C’est une journée chaude et ensoleillée, quelques semaines après le début de l’opération Bordure protectrice. Durant cette période, Israël a vu des milliers de roquettes pleuvoir sur ses villes, du nord au sud.

Dans le centre de Tel Aviv, les piétons habillés élégamment sont un peu las, les motards sont un peu plus agressifs et les commerçants pensent à fermer leurs boutiques un peu plus tôt et rentrer chez eux. De toute façon, personne n’achète grand chose ces derniers jours.

Mais faites un tour dans le hall d’entrée climatisé de l’immeuble le plus huppé de la ville, passez devant les fougères bien entretenues et les canapés en cuir brillant. Entrez dans l’ascenseur qui scintille de mille feux.

Appuyez sur le bouton qui vous mènera à l’appartement-terrasse et laissez-vous guider jusqu’au dernier étage. De là, montez les escaliers et poussez la porte où il est écrit :
« Privé – activité militaire – Ne pas entrer, s’il vous plait ». Vous allez vous retrouvez dans une base militaire la plus inattendue et surtout la plus petite qui soit. L’ambiance y est plutôt décontractée et les militaires, entourés d’une vue sur Tel Aviv à couper le souffle, ne comptent pas décamper.

Ici, avec la mer Méditerranée à leur droite, les tours scintillantes de Ramat Gan à leur gauche et un mélange de blanc partout ailleurs – ainsi qu’une vue sur les bungalows Bauhaus couleur sable qui ont valu à Tel Aviv une place dans la liste des villes pourvues d’une belle architecture, un commandant nommé Shai et son équipe de militaires surveillent le ciel qui surplombe l’artère cosmopolite d’Israël.

Sur tous les toits d’Israël, le Commandement de la Défense passive a mis en place des équipes de soldats – composés de cinq, six, sept soldats tout au plus – armés de casques, de gilets pare-balles et de jumelles sophistiquées pour garder un œil sur les roquettes qui pleuvent sur les villes israéliennes.

L'équipe de Tel-Aviv sur leur toit. (Crédit : Debra Kamin / Times of Israël)

L’équipe de Tel-Aviv sur leur toit. (Crédit : Debra Kamin / Times of Israël)

Cela leur permet d’orienter les équipes de secours dans les pires cas, au cas où le Dôme de fer manquait une roquette et que celle-ci touche le sol. Dès que la sirène retentit, leur mission est d’enfiler leur équipement de protection et de surveiller d’où vient les roquettes et où elles tombent. Cette information est ensuite relayée au Commandement de Défense passive et auc équipes de secours sur le terrain. Cette information permet d’avoir une meilleure coordination entre les ambulances et la police.

« Ne vous laissez pas tromper par le silence et le soleil », explique Shai. « Ces gars étaient en état d’alerte maximum les deux premières semaines de l’opération. Et rappelez-vous, les premières semaines étaient aussi les pires semaines où on a connu un déferlement de roquettes. Il n’y avait quasiment pas de répit, on ne leur donnait même pas de pause pour se laver ».

Dans une guerre où les civils sont devenus la cible et les zones les plus peuplées la première ligne de front, cela a du sens que les soldats s’installent dans les zones résidentielles. Ce qui est plus surprenant, peut-être, c’est de voir à quel point les résidents locaux sont enthousiastes de voir les soldats les envahir.

« Nous avons une liste », raconte Ido, un des soldats du groupe, « de tous les gâteaux que l’on peut trouver ici et on les a tous goûtés. Nous avons reçu des pizzas, des repas de Shabbat. Mais en réalité, ce qui est génial, ce sont les petites attentions qui nous sont adressées ».

L'équipe de Tel-Aviv sur leur toit. (Crédit : Debra Kamin / Times of Israël)

L’équipe de Tel-Aviv sur leur toit. (Crédit : Debra Kamin / Times of Israël)

Les résidents de l’immeuble ont été informés à l’avance que les soldats allaient s’installer sur le toit. Ils ont mis des matelas sur le palier inférieur et ont transformé l’endroit le plus élevé en poste d’observation. Ils savaient que les douches près de la piscine seraient utilisées par les militaires.

Cette piscine se trouve au dernier étage de l’immeuble. De là, on peut avoir une vue panoramique magnifique sur Tel Aviv. Cette vue est juste un peu moins magnifique que celle des soldats. L’équipe explique qu’ils ont tout fait pour éviter de déranger les résidents mais malgré cela, les résidents continuent de frapper à leur porte.

Une femme, Yaffa, envoie un texto tous les vendredis après-midi pour leur donner le menu de Shabbat qu’elle est train de préparer. Elle laisse ensuite une part généreuse – qui pourrait nourrir toute une famille – sur le toit. Ses ordres ? Mangez jusqu’à ce que vous n’en pouviez plus, ne me remerciez pas et surtout je vous défends de faire la vaisselle.

Une autre résidente envoie régulièrement des textos pour savoir si les soldats ont besoin qu’on leur fasse la lessive. Sa machine à laver et son séchoir sont toujours à leur disposition. D’autres leur envoient des pâtisseries, du café et des messages de remerciement.

L'équipe de Tel-Aviv sur leur toit. (Crédit : Debra Kamin / Times of Israël)

L’équipe de Tel-Aviv sur leur toit. (Crédit : Debra Kamin / Times of Israël)

« La relation entre le citoyen ordinaire et cette unité est similaire à la relation entre les civils et les unités du Dôme de fer », décrit Shai. « Les citoyens savent que les soldats sont là pour les protéger. Du coup il y a ce sentiment de vouloir aider : ‘de quoi avez-vous besoin ? Comment pouvons-nous vous aider ? Peut-on vous envoyer une pizza ou des gâteaux ?’ »

Après avoir fait le tour de cette base militaire dans le centre de Tel Aviv, cette journaliste a été emmenée au Commandement de Défense passive pour rendre visite à une autre équipe de surveillance. Celle-ci est stationnée sur le toit d’un immeuble de bureaux près de Petah Tikva.

Là-bas, je suis accueillie par Avi, un commandant joyeux et insouciant dont l’unité n’est composée que d’hommes religieux qui sont réservistes. Cette base étant sur un immeuble de bureaux, les interactions avec les résidents sont plus limitées. Mais cela n’empêche pas les salariés des bureaux de leur envoyer des fruits et du café. Ils leur proposent d’utiliser les installations de cuisine. Ils leurs ont aussi donné les mots de passe pour le Wi-Fi du bureau pour que les soldats puissent lire leurs mails et naviguer sur Internet pendant leur temps libre – s’ils en ont.

« Nous prenons tous du poids », admet Daniel, un des soldats de l’unité. « Nous avons trop de choses à manger et tout est délicieux ».

Ceux qui travaillent dans l’immeuble savent qu’il y a une petite unité de soldats qui scrute le ciel au-dessus d’eux. Mais les piétons qui se promènent dans les rues de Petah Tikva n’en ont sûrement pas la moindre idée, confie Avi.

« Nous essayons de ne pas trop parler ou d’expliquer ce que nous faisons ici », explique-t-il. « Nous devons nous protéger. Cette station est entièrement surveillée. Nous avons des armes ici. C’est une petite base militaire sur un toit civil ».

L’équipe travaille 24/24. Il y a un changement d’équipe toutes les quatre heures comme pour celle de Tel Aviv. L’un des membres est un rabbin. Il étudie des livres religieux pendant ses pauses et parfois donne des cours de Torah ou dirige des discussions talmudiques. Pour Shabbat, ils gardent leur nourriture chaude grâce à un petit réchaud branché dans l’un des bureaux de l’immeuble. Les jours de chaleur intense, les salariés leur apportent des pastèques ou des boissons froides.

« Nous sommes différents des soldats qui combattent », explique Avi, « parce que notre travail est de protéger les civils. Quand ils nous voient monter [sur le toit], ils se sentent en sécurité ».

Malgré la nourriture en abondance et la beauté de la vue, ces soldats font quotidiennement face à la menace des roquettes. Ils n’ont qu’un gilet pare-balles pour les protéger. C’est un défi, affirme Avi, qu’ils sont contents de relever.

« Dans cette guerre, il y a la première ligne de front et il y a le front intérieur. Quand les roquettes arrivent ici, qu’elles soient interceptées par le Dôme de fer ou qu’elles touchent quelque chose, le front intérieur devient la première ligne de front. Et cette unité est tout ce qu’il y a sur cette première ligne, sans aucun abri ou bunker. Il y a juste nous et nos casques ».

L'équipe de Tel-Aviv sur leur toit. (Crédit : Debra Kamin / Times of Israël)

L’équipe de Tel-Aviv sur leur toit. (Crédit : Debra Kamin / Times of Israël)