Les chanteurs de renommée mondiale et militants politiques brésiliens, Gilberto Gil et Caetano Veloso ont pris position contre le mouvement boycott, désinvestissement et sanctions à Tel Aviv lundi.

« Nous avons été confrontés à des pressions pour que nous ne venions pas en Israël et pour que nous annulions le concert que nous allons faire demain, mais nous avons décidé de ne pas annuler parce que nous préférons parler, ouvrir le dialogue », a déclaré Veloso.

« Je suis allé en Israël à plusieurs reprises avant cela et j’ai toujours aimé cet endroit, mais je sais que la situation est lourde, c’est difficile ».

Veloso et Gil ont donné un concert mardi soir à Tel-Aviv. L’événement de lundi, parrainé par le New Israel Fund, a également mis en vedette des artistes et des militants israéliens et palestiniens. Leur message était clair : plus de dialogue, et non moins, devrait être la voie à suivre.

« Il est légitime de boycotter ou appeler au boycott. C’est de la démocratie. Mais nous pensons que la réponse consiste à parler avec le peuple israélien, les dirigeants israéliens, et à essayer de les persuader que c’est bon pour Israël », a déclaré Rachel Liel, la directrice exécutif du New Israel Fund. « Laissez la société civile s’épanouir, laissez le débat avoir lieu ».

Gil et Caetano sont connus pour leur activisme contre la dictature militaire brésilienne dans les années 1960 et au début des années 1970. Les amis et collaborateurs de longue date ont tous deux été emprisonnés et exilés tard du Brésil en raison de leurs activités politiques et de leur musique.

Le partisan du mouvement BDS, Roger Waters, a demandé aux deux artistes d’annuler leur spectacle en Israël. Ils ont refusé, en expliquant qu’ils sont en désaccord avec le gouvernement israélien mais qu’ils accueillaient cette chance de se produire en Israël, de se renseigner sur la situation, et de partager leur point de vue avec enthousiasme.

Ils ont visité le village palestinien de Susya lors de leur séjour et ont rencontré des Palestiniens dans la région. Le gouvernement israélien a menacé de démolir le village, en expliquant qu’il avait été construit sans autorisation.

« Nous avons toujours dit depuis que nous sommes arrivés ici, nous sommes ici pour chanter, nous sommes venus ici pour chanter et partager aussi nos vues et nos pensées », a déclaré Gil.

« Notre plaisir d’être ici se fait sentir en ayant tout ce qu’il y a d’intéressant et de beau et d’amusant qu’Israël peut offrir, mais aussi la douleur, les doutes, les luttes ».

Le chanteur et le militant de la paix israélien David Broza a cité Gil et Caetano comme étant une source d’inspiration.

Les artistes ne doivent protester ou faire de la politique, a affirmé Broza, mais devraient se prononcer s’ils ressentent l’envie de le faire, comme Caetano et Gil l’ont fait en venant en Israël et en visitant Susya, a précisé Broza.

Broza a également abordé la question du mouvement BDS lors de la conférence de presse, en disant que c’est une tentative pour changer la situation, mais que c’est une erreur.

« Nous n’aurions jamais rempli une salle comme celle-ci si nous nous étions boycottés l’un et l’autre. C’est une chose de critiquer, c’est une chose de manifester pour le changement, mais nous devons parler », a déclaré Broza.

David Broza chantant le blues du BDS (Crédit: Luc Tress / Times of Israël)

David Broza chantant le blues du BDS (Crédit: Luc Tress / Times of Israël)

Les militants palestiniens présents lors de l’événement ont également vu le dialogue comme la meilleure façon de faire changer les choses.

Mira Awad, une chanteuse et actrice israélo-palestinien, a fait un discours en faveur de la coopération et pour utiliser la musique pour connecter les gens des deux côtés du conflit. Awad et Broza, qui sont des amis et des collaborateurs de longue date, ont chanté ensemble.

Le militant de la paix palestinienne, Wajee Tumaizee, Parents Circle Families Forum a parlé de son expérience personnelle du conflit.

L’organisation représente les familles israéliennes et palestiniennes qui ont perdu un proche parent à la violence entre les deux parties. Tumaizee a perdu un frère en 1991, et deux de ses neveux ont été tués par des résidents d’implantations en 2001. Il a aussi perdu son frère, dit-il, mais il n’a pas perdu la tête.

« Peut-être que nous pouvons construire un pont sur la vallée de sang qui se tient entre les deux peuples, israélien et palestiniens », a déclaré Tumaizee. « Peut-être que nos fils ou nos petits-fils pourront traverser ce pont ».

Gil et Caetano ont donné leur concert à l’arène Menora Mivtachim de Tel-Aviv mardi soir.