Israël s’inquiète d’un éventuel rapprochement entre les Etats-Unis et l’Iran à propos de l’Irak qui pourrait se traduire par un allègement des pressions sur Téhéran sur le nucléaire, a indiqué jeudi la radio militaire.

« Si Washington a besoin de l’aide de Téhéran pour régler la crise en Irak, les Etats-Unis vont être obligés de se montrer plus souples dans les négociations en cours sur le nucléaire iranien », a affirmé la correspondante politique de la radio en citant des « hauts responsables » israéliens.

Le ministre du Tourisme Uzi Landau a pour sa part déploré à la radio le fait que « l’on se retrouve dans une situation où pour faire face à la menace du djihadisme mondial on compte sur l’Iran et ses alliés comme un rempart ».

Les Etats-Unis sont disposés à parler avec l’Iran de la crise en Irak et envisagent des frappes de drones parmi plusieurs options, a déclaré lundi le secrétaire d’Etat américain John Kerry

L’Iran a posé mercredi la réussite des pourparlers dans le dossier nucléaire comme condition préalable à une éventuelle coopération avec les États-Unis en Irak.

Les discussions 5+1 (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) sur le nucléaire iranien « sont un test de confiance », a déclaré Mohammad Nahavandian, chef de cabinet du président de la République iranienne, invité à une conférence en Norvège.

La négociation d’un accord sur les contours du programme nucléaire iranien s’est accélérée mardi à Vienne, où les parties mettent les bouchées doubles dans l’espoir d’aboutir avant la date-butoir du 20 juillet.

Après dix ans de tensions sur la nature du programme atomique iranien, l’Iran a accepté l’hiver dernier, en échange d’un assouplissement des sanctions internationales contre son économie, de négocier un accord qui pourrait convaincre le reste du monde qu’elle ne cherche pas à s’équiper de la bombe nucléaire

Le secrétaire américain au Trésor Jacob Lew a pour sa part tenté mercredi à Jérusalem de rassurer les responsables israéliens en soulignant que malgré les allègements partiels des sanctions internationales contre Téhéran l’économie iranienne restait « en situation de détresse ».

L’Irak a demandé à Washington de mener des frappes aériennes contre les jihadistes

Le ministre irakien des Affaires étrangères, Hoshyar Zebari, a annoncé mercredi que Bagdad avait « officiellement » demandé aux Etats-Unis de mener des frappes aériennes contre les jihadistes qui mènent une offensive fulgurante en Irak.

« L’Irak a officiellement demandé l’aide de Washington en vertu de l’accord de sécurité (avec les Etats-Unis) pour mener des frappes aériennes contre les groupes terroristes », a déclaré M. Zebari aux journalistes à Jeddah, en Arabie saoudite, après des consultations inter-arabes sur la situation en Irak en marge d’une réunion ministérielle de l’Organisation de la coopération islamique (OCI).

Le président américain Barack Obama évalue depuis la semaine dernière les options militaires et autres à sa disposition pour aider le gouvernement irakien face à l’offensive des combattants jihadistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). Ces options pourraient inclure des frappes aériennes par avions de chasse ou drones, le renforcement de l’aide à Bagdad (formation, renseignement), voire une coopération avec l’Iran.

Lundi, le Pentagone a annoncé l’envoi dans le Golfe du navire américain USS Mesa Verde, avec 550 Marines et des avions-hélicoptères Osprey à son bord, pour pouvoir envoyer des renforts en cas d’évacuation de l’ambassade américaine à Bagdad.

L’EIIL, un groupe ultra-radical sunnite qui opère aussi en Syrie, a défait sans peine la semaine dernière les troupes régulières irakiennes à Mossoul (nord) et pris le contrôle d’une grande partie de sa province Ninive, de Tikrit, et d’autres secteurs des provinces de Salaheddine, Diyala et Kirkouk.

Depuis, les insurgés sunnites avancent vers le sud, mais les forces irakiennes semblent commencer à relever la tête, reprenant le week-end dernier deux villes près de la capitale.

« Bagdad est infranchissable », a assuré mercredi M. Zebari, tout en admettant que « la situation reste très grave ».

« L’option militaire est insuffisante et nous convenons de la nécessité de parvenir à des solutions politiques radicales », a-t-il ajouté, citant notamment « la formation d’un nouveau gouvernement, représentatif de tous, sans distinction ou marginalisation ».

Il adhère ainsi implicitement à des appels lancés en ce sens par certaines monarchies du Golfe, dont l’Arabie saoudite, qui ont dénoncé la politique « d’exclusion » de la minorité sunnite en Irak, dirigé par la majorité chiite.

Mais M. Zebari, qui a été reçu mercredi par le numéro trois du régime saoudien, le prince Moqren Ben Abdel Aziz, a appelé au « soutien des pays arabes et du monde pour contrer l’offensive » de l’EIIL car « le risque d’un demembrement de l’Irak existe ».

« Si l’Irak tombe sous la coupe des groupes terroristes, ni l’Arabie saoudite, ni les (autres) pays du Golfe ne seront à l’abri des agissements maléfiques de ces groupes », a-t-il prévenu.

Le ministre irakien a déploré que Ryad avait réagi pour expliquer l’offensive de l’EIIL par la politique « d’exclusion et confessionnelle » de Bagdad mais « sans évoquer les massacres et l’effusion du sang » commis durant cette offensive.

« La sitution ne peut être abordée sous un seul angle », a-t-il martelé, ajoutant avoir demandé aux dirigeants saoudiens de faire « cesser les campagnes médiatiques d’incitation (…) d’autant que certaines fatwas (de religieux saoudiens) présentent ce qui se passe en Irak comme une révolution ».

« Il y a (effectivement) des souffrances et un sentiment d’exclusion et d’un manque de représentativité des sunnites. Nous avons soutenu et nous continuons à soutenir les revendications (des sunnites), mais cela ne doit pas se faire par des massacres au nom de la défense des intérêts de ces sunnites », a encore dit M. Zebari.