La réponse de l’Autorité palestinienne au projet de loi à la Knesset qui autoriserait la prière juive sur le mont du Temple pourrait aggraver le problème déjà important, à cause d’une mauvaise interprétation du projet de loi, qui peut être perçu comme une tentative de permettre le culte juif à l’intérieur de la mosquée Al-Aqsa.

Depuis sa prise en 1967, les Juifs sont autorisés à visiter le mont du Temple en tant que touristes mais pas à prier sur le site, qui est censé être le lieu des Premier et Second Temples et le lieu le plus sacré dans la tradition juive.

Un nouveau projet de loi rédigé par les membres de la Knesset Miri Regev (Likud) et Hilik Bar (Parti travailliste) permettrait aux Juifs de prier sur le mont en utilisant des objets saints religieux comme un talith (châle de prière) et des téfillines (phylactères) qui sont actuellement interdits.

Le site Ynet News, qui a parlé du projet de loi dimanche, a déclaré qu’il était difficile de savoir quand il sera présenté.

Mais les responsables palestiniens considèrent le projet de loi comme une tentative de changer le statu quo de la mosquée Al-Aqsa – une structure datant du VIIe siècle et considérée comme le troisième site saint de l’islam – et ont mis en garde contre de graves conséquences si une telle loi était votée.

Mohammad Al-Madani, président du Comité palestinien pour l’interaction avec la société israélienne et membre du Comité central du Fatah, a déclaré dans un message envoyé aux journalistes dimanche que toute autorisation d’Israël accordée aux Juifs «de prier dans la mosquée Al-Aqsa ferait cruellement escalader la situation dans la région et pourrait mener à une confrontation féroce, non seulement entre Israël et le peuple palestinien, mais aussi entre Israël et les mondes arabe et islamique ».

« Le peuple palestinien ainsi que les mondes arabe et islamique rejettent vigoureusement toutes les violations israéliennes de la sacralité des lieux saints islamiques et chrétiens », continue le message.

Regev, qui fait pression pour la prière juive au mont du Temple via la commission des affaires internes de la Knesset, qu’elle préside, a souligné que le projet de loi modifie en rien le statu quo à l’intérieur de la mosquée, située sur le périmètre sud de l’esplanade.

« Pourquoi les Juifs ne devraient pas être autorisés à entrer au mont du Temple ? » demande Regev dans une entrevue avec Walla News dimanche.

« Parce que les députés arabo-musulmans prétendent que nous voulons entrer dans Al-Aqsa ? Nous ne voulons pas entrer dans Al-Aqsa. Nous voulons entrer sur le mont du Temple. Nous voulons qu’un Juif puisse être autorisé à y porter des téfillines sans être arrêté ».

Mais cette affirmation n’a pas empêché l’analyste politique palestinien Abdel Raouf Arnaout de signaler que Regev et Bar ont comploté pour diviser les temps de prière à l’intérieur d’Al-Aqsa entre Juifs et Musulmans, comme c’est le cas dans le tombeau des Patriarches de Hébron.

La loi, écrit-il dans quotidien saoudien Al-Watan dimanche, « affirme que la mosquée est sainte pour les Juifs comme elle l’est pour les musulmans, et que les Juifs devraient être autorisés à prier à l’intérieur, comme c’est le cas avec le Tombeau des Patriarches à Hébron en Cisjordanie ».

Des rumeurs de projets des israéliens visant à changer le statu quo d’Al- Aqsa, voire le détruire, ont longtemps été utilisées comme un cri de ralliement par les dirigeants palestiniens et arabes contre Israël.

Lors d’une rencontre avec des étudiants israéliens en février, Abbas a déclaré que les Palestiniens rejettent la souveraineté partagée d’Al-Aqsa.

Dans un entretien avec Al-Watan en 2013, il a mis en garde contre un complot israélien pour détruire Al-Aqsa et construire « le prétendu temple » à sa place.

Fayez Abbas, un porte-parole du président de l’Autorité palestinienne, a nié que le projet de loi avait été déformé par les commentateurs palestiniens comme se référant à la prière juive à l’intérieur de la mosquée plutôt que dans le mont du Temple dans son ensemble.

Il a expliqué que le terme Al-Aqsa est simplement utilisé par les Palestiniens comme un raccourci pour l’ensemble de l’esplanade, connu en arabe sous le nom de « Al-Haram A-Sharif ».

« Cela signifie l’ensemble de l’esplanade », a-t-il affirmé.

En effet, les termes « Al-Aqsa » et « Al-Haram A-Sharif » sont souvent utilisés de façon interchangeable par les Arabes pour désigner le même lieu, a déclaré Lior Lehrs, un chercheur à l’Institut d’études de Jérusalem d’Israël qui a écrit un rapport en 2011 sur la question de Jérusalem dans les négociations israélo-palestiniennes.

Le préambule de l’accord jordano-palestinien pour défendre conjointement Al-Masjid Al-Aqsa, datant de mars 2013, note Lehrs, se réfère à « Al-Masjid Al-Aqsa avec ses 144 dunams [unité de mesure pour mesurer les terres], qui comprennent la mosquée Qibli d’al- Aqsa, la mosquée du Dôme du Rocher et toutes ses mosquées, ses bâtiments, ses murs, ses cours, les zones attachés sur et sous le sol et les propriétés du Waqf à côté d’Al-Masjid Al-Aqsa, à ses environs ou à ses pèlerins ».

« Ils le considèrent comme une seule enceinte et ils ont du mal à voir la séparation », a déclaré Lehrs.

Mais Hillel Frisch, un expert de ​​la politique palestinienne au Centre Begin-Sadate d’études stratégiques de l’université Bar-Ilan, a déclaré que la terminologie palestinienne était beaucoup moins inoffensive.

« Ils font tout pour mobiliser les Palestiniens contre toute présence juive sur le mont du Temple », a-t-il expliqué au Times of Israel. « Utiliser Al-Aqsa est probablement la meilleure façon d’enflammer les passions des Palestiniens ».