Yann Moix change à nouveau de version concernant ses textes antisémites
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Yann Moix change à nouveau de version concernant ses textes antisémites

Le romancier a affirmé que les textes antisémites dont il avait reconnu être l’auteur avaient en fait été écrits par "un professeur d'allemand"

Yann Moix, en 2013, devant le restaurant Drouot, à Paris, après avoir reçu le prix Renaudot. (Crédit : Eric Feferberg / AFP)
Yann Moix, en 2013, devant le restaurant Drouot, à Paris, après avoir reçu le prix Renaudot. (Crédit : Eric Feferberg / AFP)

Jeudi, dans l’émission « Balance ton post » sur C8, Yann Moix a avancé une nouvelle version suite à la polémique ayant éclaté l’été dernier. Le romancier a affirmé que les textes antisémites dont il avait reconnu être l’auteur avaient en fait été écrits par « un professeur d’allemand ».

En août dernier, suite à des révélations du magazine L’Express, Yann Moix avait reconnu avoir dessiné des caricatures antisémites et écrit des textes négationnistes dans une revue étudiante intitulée Ushoahia, le magazine de l’extrême quand il avait 21 ans, dans les années 1989 et 1990. Avant d’admettre l’écriture des textes, il avait nié en être l’auteur, tout en reconnaissant être l’auteur des dessins.

S’il n’a pas dévoilé le nom du « professeur d’allemand » jeudi, il a raconté les détails sur leur écriture.

« Cette personne a écrit intégralement les textes », a-t-il affirmé. Ils ont été rédigés « pendant un voyage Interrail » et alors qu’il « écrivait à une fille ».

« Je m’étais juré de faire une lettre de 100 pages et au bout de 40 pages », il a demandé un « coup de main » à cet homme. « Et ça a dégénéré, c’est parti en sucette. On a commencé à faire n’importe quoi. »

L’un des textes et dessins antisémites de Yann Moix, réalisés dans les années 1989-1990.

L’Express, qui est en possession du manuscrit, avance qu’il est pourtant bien de la main de Yann Moix.

« J’écrivais à une fille. Le pire dans l’histoire, c’est que j’étais fier de mes dessins. C’est ça qui est grave. Et j’ai voulu faire croire que les textes étaient de moi aussi. Donc j’ai tout envoyé », a-t-il poursuivi.

« Ensuite, tellement fier de ces abjections à l’époque, j’ai réutilisé une partie de cette lettre pour la transformer en petit fanzine, et c’était le numéro 1 sur les camps. Ensuite, pour vous dire à quel point j’allais mal, j’ai décidé de faire un numéro 2, et tiens on va se moquer de l’abbé Pierre ! Puis, qui pouvais-je moquer après l’abbé Pierre ? Les Éthiopiens qui mourraient de faim, et on y va ! », a-t-il ajouté.

Il a également évoqué le numéro 4 de son fanzine, dont L’Express détient un exemplaire. « Je vous le dis ce soir, vous allez voir à quel point j’étais abject à l’époque, c’était un numéro d’encouragement spécial à Thierry Paulin [un tueur en série qui a assassiné une vingtaine de vieilles dames dans les années 1980 à Paris]. Donc il n’y a pas une histoire d’antisémitisme obsessionnelle, mais une histoire d’atrocité généralisante et universelle. Et cette personne a écrit intégralement les textes. » Le numéro contient néanmoins lui aussi des passages antisémites.

Durant l’émission, l’écrivain a également évoqué son futur rôle de chroniqueur dans l’émission hebdomadaire « De quoi j’me mêle », produite par Cyril Hanouna et animée par Eric Naulleau. Il y participera à partir du 16 novembre. Il a également longuement commenté le conflit familial qui l’oppose à ses proches, une histoire qu’il a décrite dans son dernier roman, Orléans.

Le premier numéro d’Ushoahia a récemment été mis en vente sur Amazon.fr. Il est vendu non pas par un particulier ou une librairie, mais par Amazon.fr lui-même, et comporte un numéro ISBN, le code permettant l’identification d’un livre.

« Cachés au grand public durant des années, secrets inavouables de la jeunesse de Yann Moix, ces écrits interdits sont enfin dévoilés », est-il écrit en présentation de l’ouvrage.

« Un chercheur israélien de l’université Ben Gourion de Beer-Sheva, s’étonnant que la presse française n’ait donné qu’un léger aperçu des horreurs antisémites et racistes que Yann Moix a jadis commises, a transmis à l’historien et essayiste Paul-Éric Blanrue l’intégralité des trois numéros d’Ushoahia, revue rendue célèbre lors de l’affaire qui a éclaté lors de la sortie du roman Orléans de Moix. Dans un mot, l’universitaire israélien écrit : ‘Voici les pamphlets antisémites produits par Yann Moix. Consternant. Plus consternant encore est de voir comment l’abject contenu est évacué ou minimisé par les journalistes et invités qui en discutent sur les plateaux.’ Grâce à son aimable concours, ils sont désormais, pour la première fois de l’histoire, en libre accès au grand complet, sans retouche ni censure. Puisqu’ils sont disponibles sur les réseaux sociaux et que les médias les citent sans jamais montrer toute leur monstruosité, nous avons choisi de les publier pour que les lecteurs sachent enfin qui était Yann Moix à 22 ans, au début des années 90, deux ans avant d’être embauché par Bernard-Henri Lévy. BHL a écrit récemment que Yann Moix avait été antisémite dans sa jeunesse. Il est difficile de ne pas être d’accord avec lui. C’est maintenant au public de se forger son opinion en toute connaissance de cause, en parcourant avec dégoût cette centaine de pages nauséabondes. »

La maison d’édition et les responsables de la publication, ainsi que le « chercheur israélien » évoqué, n’ont pas été nommés.

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