Barkat : Israël est trop « clément » avec les émeutiers palestiniens
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Interview

Barkat : Israël est trop « clément » avec les émeutiers palestiniens

Le maire de Jérusalem déclare la « guerre » contre les lanceurs de pierres et des bombes incendiaires dans la capitale

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le maire de Jérusalem, Nir Barkat, au sommet du musée de la Tour de David, le 14 avril 2015 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Le maire de Jérusalem, Nir Barkat, au sommet du musée de la Tour de David, le 14 avril 2015 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le maire de Jérusalem, Nir Barkat, a déclaré la « guerre » contre les jeunes palestiniens qui lancent des bombes incendiaires et des pierres dans la capitale, affirmant que la police doit utiliser des balles réelles si l’on veut contrer l’escalade des attaques contre les forces de l’ordre et contre les civils juifs.

Dans un entretien téléphonique mercredi avec le Times of Israel, Barkat, qui dirige la capitale depuis 2008, a insisté sur le fait qu’une telle violence était « inacceptable nulle part ailleurs dans le monde » et qu’Israël a été trop « clément ».

Les jeunes de certains quartiers arabes de Jérusalem jettent régulièrement des cocktails Molotov, des pierres, des pétards et des bouteilles en verre remplies de peinture sur les habitants, et dans certains quartiers cela arrive de manière quotidienne.

Les troubles récents sur le mont du Temple, cependant, ont provoqué une flambée de ces attaques, entraînant la mort d’un résident de Jérusalem plus tôt cette semaine. La voiture d’Alexander Levlovitch a été bombardée de pierres sur le chemin du retour d’un dîner de Rosh Hashana.

Après la mort de Levlovitch, le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, a promis de renforcer la lutte contre ces actes, appelant à des peines minimales plus sévères et à un changement dans les protocoles pour l’usage du feu, ce qui permettrait à la police de tirer plus facilement sur les potentiels lanceurs de pierres.

La scène de l'accident le 13 Septembre 2015 résultant d'une attaque de jets de pierres à Talpiot-Est, à Jérusalem dans lequel Alexandre Levlovitz, 64 ans, a été tué (Crédit : Arik Abulof / Jérusalem Services d'incendie et de secours / Autorisation)
La scène de l’accident le 13 Septembre 2015 résultant d’une attaque de jets de pierres à Talpiot-Est, à Jérusalem dans lequel Alexandre Levlovitz, 64 ans, a été tué (Crédit : Arik Abulof / Jérusalem Services d’incendie et de secours / Autorisation)

Pendant l’entretien, Barkat a présenté les difficultés actuelles auxquelles font face les forces de l’ordre dans la lutte contre cette menace et ce qui doit être fait pour les surmonter.

« C’est une lutte contre l’incitation à la haine, contre les mensonges », a-t-il précisé.

Pour lutter contre ce phénomène, a-t-il poursuivi, « la punition doit être durcie de façon spectaculaire » de sorte que les jeunes gens qui jettent des cocktails Molotov savent qu’ils vont « payer un lourd tribut ».

Le quartier d’Armon Hanatziv de la capitale, où Levlovitch a été tué, a été l’objet d’attaques nocturnes quotidiennes pendant l’année qui s’est écoulée.

La semaine dernière, la municipalité a dû distribuer des extincteurs aux résidents dont les maisons et les jardins sont ciblés par les cocktails Molotov.

Malgré les caméras de surveillance supplémentaires et une présence accrue de la police dans le quartier, la violence a continué. Il y a aussi une enquête de police sur les attaques nocturnes, a ajouté le maire sur ce sujet.

Il a refusé de discuter des détails de l’enquête en cours mais semblait confiant sur le fait que les attaques prendrait bientôt fin.

« L’enquête bat son plein », a-t-il dit. « Et je suis à 100 % convaincu que tous les responsables seront attrapés et paieront le prix ».

Le fardeau de la preuve

Bien que le maire de Jérusalem a salué la démocratie israélienne et que le système juridique est associé à une démocratie, il a expliqué que le système permet parfois au coupable de s’en sortir.

« Tout au long de ces dernières années, même lorsque la police attrapait les adolescents jetant des pierres, ils étaient très, très rapidement libérés par les tribunaux », a déploré Barkat. « Et donc ils ont pris confiance ».

Et c’est une plainte commune chez les résidents de Jérusalem, qui prétendent voir les mêmes adolescents en train de jeter des bombes incendiaires, se faire arrêter, être libérés et revenir quelques jours plus tard pour les attaquer à nouveau.

Des jeunes arabes jetant des pierres sur des forces de sécurité israéliennes lors d'affrontements à Jérusalem-Est. (Crédit : Kobi Gideon / Flash90)
Des jeunes arabes jetant des pierres sur des forces de sécurité israéliennes lors d’affrontements à Jérusalem-Est. (Crédit : Kobi Gideon / Flash90)

C’est le coût de la vie dans une démocratie, où les tribunaux ont placé le fardeau de la preuve sur les forces de l’ordre, a expliqué le maire.

« Que cela nous plaise ou non, nous respectons nos tribunaux », a déclaré Barkat. « Il est très clair que nous devrions investir davantage dans la collecte des preuves ».

Pour ce faire, Barkat a proposé d’augmenter « les investissements sur le terrain » sous la forme de nouvelles caméras de sécurité et de logiciels de suivi plus avancés pour fournir des informations supplémentaires qui feraient que les charges tiennent contre des lanceurs de pierres.

« Nous discutons d’un autre déploiement de la police qui serait plus réactif et qui utiliserait de la force contre des lanceurs de pierres et de cocktails Molotov », a-t-il dit, mais a refusé de détailler exactement à quoi le déploiement pourrait ressembler.

« La police devra être considérablement plus agressive » afin de stopper la menace, a poursuivi Barkat. Les gens qui jettent des bombes incendiaires et des pierres ont besoin de savoir que s’ « ils ont mis la vie d’autres personnes en danger, ils mettent aussi la leur en danger », a-t-il ajouté.

« Que feraient-ils ? »

Il a insisté sur le fait que les mesures proposées, même si c’est un changement pour Israël, ne seraient pas si différentes des réponses apportées par d’autres villes.

« A Londres, à New York, si quelqu’un vient avec une pierre géante et qu’il la jette sur un agent de police ou contre des personnes innocentes, que feraient-ils ? », s’est interrogé Barkat.

« Quels sont les ordres sur l’usage du feu pour la police de New York, de Londres, quand quelqu’un essaie de jeter une pierre ou même de tirer sur une voiture de police ? », a-t-il demandé.

Ils leurs tirent dessus, a-t-il déclaré. « Nous devons faire la même chose ici ».

Le problème, Barkat a poursuivi est que « la nation d’Israël est miséricordieuse, avec un grand cœur ».

Mais maintenant, a estimé le maire, la police a besoin d’être plus dure : « Au lieu de permettre à quelqu’un de blesser un policier ou un civil innocent – parce que nous savons que les pierres peuvent tuer – nous avons besoin de neutraliser cette personne sur place.

« Et ils ont besoin de savoir que quand ils se font prendre, ils seront en prison pour de nombreuses années et paieront de lourdes amendes », a-t-il dit.

Malgré son discours musclé et des appels à prendre des mesures plus sévères contre les lanceurs de pierres, le maire n’a pas tardé à rejeter l’idée que les quartiers et les villes environnantes de Jérusalem arabes étaient à blâmer pour les attaques. Au lieu de cela, il a placé la responsabilité de ces violences sur une petite minorité violente dans ces quartiers.

« Ce ne sont pas les villages arabes », a-t-il dit. « Ce sont les gangs. Ce sont les jeunes des gangs qui utilisent la violence de façon terrible ».

Ces adolescents, a expliqué le maire, « ne comprennent pas la gravité de ce qu’ils font. Alors vous avez besoin de l’expliquer d’une manière plus dure ».

« D’autre part, a poursuivi le maire, nous augmentons nos investissements dans l’éducation, nous avons une journée scolaire plus longue pour donner une alternative à nos élèves dans la partie orientale de la ville ».

La police des frontières israélienne fermant l'entrée de la ville arabe de Sur Baher, près du lieu de l'attaque meurtrière contre Alexander Levlovitch, le 16 septembre 2015 (Crédit : Hadas Parush / FLASH90)
La police des frontières israélienne fermant l’entrée de la ville arabe de Sur Baher, près du lieu de l’attaque meurtrière contre Alexander Levlovitch, le 16 septembre 2015 (Crédit : Hadas Parush / FLASH90)

La police a recouru à sa nouvelle « manière dure » mercredi soir, en tirant sur un potentiel lanceur de bombes incendiaires et en arrêtant huit suspects à Jérusalem – six d’entre eux étaient des mineurs – pour avoir troublé la paix, selon un responsable de la police.

La police a également mis en place des barrages routiers dans les villages arabes qui entourent la ville, y compris Jabel Mukaber et Sur Baher. Le Centre juridique, Adalah, qui conseille les Arabes israéliens et les Palestiniens, a dénoncé cette mesure qu’il qualifie de « punition collective arbitraire ».

Le maire de Jérusalem a, cependant, réitéré la nécessité d’intensifier les mesures pour faire cesser la violence.

« Nous rentrons dans une guerre contre des lanceurs de pierres. Une guerre », a asséné Barkat. « C’est inacceptable dans toute autre partie du monde, et cela ne sera pas accepté ici non plus ».

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