comité des relations communautaires de la Fédération juive de Madison, estime que Hong s’inscrit dans la vague montante de candidats socialistes démocrates qui ont gagné du terrain ces dernières années, notamment à New York, en Pennsylvanie et au Colorado.
« À mes yeux, elle cherche à tirer parti de la dynamique progressiste de l’extrême gauche qui s’est imposée dans certaines régions du pays, notamment à New York avec Zohran Mamdani », affirme Tunis, précisant qu’il s’exprime ici à titre personnel et non au nom de la fédération.
Pour d’autres électeurs juifs de l’État, la candidature de Hong soulève également des interrogations sur ses chances de l’emporter lors de l’élection générale de novembre face au candidat républicain pressenti, Tom Tiffany.
« C’est probablement la candidate la moins susceptible de remporter l’élection parmi tous ceux qui sont en lice », estime Marc Herstand, un habitant juif de Madison âgé de 74 ans. « Le Wisconsin est un État véritablement indécis, et le socialisme démocratique ne passera pas en dehors des bastions libéraux de Madison, de Milwaukee et de quelques autres villes. »
Selon Jeremy Tunis, le parcours politique de Hong, notamment ses précédents appels à réduire les financements de la police, risque également de la handicaper dans un État aussi partagé.
« Il existe sans doute un électorat sensible à ce discours dans certains endroits, mais je suis convaincu qu’elle serait l’une des candidates les plus faibles pour l’élection générale, et pas uniquement en raison de ses positions sur l’antisémitisme ou l’antisionisme », affirme-t-il. « Elle a défendu un certain nombre de positions controversées qui, dans un État partagé quasiment à égalité entre démocrates et républicains, pourraient lui coûter cher en novembre. »
Le dernier sondage de la primaire démocrate, réalisé au début du mois, créditait Hong de 30 % des intentions de vote, devant l’ancien lieutenant-gouverneur Mandela Barnes (28 %). Un précédent sondage, effectué en mars, la donnait à 14 %, contre 11 % pour Barnes.
Réalisée par Wedgewood Polls, l’enquête de juillet indiquait également que Hong devancerait Tom Tiffany lors de l’élection générale, avec 47 % des intentions de vote contre 44 %.
Herstand, membre du caucus des démocrates juifs à la convention du Parti démocrate du Wisconsin, estime que, même si Tom Tiffany serait selon lui « nettement pire » que Hong, l’investiture de cette dernière risquerait d’entamer le soutien de l’électorat juif.
« Si elle décroche l’investiture, le soutien de l’électorat juif risque de s’éroder », estime Herstand. « Les Juifs voteront-ils malgré tout pour elle ? Oui. S’engageront-ils activement dans sa campagne ? Probablement pas. Et aura-t-elle besoin que chaque démocrate se mobilise pour l’emporter ? Absolument. »
S’exprimant lundi soir devant des militants progressistes réunis lors d’un rassemblement virtuel, Hong a présenté sa campagne comme un test de l’influence grandissante de la gauche américaine.
« Les travailleurs reprennent le pouvoir, et c’est l’occasion de montrer que la politique peut changer partout dans le pays si nous gagnons ici, dans le Wisconsin », a-t-elle déclaré. « Comme on le dit souvent : ce qui se passe dans le Wisconsin annonce ce qui se passera dans le reste du pays. »
Hong n’a fait aucune allusion à Israël ni à l’antisémitisme au cours de cette intervention.
D’autres intervenants ont, en revanche, critiqué le lobby pro-Israël AIPAC ainsi que les violences commises par des résidents d’implantations israéliennes en Cisjordanie. Dans le fil de discussion du rassemblement virtuel, plusieurs participants ont également mis en doute les convictions pro-palestiniennes de Hong en raison de son silence sur ces questions. « Est-elle vraiment sioniste ? », a demandé l’un d’eux. Un autre a écrit : « Elle appartient à l’AIPAC. »
Hong a pourtant refusé tout soutien de l’AIPAC, qui concentre l’essentiel de ses dépenses sur les élections fédérales et n’a, jusqu’à présent, jamais joué de rôle significatif dans les scrutins pour les postes de gouverneur.
« Si elle obtient l’investiture, le soutien de l’électorat juif va en prendre un coup. Les Juifs voteront-ils malgré tout pour elle ? Oui. Militeront-ils pour elle ? Probablement pas. Aura-t-elle besoin que chaque démocrate se mobilise pour la faire élire ? Oui. »
Au début du mois, le Milwaukee Journal Sentinel a révélé que Hong était revenue sur un appel passé à la police de Madison en décembre 2023 après la dégradation d’un drapeau israélien. À l’époque, elle avait demandé que l’incident fasse l’objet d’une enquête comme possible crime de haine, estimant qu’il était « fortement antisémite ».
Interrogée sur cette décision, elle a déclaré au Milwaukee Journal Sentinel qu’il s’agissait d’un geste « que je regrette profondément ».
« Il y a trois ans, une œuvre de protestation installée dans un campement à Madison a été photographiée puis diffusée sur les réseaux sociaux », a expliqué Hong dans un communiqué. « Des habitants de ma circonscription m’ont dit s’être sentis menacés et m’ont alertée au sujet de cette publication. Mais l’image avait été recadrée et sortie de son contexte de manière à présenter l’antisionisme comme de l’antisémitisme, une distinction à laquelle j’attache une grande importance. »
Une semaine après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023, Hong avait publié sur les réseaux sociaux un message appelant à « empêcher de nouveaux ravages à Gaza ; nous ne pouvons pas répondre à des crimes de guerre par d’autres crimes de guerre ».
« À la communauté juive d’ici et du monde entier, je vous aime de tout mon cœur et je prie pour votre sécurité », avait écrit Hong. « Sachez que mon cœur reste aux côtés des peuples israélien et palestinien en cette période déchirante. »
Depuis lors, Hong a déposé un projet de loi visant à abroger une loi de 2018 qui interdisait à l’État de conclure des marchés publics avec des entreprises participant au boycott d’Israël. Elle a également critiqué le gouverneur démocrate sortant, Tony Evers, pour sa reconnaissance de la définition de l’antisémitisme de l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA) qui englobe certaines formes de critiques d’Israël. Deux initiatives qu’elle met en avant sur son site de campagne.
Hong a reçu le soutien des représentants démocrates Ilhan Omar, élue du Minnesota, et Ro Khanna, élu de Californie, tous deux connus pour leurs positions très critiques à l’égard d’Israël, ainsi que de trois sections du Wisconsin des Democratic Socialists of America.
La campagne de Hong a suscité une attention accrue après ses apparitions dans l’émission du streamer anti-Israël Hasan Piker, puis dans un direct animé par Michael Beyer, plus connu sous le nom de « Mike from PA ». Cet influenceur avait été vivement critiqué après avoir affirmé que l’identité juive était « une ethnicité construite, cette ethnicité démoniaque, entièrement inventée ».
« Si le Wisconsin veut être un État qui défend réellement les droits humains, nous devons soutenir et défendre le mouvement pro-palestinien », a déclaré Hong lors de l’émission de Beyer en octobre.
Elle a également encouragé ses sympathisants à lever des fonds pour les personnes se trouvant « en première ligne à Gaza et en Cisjordanie ».
Hong est retournée dans l’émission de Beyer le mois dernier, où elle a déclaré à l’animateur que « les citoyens méritent des dirigeants qui fassent preuve de courage moral et de clarté morale. Aujourd’hui, le véritable test consiste à affirmer sans ambiguïté que ce qui se passe à Gaza est un génocide ».
Ses passages chez Beyer et Piker lui ont permis de récolter respectivement près de 35 000 dollars et 57 000 dollars de dons pour sa campagne.
Herstand s’est dit « absolument consterné » par la décision de Hong de participer aux émissions de ces deux influenceurs.
« Il est inadmissible qu’elle participe à leurs émissions et qu’elle y collecte des fonds », a déclaré Herstand. « Elle devrait restituer l’argent récolté grâce à ces influenceurs antisémites et dénoncer publiquement la haine qu’ils propagent contre les Juifs. »
Les apparitions de Hong dans ces podcasts ont également suscité les critiques d’Ann Jacobs, présidente démocrate de la Commission électorale du Wisconsin.
« Lorsque vous choisissez de vous associer à ce genre de personnes pour lever des fonds, vous montrez clairement que soit (1) vous partagez leurs idées, soit (2) vous êtes prête à tout pour récolter de l’argent, soit (3) les deux. Fran Hong semble cocher les trois cases », a écrit Jacobs, qui est juive, sur X. « Elle est prête à trahir les Juifs du Wisconsin pour quelques dollars. »
La campagne de Hong n’a pas répondu aux questions de la Jewish Telegraphic Agency (JTA) concernant ces apparitions. Dans un entretien accordé à MS Now au début du mois, la candidate a toutefois défendu sa démarche.
« Il est important de porter notre message là où les campagnes peinent à atteindre les électeurs », a déclaré Hong. « Ce n’est pas parce que je participe à une émission que j’approuve tout ce qui a pu être dit par ses animateurs ou par d’autres invités. »
Hong a ajouté sur MS Now, qu’elle « condamne la haine, la discrimination, l’antisémitisme et l’islamophobie, ainsi que toute forme de déshumanisation de quelque communauté que ce soit. »
Pour Jeremy Tunis, coprésident du comité des relations communautaires de la Fédération juive de Madison, ces explications restent insuffisantes.
« Je pense qu’il subsiste de nombreuses questions auxquelles elle n’a pas apporté de réponses satisfaisantes, notamment concernant ses récentes apparitions et sa proximité avec Hasan Piker et Mike from PA », estime-t-il. « Beaucoup observent désormais attentivement la suite de sa campagne. »
Miryam Rosenzweig, présidente-directrice générale de la Fédération juive de Milwaukee, a déclaré à la JTA que « les inquiétudes de la fédération vont bien au-delà d’une candidature en particulier ».
« De nombreux membres de la communauté juive du Wisconsin sont de plus en plus préoccupés par un climat politique dans lequel les discours antisémites sont trop souvent minimisés ou excusés ; où les choix des responsables politiques quant aux personnes auxquelles ils offrent une tribune contribuent à façonner ce climat ; et où trop peu de dirigeants sont prêts à combattre l’antisémitisme avec la même détermination, quelle qu’en soit l’origine », a déclaré Rosenzweig.
À l’approche de la primaire démocrate du 11 août, Tunis et Herstand ont expliqué que de nombreux électeurs juifs du Wisconsin qu’ils avaient rencontrés soutenaient jusqu’alors Sara Rodriguez, avant que celle-ci ne se retire de la course.
« J’espère que Francesca Hong modérera son discours, car je ne pense pas qu’il contribue à la sécurité de la communauté juive ; au contraire, il risque de lui compliquer la vie », estime Tunis. « J’espère également qu’elle gardera l’esprit ouvert au fil de sa campagne, même si je n’en suis pas vraiment convaincu. »
Si Hong devait remporter la primaire le mois prochain, Herstand dit espérer qu’elle cherchera à renouer le dialogue avec les communautés juives de l’État.
« J’espère qu’elle ne remportera pas l’investiture. Mais si c’était le cas, j’espère qu’elle ira à la rencontre de la communauté juive et qu’elle prendra le temps de comprendre des réalités dont elle n’a probablement pas encore pleinement conscience. »
L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.
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