Yesha avait prévenu Rabin de ne pas « franchir la ligne rouge » avant l’assassinat
Rechercher

Yesha avait prévenu Rabin de ne pas « franchir la ligne rouge » avant l’assassinat

De nouveaux documents révèlent que les responsables de Yesha avaient dit au Premier ministre que la signature de la paix avec les Palestiniens serait une trahison au sionisme

Le président Clinton invite le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, (gauche) et le chef de l'OLP Yasser Arafat à se serrer la main dans la Chambre Est de la Maison Blanche, le jeudi 28 septembre 1995. Le président égyptien Hosni Mubarak est derrière Arafat. (AP Photo/Doug Mills)
Le président Clinton invite le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, (gauche) et le chef de l'OLP Yasser Arafat à se serrer la main dans la Chambre Est de la Maison Blanche, le jeudi 28 septembre 1995. Le président égyptien Hosni Mubarak est derrière Arafat. (AP Photo/Doug Mills)

Des responsables de premier plan du mouvement des implantations avaient sérieusement mis en garde l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin contre la poursuite d’un accord de paix avec les Palestiniens dans les années et les mois menant jusqu’à son assassinat par un extrémiste de droite, selon des documents d’Etat nouvellement révélés.

Les documents publiés par la Dixième chaîne au cours du week-end interviennent alors que le débat entourant la campagne d’incitation à la révolte menée contre Rabin – à la suite de la signature des Accords d’Oslo en 1994 et avant son assassinat un an plus tard – a été rallumé par un rassemblement commémoratif controversé consacré à l’ancien Premier ministre samedi soir.

Elyakim Haetzni, ancien président du conseil de Yesha, avait envoyé une lettre de quatre pages à Rabin, l’avertissant que l’expulsion des communautés juives de Cisjordanie ou la réduction de l’aide financière accordée par son gouvernement aux implantations constituaient une trahison au judaïsme et au sionisme.

« Il y a des lignes rouges, et les franchir mènera à un schisme sans précédent au sein du peuple juif », écrit-il dans la lettre. Haetzni a ajouté que la nation tout entière était « horrifiée » de la possibilité que le nom de Rabin soit associé à celui des plus grands ennemis historiques du peuple juif.

La lettre a été signée par des centaines de dirigeants de droite et les archives montrent que Haetzni a envoyé la lettre au bureau de Rabin à plusieurs reprises jusqu’à ce que le secrétariat du Premier ministre confirme que le Premier ministre l’avait reçue au début de 1993.

L’ancien député Elyakim Haetzni chez lui à Kiryat Arba, près de Hébron, en Cisjordanie, le 11 septembre 2016 (Hadas Parush / Flash90).

Vendredi, la Dixième chaîne a publié une autre lettre adressée à Rabin en 1994 par le chef des implantations Aharon Domb, informant le Premier ministre qu’il s’aliénait la plupart des Israéliens de droite et l’avertissant que, si sa politique ne changeait pas, il assumerait « indirectement la responsabilité » d’un assassinat politique.

« Pour beaucoup d’entre eux [à droite], cette aliénation mène au désespoir et le désespoir peut mener à des actes extrêmes, qui pourraient ébranler les fondements d’Israël », écrivait Domb à l’époque.

Rabin a été tué par balle par le militant d’extrême droite Yigal Amir le 4 novembre 1995, lors d’un rassemblement pour la paix à Tel Aviv, un an après la signature des accords de paix d’Oslo avec les Palestiniens.

Rassemblement commémorant les 23 ans de l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin sur la place Rabin à Tel Aviv le 3 novembre 2018 (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

La gauche israélienne a accusé les dirigeants de droite et les résidents des implantations d’avoir incité à la violence contre Rabin et d’avoir inspiré Amir en organisant des rassemblements au cours desquels des manifestants ont qualifié le Premier ministre de « traître », « d’assassin » et de « nazi » car il avait signé l’accord de paix.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui était chef de l’opposition au moment du meurtre de Rabin, a été accusé d’avoir ignoré les discours incendiaires qui ont conduit à l’assassinat.

Samedi, des dizaines de milliers d’Israéliens ont envahi la place Rabin à Tel Aviv pour le 23e anniversaire de l’assassinat du Premier ministre.

Les dirigeants politiques de la gauche et du centre ont critiqué le recours systématique par le gouvernement Netanyahu à « l’incitation à la haine » et à la « diffamation », ainsi que sa chasse aux rivaux politiques pour marquer des points politiques, au prix de la division au sein du pays.

La dirigeante du parti de gauche Meretz, Tamar Zandberg, a qualifié le meurtre de Rabin de « meurtre politique le plus réussi de l’histoire » dans son discours prononcé samedi soir lors de la cérémonie commémorative.

La chef de l’opposition, Tzipi Livni, a déclaré à la foule que « l’histoire se répète », Netanyahu attisant les flammes de la haine contre la gauche.

Tzachi Hanegbi, ministre de la Coopération régionale, prend la parole lors d’un rassemblement commémorant les 23 ans de l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, sur la place Rabin de Tel Aviv le 3 novembre 2018. (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

Après une pause de plusieurs années, un haut responsable de la droite a également pris la parole lors du rassemblement – le ministre Tzachi Hanegbi du Likud. Hanegbi, que beaucoup à gauche considèrent comme complice de l’incitation anti-Rabin, a été sifflé tout au long de son discours. Beaucoup dans la foule l’ont exhorté à « quitter la scène » et à « présenter ses excuses ».

Dimanche, les députés de droite ont riposté à la gauche à la suite du rassemblement commémoratif qui a été vivement critiqué pour s’être transformé en rassemblement politique.

Naftali Bennett, dirigeant du parti HaBayit HaYehudi, a qualifié la commémoration de « manifestation honteuse de gauche », ajoutant que « ce n’est pas la droite qui a assassiné Rabin, mais Yigal Amir ».

Le président de la Knesset et député du Likud, Yuli Edelstein, a déclaré à la radio de l’armée que le meurtre de Rabin n’avait pas eu d’impact politique sur Israël, et a défendu les manifestations anti-Rabin des années 1990. Il a déclaré que les rassemblements « n’ont jamais été le théâtre d’aucune incitation ou violence. Je n’ai aucune excuses à présenter ».

Domb, dans sa réaction suite à la publication de sa lettre à Rabin de 1994, a également nié que l’incitation de la droite contre Rabin et la gauche était responsable du meurtre.

Il a déclaré à la radio de l’armée que sa lettre à Rabin ne constituait pas une menace et qu’il ne faisait que « rendre compte de l’atmosphère très tendue » au Premier ministre à l’époque.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...