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Yémen: accalmie apparente à Hodeida, Londres évoque des pourparlers ce mois-ci

Malgré les tirs ayant visé Hodeida, le port, point d'entrée de plus des trois-quarts des importations et de l'aide humanitaire internationale au Yémen, est toujours en activité

Les corps des victimes d'une frappe de la coalition saoudienne près de Hodeida, le 24 octobre 2018. (Crédit : AP)
Les corps des victimes d'une frappe de la coalition saoudienne près de Hodeida, le 24 octobre 2018. (Crédit : AP)

D’intenses efforts diplomatiques semblent avoir favorisé une accalmie au Yémen où la coalition sous commandement saoudien a accepté le principe d’une évacuation de rebelles Houthis blessés avant de possibles pourparlers de paix d’ici fin novembre en Suède, a indiqué Londres mardi.

« Les forces de la coalition vont maintenant permettre à l’ONU de superviser une évacuation médicale de Houthis, jusqu’à 50 combattants blessés, vers Oman avant une nouvelle série de pourparlers de paix en Suède plus tard ce mois-ci », a précisé le Foreign Office dans un communiqué.

Cette déclaration a été publiée au lendemain d’une visite du ministre britannique des Affaires étrangères Jeremy Hunt à Ryad et à Abou Dhabi, capitales de l’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, les deux piliers de la coalition militaire antirebelles au Yémen.

C’est justement la question de l’évacuation de rebelles blessés qui avait fait capoter un round de négociations que l’ONU avait convoqué à Genève en septembre.

Londres a estimé que l’évacuation autorisée par la coalition « à des conditions agréées » était un « développement majeur » qui s’inscrit dans le cadre de « mesures de confiance » susceptibles de permettre « le début de pourparlers politiques en Suède d’ici la fin novembre ».

Sur le terrain, les violences semblent avoir baissé d’intensité mardi après 12 jours de bombardements et de combats meurtriers dans l’est et le sud de la ville portuaire de Hodeida qui ont fait près de 600 morts, selon des sources militaires progouvernementales et hospitalières.

Des forces yéménites progouvernmentales aux abords d’Hodeida, mène un combat pour reprendre la ville des mais des Houthis, le 10 novembre 2018. (Crédit : STRINGER/AFP)

« Le port fonctionne normalement »

Un petit bâtiment du port de Hodeida, ville de l’ouest du Yémen contrôlée par les rebelles Houthis et cible d’une offensive loyaliste soutenue par l’Arabie saoudite, a été touché par une attaque lundi, a-t-on appris mardi de sources concordantes.

Il s’agit du premier bombardement visant ce port stratégique depuis l’intensification début novembre de l’offensive sur la ville de Hodeida.

Le port de Hodeida est le point d’entrée de plus des trois-quarts des importations et de l’aide humanitaire internationale au Yémen, pays menacé par une grande famine.

Un enfant souffrant de malnutrition pris en charge à l’hôpital Aslam Health Center, à Hajjah, au Yemen, le 1 octobre 2018. (Crédit : AP/Hani Mohammed)

Les Houthis ont accusé la coalition, via leur chaîne de télévision Al-Massirah, d’avoir mené deux frappes aériennes qui ont visé lundi l’entrée Est du port.

Interrogé par l’AFP, le porte-parole de la coalition, le colonel saoudien Turki al-Maliki, a dit qu’il allait vérifier.

Le directeur-adjoint du port, Yehya Charafeddine, a déclaré mardi par téléphone à l’AFP que l’entrée principale du port « avait été la cible de raids aériens (…) mais le port fonctionne normalement ». Il a fait état de trois blessés parmi des gardes.

Mais quatre autres employés du port ont indiqué à l’AFP sous le couvert de l’anonymat qu’un commandant rebelle, ainsi que trois de ses gardes, avaient été tués dans le bombardement de lundi. Un autre commandant rebelle a en outre été blessé, ainsi que trois de ses gardes, a-t-on ajouté de mêmes sources.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait mis en garde lundi contre les conséquences « catastrophiques » d’une éventuelle destruction du port de Hodeida.

Un bateau de pêcheurs navigue devant le port d’Hodeida. En arrière-plan, les immeubles détruits par la coalition soutenue par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, le 28 septembre 2018 (Crédit : AP/Hani Mohammed)

Accalmie dans les combats

Une habitante de la ville a indiqué au téléphone à l’AFP que « les violents combats avaient cessé lundi soir. La nuit, nous avons entendu des coups de feu limités, mais la situation semble stable aujourd’hui (mardi) ».

« On n’entend pas d’explosions comme ces deux dernières semaines », a ajouté cette habitante qui a requis l’anonymat.

Les Houthis n’ont pas fait état mardi, via leurs médias, d’une quelconque action militaire dans Hodeida.

Lundi, alors que des combats se poursuivaient à Hodeida, une intense activité diplomatique s’est déroulée entre Ryad et Abou Dhabi.

Jeremy Hunt, le chef de la diplomatie britannique, à New York, le 27 septembre 2018 (Crédit : AFP)

Jeremy Hunt a été reçu par le roi Salmane d’Arabie saoudite avant de se rendre à Abou Dhabi où il s’est entretenu avec le prince Mohammed ben Zayed al-Nahyane, l’homme fort des Emirats.

Il est ensuite revenu dans la soirée à Ryad où il a rencontré le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, ministre de la Défense de son pays.

Mardi, le vice-président yéménite Ali Mohsen al-Ahmar a tweeté qu’il avait également rencontré M. Hunt à Ryad.

De son côté, le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, John Bolton, a été reçu lundi par cheikh Mohammed, le prince héritier d’Abou Dhabi.

« Mesures de confiance »

Washington, Londres et Paris, ainsi que le secrétaire général de l’ONU, ont appelé à la cessation des hostilités et à la reprise des négociations pour mettre fin à la guerre qui dure depuis quatre ans.

Le ministre yéménite des Affaires étrangères Khaled al-Yemani s’est pour sa part entretenu à Ryad avec le médiateur de l’ONU, Martin Griffiths.

Selon l’agence officielle saoudienne SPA, l’entretien a porté sur « les moyens de ranimer le processus de paix au Yémen » et de mettre en oeuvre des « mesures de confiance » entre le gouvernement et les rebelles. M. Yemani « a réitéré le soutien du gouvernement yéménite aux efforts » du médiateur de l’ONU, a précisé SPA.

Quand la presse l’avait interrogé lundi sur la possibilité d’un cessez-le-feu à Hodeida, le colonel Maliki de la coalition antirebelles avait répondu que l’opération se poursuivait.

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