Yair Netanyahu : Mon père a nommé un procureur pour innocenter Liberman en 2009
Rechercher

Yair Netanyahu : Mon père a nommé un procureur pour innocenter Liberman en 2009

Le fils de Benjamin Netanyahu semble faire de choquants aveux sur Twitter ; Yehuda Weinstein nie avoir été nommé à la demande du chef d'Yisrael Beytenu

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à droite), serre la main du nouveau procureur général Yehuda Weinstein lors de la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 14 février 2010. (AP Photos/Ronen Zvulun, Pool)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à droite), serre la main du nouveau procureur général Yehuda Weinstein lors de la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 14 février 2010. (AP Photos/Ronen Zvulun, Pool)

Le fils du Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé jeudi matin sur un tweet qu’en 2009, son père avait nommé un procureur général, étant entendu qu’il allait truquer et clore les affaires pénales contre Avigdor Liberman, chef du parti Yisrael Beytenu, à la demande de ce dernier.

Le tweet de Yair Netanyahu est arrivé au milieu d’un féroce échange de propos entre Liberman et le parti du Likud, après une impasse entre Yisrael Beytenu et les partis ultra-orthodoxes, qui a coulé les efforts du vieux Netanyahu pour former un gouvernement dans les 42 jours qui lui avaient été attribués après les élections du 9 avril.

Suite à cet échec, la Knesset a voté mercredi soir pour sa dissolution un mois seulement après sa prestation de serment, ce qui a déclenché une deuxième élection nationale sans précédent dans le courant de cette année.

Après que Liberman a refusé les compromis et a été tenu responsable par le Premier ministre de la convocation de nouvelles élections, Yair Netanyahu a poursuivi sa campagne Twitter de plusieurs jours contre l’ancien proche allié politique de son père.

Avigdor Liberman, chef du parti Yisrael Beytenu à la Knesset, à Jérusalem, le 29 mai 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Dans un tweet, il a partagé une capture d’écran d’un article paru en 2013 dans le quotidien Haaretz relatant la disparition et la mort par suicide de plusieurs témoins dans une enquête contre Liberman, avant que le procureur général de l’époque, Yehuda Weinstein, n’eût clos le dossier sans procéder à des inculpations.

Liberman avait été soupçonné d’entretenir des liens avec des sociétés privées qu’il avait fondées en tant que citoyen privé et de continuer à en bénéficier illégalement, même lorsqu’il était fonctionnaire, par le biais d’une série de sociétés fictives.

En réponse au tweet du jeune Netanyahu, l’éditeur de Haaretz Amos Schocken a répondu : « Yair, le problème est probablement que ton père a choisi Yehuda Weinstein comme procureur général pour qu’il bricole et clôture les dossiers contre Liberman. »

« Voici un scoop pour vous », répliqua Yair Netanyahu. « C’était la revendication la plus importante de sa coalition [Liberman] en 2009. Il [Benjamin Netanyahu] n’avait pas le choix. »

Le dossier contre Liberman a été remis en 2009 au procureur général Menachem Mazuz peu avant la fin du mandat de ce dernier, avec une recommandation de la police de porter des accusations criminelles.

Toutefois, une fois Weinstein nommé en février 2010, le processus d’audience et les procédures connexes ont pris plus de trois ans, jusqu’à ce que Weinstein annonce en 2013 qu’il classait sans suite les affaires.

Il y a eu depuis de nombreux reportages dans les médias et de nombreuses allégations de la part d’avocats de renom selon lesquelles Weinstein avait l’intention, dès le début, de clore l’affaire et qu’il y avait peut-être eu un accord illicite entre Netanyahu et Liberman, mais ces soupçons n’ont jamais été confirmés publiquement.

Yair Netanyahu, fils aîné du Premier ministre Benjamin Netanyahu, au tribunal de première instance de Tel Aviv, le 5 juin 2018. (Flash90)

Le Premier ministre fait actuellement face à des accusations de fraude et d’abus de confiance dans trois affaires, et de corruption dans l’une d’elles, en attendant une audience. Il a nié tout acte répréhensible et affirme que les accusations de corruption sont une chasse aux sorcières politique visant à lui faire abandonner de ses fonctions.

Jeudi matin, des commentateurs ont spéculé que l’aveu présumé de Yair Netanyahu pourrait déclencher une nouvelle enquête impliquant son père.

Weinstein a rejeté l’allégation, affirmant dans une déclaration qu’il n’avait pas connu Liberman ni été en contact avec lui avant d’être nommé procureur général.

Qualifiant l’affirmation de Yair Netanyahu de « non-sens », Weinstein a déclaré à la radio publique Kan qu’il avait clos l’affaire sur le fond et qu’il ferait de même aujourd’hui.

Le parti Yisrael Beytenu de Liberman a également rejeté avec véhémence cette affirmation.

« De 1999 à aujourd’hui, nous n’avons formulé aucune revendication dans les négociations de coalition concernant le choix d’un procureur général », a déclaré le parti dans un communiqué. « Cette affirmation est une nouvelle manifestation du mensonge et de la paranoïa du cabinet du Premier ministre et de ses associés. »

« Nous recommandons que la campagne du Likud engage d’urgence un psychiatre de haut niveau avec une expérience avérée », a-t-il ajouté.

Yair Netanyahu a également réagi en déclarant qu’en 2009, il était « un lycéen qui ne s’occupait pas du tout de questions politiques. La réponse à Amos Schocken est basée sur des affirmations faites dans un discours public en 2015. »

L’ancien procureur-général Yehuda Weinstein au ministère de la Justice à Jérusalem, le 17 mai 2015. (Crédit : Dudi Vaknin / Pool)

Après son entrée en politique en 1999, Liberman, ancien directeur général du Cabinet du Premier ministre sous Netanyahu, a été pendant un certain temps un proche allié politique de son ancien patron. Son parti Yisrael Beytenu et le Likud de Netanyahu ont uni leurs forces lors des élections de 2013 et formé un parti fusionné, avant de se séparer en 2015.

Cependant, ces dernières années, les deux hommes sont devenus rivaux, Liberman quittant la coalition en novembre 2018, accusant Netanyahu de capituler devant le terrorisme et Gaza et le traitant de menteur, d’escroc et de fraudeur.

Ce n’était pas la première fois que Netanyahu était accusé d’avoir choisi un procureur général pour protéger un allié politique des poursuites judiciaires. En 1997, au cours de son premier mandat de Premier ministre, il a choisi Roni Bar-On, mais il s’est heurté à une vague de critiques affirmant qu’il faisait partie d’un accord de corruption. Bar-On a démissionné dans les 48 heures.

L’affaire, connue sous le nom de « Bar-On Hebron », impliquait le parti ultra-orthodox Shas qui aurait accepté de soutenir un retrait de Tsahal de la ville israélienne de Hébron – qui était alors en négociation avec l’Autorité palestinienne – contre la nomination de Bar-On pour innocenter Aryeh Deri, le dirigeant du Shas, des actes de corruption qui lui ont valu d’aller en prison.

Personne n’a été inculpé dans l’affaire Bar-On Hebron.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...