LONDRES – La communauté pro-israélienne de Grande-Bretagne suit avec préoccupation la course à la direction du Parti travailliste après que le plus grand syndicat du pays, Unite, ait pesé de tout son poids derrière le parlementaire de l’aile gauche Jeremy Corbyn, qui soutient ouvertement le Hamas et le Hezbollah.

La candidature de Corbyn, député depuis 1983 de la circonscription de North Islington à Londres, dans la course au leadership, qui devrait s’achever par un vote en septembre, a constitué une surprise de dernière minute.

Corbyn a été poussé à se présenter par des députés travaillistes qui sont peu susceptibles de voter en sa faveur, mais qui ont estimé que le débat devrait être élargi.

Mais une différence de taille entre Corbyn et les autres candidats – l’ancien secrétaire à la Santé Andy Burnham, la ministre de l’Interieur dans le cabinet fantôme Yvette Cooper (épouse du chancelier évincé de l’Échiquier dans le cabinet fantôme Ed Balls, qui a perdu son siège aux élections de mai), et la ministre des Affaires sociales dans le cabinet fantôme, Liz Kendall – a été révélée.

Les commentateurs disent qu’en ce qui concerne Israël, Burnham est le candidat le plus proche de l’ancien dirigeant du Parti travailliste Ed Miliband, qui a mené le parti à une lourde défaite inattendue face aux conservateurs au pouvoir du Premier ministre David Cameron lors des élections de mai dernier.

Le leader du Parti travailliste Ed Miliband parle lors d'une conférence de presse au centre de Londres, le 8 mai 2015, un jour après que son parti ait été battu lors de l'élection générale britannique  (Photo: Justin Tallis / AFP)

Le leader du Parti travailliste Ed Miliband parle lors d’une conférence de presse au centre de Londres, le 8 mai 2015, un jour après que son parti ait été battu lors de l’élection générale britannique (Photo: Justin Tallis / AFP)

Pas très intéressé par la politique étrangère, Burnham aurait quelque sympathie pour les Palestiniens, mais s’oppose au boycott.

Des travaillistes amis d’Israël tels que les députés Michael Dugher et Luciana Berger ont soutenu sa candidature, bien qu’en mars, après les élections israéliennes, Burnham a tweeté que la réélection de Benjamin Netanyahu, signifiait que « la Palestine aura besoin davantage de soutien international. »

Cooper et Kendall sont considérés légèrement plus pro-israéliens, surtout Cooper, qui « comprendrait » les inquiétudes de la communauté juive.

Les Britanniques ont jusqu’au 12 août pour adhérer au Parti travailliste, pour la modique somme de 3 livres sterling, s’il veulent voter.

Les bulletins de vote vont leur parvenir le 14 août et doivent être retournés avant le 10 septembre. Le nom du nouveau leader travailliste ainsi que celui du futur candidat du parti pour la mairie de Londres (il y a six candidats à ce poste) seront annoncés le 11 septembre.

Le directeur du lobby ‘We Believe in Israel’ [nous croyons en Israël], Luke Akehurst, est un militant du Parti travailliste et du syndicat Unite.

Il a écrit cette semaine dans le site politique Labour List que « comme démocrate, je veux que les adhérents aient Jeremy [Corbyn] sur le bulletin de vote comme possibilité. Comme quelqu’un qui veut que les travaillistes arrivent au pouvoir, je ne veux certainement pas que ce soit le choix qu’ils fassent ».

Il est peu probable que Corbyn emporte la course à la direction, mais il peut bien arriver second, et il est susceptible de faire un bon score au premier tour de scrutin.

Les nouvelles règles exigent que le gagnant obtienne 50 % des voix après les désistements.

Les électeurs proviennent de l’une des trois catégories : Les 221 000 adhérents officiels du parti ; une nouvelle catégorie de partisans enregistrés – dont le nombre est inconnu, mais probablement autour de 10 000 ; et une troisième nouvelle catégorie de partisans affiliés – les membres des organisations affiliées (principalement des syndicats) qui signent explicitement comme étant des partisans affiliés du parti.

Mais Akehurst a condamné les positions « anti-américaines, anti-nucléaires sur la politique étrangère et la défense » de Corbyn et le fait que son engagement en faveur de « l’austérité, la Grèce, Cuba, le Venezuela et la Palestine » représente à peine le point de vue des 1,4 million de membres de Unite. Selon lui Corbyn, represente « un type de marxisme impossibiliste. »

Même le secrétaire général très à gauche de Unite, Len McCluskey, a fait campagne pour un soutien à Andy Burnham, mais a perdu par 34 voix contre 13.

La position de McCluskey sur Israël et les Palestiniens est en fait proche de celle de Corbyn, et selon Steve Scott, de l’association des syndicalistes amis d’Israël (TUFI), McCluskey a aidé le mouvement BDS au sein du syndicat Unite.

Le president de Unite, Andrew Murray, est l’ancien président de la Stop the War Coalition férocement anti-israélienne, un poste désormais détenu par Corby. Murray penserait que la Histadrout n’est « pas un syndicat approprié », selon TUFI.

Le secrétaire général très à gauche de Unite, Len McCluskey, a fait campagne pour un soutien à Andy Burnham (Photo: Autorisation)

Le secrétaire général très à gauche de Unite, Len McCluskey, a fait campagne pour un soutien à Andy Burnham (Photo: Autorisation)

Le second syndicat en taille, Unison, représente principalement les travailleurs des collectivités locales. Il a encouragé ses membres à se retirer de régimes de retraite de l’administration locale où des fonds sont investis en Israël. Jusqu’à présent, il n’a pas annoncé de soutien pour l’un des quatre candidats travaillistes.

Les quatre candidats ont accepté de participer le 20 juillet à un débat électoral au centre communautaire juif de Londres, JW3, où il y aura probablement quelques questions embarrassantes pour Jeremy Corbyn.

Dans un billet dans le blog politique « Left Foot Forward », le professeur Alan Johnson, qui travaille pour Bicom, le groupe de défense pro-israélien, a disséqué en juin le soutien de Corbyn au Hamas et au Hezbollah.

« Vous n’aurez pas mon vote. Vous ne l’aurez pas parce que les meilleures traditions travaillistes comprennent également l’antifascisme et l’internationalisme alors que votre soutien – pour moi, inexplicable et honteux – en faveur des forces fascistes et antisémites du Hezbollah et du Hamas va à l’encontre de ces traditions. En particulier, votre soutien tonitruant au vicieux islamiste antisémite Raed Salah« , a écrit Johnson.

«Ce sera mon plaisir et mon honneur d’accueillir un événement au Parlement où nos amis du Hezbollah prendront la parole. J’ai également invité nos amis du Hamas à venir et à prendre la parole »

Corbyn a déclaré dans un discours en 2009 en tant que patron de la campagne pour la solidarité avec la Palestine, « Ce sera mon plaisir et mon honneur d’accueillir un événement au Parlement où nos amis du Hezbollah prendront la parole. J’ai également invité nos amis du Hamas à venir et à prendre la parole … De mon point de vue, c’est exactement le rôle des installations parlementaires ».

Dave Rich de la Community Security Trust, faisant écho à Johnson, a écrit la semaine dernière sur le blog de la CST que « le soutien de Corbyn à des extrémistes avec un historique de déclarations ou d’activités antisémites est considérable. »

Le mois prochain, a noté Rich, Corbyn doit prendre la parole lors d’une conférence organisée par le lobby islamiste, Middle East Monitor [MEMO] sur le thème « Palestine et Amérique latine : Construire la solidarité pour les droits nationaux ».

Parmi les autres orateurs on note Andrew Murray du syndicat Unite et l’universitaire israélien anti-sioniste, le professeur Ilan Pappe, qui dirige l’European Centre for Palestine Studies [Centre européen des études palestiniennes] à l’Université d’Exeter.

« Je ne sais pas ce que Corbyn a prévu de dire à la conférence de MEMO. Je ne pense pas qu’il dise quoi que ce soit d’antisémite – il le fait rarement, voire jamais. Mais je sais qu’un leader potentiel du Parti travailliste ne doit pas être associé à MEMO, ou avec certains autres intervenants à cette conférence, et que Corbyn fait ce genre de choses trop souvent », a dit Rich.

MEMO, a ajouté Rich, avait à plusieurs reprises colporté des théories de complot et des mythes sur « les Juifs, les sionistes, l’argent et le pouvoir ». Il a notamment remis en cause la pertinence de la nomination de Matthew Gould au poste d’ambassadeur britannique en Israël tout simplement parce qu’il était juif ».

Steve Scott des syndicalistes amis d'Israël (Photo: Autorisation)

Steve Scott des syndicalistes amis d’Israël (Photo: Autorisation)

Corbyn a visité Israël et la Cisjordanie avec une délégation de MEMO en 2010 et c’était MEMO qui a fait venir Raed Salah, par la suite reconnu coupable d’incitation à l’émeute et d’incitation à l’antisémitisme, au Royaume-Uni – une visite défendue par Corbyn.

« Le problème n’est que pas Corbyn soit un antisémite ou un négationniste – il n’est ni l’un ni l’autre. Le problème est qu’il semble graviter autour de gens qui le sont, pour peu qu’ils viennent avec sur eux un autocollant anti-israélien. Il n’est pas le seul. Corbyn et ses partisans pourraient bien rejeter cela comme un effort cynique pour détourner leurs critiques d’Israël, mais ils auraient tort de le faire», a écrit Rich.

« L’antisémitisme est un problème grave et l’antisémitisme islamiste peut être mortel. Les craintes des Juifs sur cette question sont sincères et urgentes. L’antisémitisme n’est pas quelque chose qui peut être excusé ou ignoré par les politiciens dans la poursuite d’un quelconque objectif politique prétendument plus élevé », a déclaré Rich.

Dans sa lettre ouverte à Corbyn dans le Left Foot Forward, Johnson a écrit : « Je ne comprends pas comment vous pouvez soutenir de manière irréfléchie ces forces politiques qui s’opposent jusqu’à leur dernier souffle à tout – littéralement tout – ce que le mouvement travailliste a toujours défendu : les droits syndicaux, la liberté d’expression et d’organisation, l’égalité des femmes, des gays et des lesbiennes, l’anti-racisme, les lumières et la raison. »

Le rédacteur en chef de Left Foot Forward, James Bloodworth, a déclaré : « Est-ce qu’il [Corbyn] s’imagine que les groupes terroristes antisémitiques comme le Hamas et le Hezbollah se soucient d’un iota des droits des femmes, des homosexuels et des Juifs ? » Corbyn a recusé les demandes répétées de ses critiques pour discuter de ses opinions.

Le commentateur Nick Cohen, a écrit dans The Daily Beast:

« Si Corbyn avait justifié des néo-nazis avec des opinions quasi identiques à celles de Raed Salah, ou une sorte de milice du type Ku Klux Klan qui marchait au pas de l’oie comme le Hezbollah, la gauche l’aurait l’excommunié. Actuellement, en Grande-Bretagne, en Europe et dans une certaine mesure aux États-Unis aussi, vous pouvez être un homme de gauche admiré en fréquentant toute organisation vile et meurtrière ».