Il y a une chose qui peut rassurer le Premier ministre Benjamin Netanyahu quant à ses relations avec l’administration américaine – il n’est pas le seul dirigeant du Moyen-Orient qui essaie de comprendre le président américain Barack Obama.

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a également été perdu ces dernières semaines sur la conduite presque surréaliste de l’administration américaine vis-à-vis du Caire.

On a demandé lundi à al-Sissi ce que lui et les autres alliés arabes pensaient du leadership américain dans la région. Il est difficile de reproduire sa réponse textuellement, principalement en raison de son silence prolongé.

« Difficile question », a-t-il dit après quelques instants, tandis que son langage corporel exprimait le mépris et le dégoût.

« La suspension de la fourniture d’équipement et des armes en provenance des États-Unis est un indicateur pour le public que les États-Unis ne se tiennent pas aux côtés des Egyptiens. »

Il s’avère que, bien que l’administration américaine ait récemment accepté de fournir à l’armée de l’air égyptienne des hélicoptères d’attaque Apache, il est de plus en plus difficile pour Le Caire d’effectuer des achats militaires supplémentaires.

Par exemple, les États-Unis retardent l’envoi de chars, de pièces de rechange et d’autres armes dont l’armée a désespérément besoin dans sa guerre contre l’État islamique.

L’Egypte est actuellement confrontée à des groupes extrémistes sur deux fronts : dans la péninsule du Sinaï, où les militants d’Ansar Bayt al-Maqdess ont juré allégeance à l’EI, et à l’Ouest, en Libye, où des djihadistes ayant prêté serment au groupe ont établi d’importantes bases militaires, s’emparant de territoires dans le pays tout en envoyant simultanément des terroristes en Egypte.

L’exécution en masse de 21 Coptes égyptiens, qui étaient en Libye à la recherche d’un emploi, ont conduit Sissi à autoriser une attaque aérienne égyptienne contre des cibles de l’État islamique en Libye.

Pourtant, précisément en ces jours difficiles pour les Egyptiens, Washington retarde les livraisons d’assistance militaire au Caire, alors même que la Maison Blanche et le Département d’Etat encouragent la guerre contre le groupe islamique, et vont jusqu’à faire allusion à des plans de coopération avec l’Iran contre l’organisation.

Pourquoi ? Selon un responsable égyptien, l’explication officielle est que le Caire ne respecte pas les droits de l’homme. C’est possible. Mais les Egyptiens ne parviennent pas à comprendre comment les Américains établissent leur priorités : les Frères musulmans étaient-ils plus respectueux des droits de l’homme ? Ou le régime iranien ? Ou l’État islamique et ses amis ?

Pourquoi l’Egypte, qui est devenu un acteur essentiel dans la guerre contre l’extrémisme islamique et de l’expansionnisme de l’Etat islamique, est-elle punie par les Américains ?

La situation dans le Sinaï

Mercredi matin, une attaque terroriste a été menée pour la énième fois contre les forces de sécurité égyptiennes dans la péninsule du Sinaï. Un autre officier égyptien a été tué dans la ville frontalière de Rafah au Nord du Sinaï.

Deux soldats égyptiens ont été tués mardi dans un attentat suicide à El-Arish, et pendant un moment il semblait que les groupes terroristes actifs dans le Sinaï prenaient le dessus sur les forces de sécurité égyptiennes.

Ce n’est cependant pas le cas. La grande majorité des attaques jours sont menées dans la pointe Nord-Est de la péninsule, près de la frontière avec Gaza. Dans le reste du Sinaï, il y a rarement des incidents sécuritaires.

Le mois dernier, l’armée égyptienne a tué des dizaines de terroristes dans le Sinaï, surtout dans les zones d’El-Arish et de Rafah. Des unités d’élite de l’armée, l’armée de l’air et des drones, font partie des 14 bataillons actuellement actifs dans la région.

La zone des attaques et la proximité de la frontière soulèvent une forte suspicion en Egypte : les terroristes du Sinaï reçoivent une aide importante depuis la bande de Gaza. C’est en substance la source de l’hostilité flagrante entre le Hamas et l’administration égyptienne.

Un soldat égyptien en faction à l'aéroport militaire d'al-Maza, où sont rapatriés les corps des membres des forces de sécurité, qui ont été tués  la veille dans une attaque  dans la province Nord du Sinaï, le 30 janvier 2015  (Crédit photo: AFP / Mohamed el-Shahed)

Un soldat égyptien en faction à l’aéroport militaire d’Al-Maza, où sont rapatriés les corps des membres des forces de sécurité, qui ont été tués la veille dans une attaque dans la province Nord du Sinaï, le 30 janvier 2015 (Crédit photo: AFP / Mohamed el-Shahed).

L’attitude de l’Egypte envers le Hamas ces derniers jours est bien pire que la position d’Israël envers l’organisation terroriste.

Le Caire a suivi de près les rapports publiés dans le Times of Israel il y a quelques jours sur les différentes offres de cessez-le-feu de long terme transmises par des intermédiaires occidentaux, et l’attitude indulgente d’Israël envers le Hamas est mal perçue et même raillée.

Les Egyptiens ne parviennent pas à comprendre pourquoi Israël, qui a été tant de fois bombardé par le Hamas et qui continue à se préparer à la prochaine guerre, insiste sur le maintien du régime du Hamas à Gaza.

L’indignation égyptienne contre le Hamas découle de plusieurs facteurs.

Premièrement, ce n’est pas un secret : les terroristes dans le Sinaï reçoivent des armes de Gaza et s’y entraînent.

La campagne constante pour détruire des tunnels reliant la bande de Gaza et le Sinaï continue, bien que les services de renseignement égyptiens soient conscients que les combattants du Hamas redoublent d’efforts pour reconstruire les souterrains. Les islamistes utilisent même des tunnels partiellement détruits pour en creuser des nouveaux. Pendant tout ce temps, la contrebande maritime continue.

Le Times of Israel a eu accès à la liste des exigences égyptiennes présentées au Hamas comme condition pour le dégel des relations :

1. L’extradition en Egypte des suspects de terrorisme du Sinaï actuellement à Gaza. Une personnalité bien en vue sur la liste est Shadi el-Menei, un Egyptien qui a fui vers Gaza après avoir été impliqué dans les attaques terroristes au Sinaï.

2. La fermeture des tunnels de contrebande.

3. La fin de la formation et de l’armement des terroristes.

Aucune de ces exigences n’a été remplie par le Hamas jusqu’à présent.

Les communications entre le Hamas et le Caire ont été considérablement réduites récemment. L’Egypte, qui a récemment déclaré le Hamas hors-la-loi, maintient des canaux de communication avec les dirigeants modérés du mouvement Moussa Abu Marzuk et Ismail Haniyeh, avec lesquels il est encore possible de parler. Mais la communication avec l’aile militaire et les autres responsables de l’organisation a été rompue.

L’ancien ministre de l’Intérieur du Hamas, Fathi Hamad, est constamment mentionné négativement par les responsables égyptiens. Ils soupçonnent Hamad d’agir sous le radar des dirigeants plus modérés du Hamas, et de monter une milice paramilitaire secrète, fonctionnant indépendamment de la direction politique.

Le poste frontière de Rafah entre Gaza et le Sinaï a été récemment actif, et des centaines de Palestiniens se sont rendus en Egypte et sont revenus.

Ce mouvement pourrait être à tort interprété comme une tentative par l’Egypte de se rapprocher de Hamas. Mais le passage ne devrait pas rester ouvert en permanence, au moins pas pour l’instant.

Les conditions égyptiennes n’ont pas changé : Le poste frontière n’ouvrira que lorsque le chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas y mettra ses forces de sécurité, sans la présence du Hamas.

Le Caire refuse catégoriquement la demande du Hamas d’y placer ses forces.