Le chef du Hezbollah a annoncé lundi pour la première fois que son puissant mouvement chiite, déjà engagé dans la guerre civile en Syrie, combattait également en Irak contre les djihadistes.

« A ceux qui nous appellent à nous retirer de Syrie, je leur réponds : Allons tous ensemble en Syrie. Nous n’avons pas parlé de l’Irak auparavant mais nous y avons une présence limitée depuis que ce pays traverse une phase sensible », a affirmé Hassan Nasrallah dans un discours retransmis sur grand écran à des supporters réunis dans la banlieue sud de Beyrouth.

Répondant indirectement à l’ex-Premier ministre libanais Saad Hariri, un sunnite, qui avait appelé -samedi lors du 10e anniversaire de l’assassinat de son père Rafic- le Hezbollah à se retirer de Syrie, Hassan Nasrallah a non seulement répondu par une fin de non-recevoir mais a lancé: « Allons ensemble (combattre) en Irak ».

« Allons ensemble partout où nous pouvons combattre la menace qui vise notre nation (musulmane) et notre région (…) car nous devons faire face aux takfiri (extrémistes musulmans, ndlr) », a-t-il martelé.

Il fait allusion au Front al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda, et au groupe Etat islamique (EI), qui a pris le contrôle de vastes régions en Irak et en Syrie mais sont également représentés en Libye et dans d’autres pays arabes.

A ce propos, il a qualifié l’exécution de 21 coptes égyptiens en Libye par l’EI de « crimes horribles et haineux », insistant sur le fait qu’al-Nosra et l’EI « partagent la même essence, la même culture, la même idéologie et les mêmes méthodes ».

Pour lui, les différends entre ces deux groupes djihadistes « se limitent à une lutte pour le pouvoir mais, au fond, ils sont pareils. Tous les courants takfiri doivent être combattus sans faire de distinctions entre eux », a-t-il souligné.

Depuis une semaine, le Hezbollah est engagé aux côtés de militaires iraniens et de l’armée syrienne dans des combats pour reconquérir le sud de la Syrie, dont une grande partie est tombée aux mains des rebelles et du Front al-Nosra.

Le dirigeant chiite libanais s’en est pris aussi à certains pays du Golfe, vraisemblablement l’Arabie saoudite et le Qatar, ainsi qu’à la Jordanie, qui combattent l’EI mais soutiennent al-Nosra.

« Où est la logique dans le fait que certains pays du Golfe font partie de la coalition internationale (dirigée par les États-Unis) contre Daech (acronyme en arabe de l’EI) et en même temps fournissent armes et argent au Front al-Nosra ? », a-t-il demandé.

« Quant au gouvernement jordanien, il ne devrait pas combattre Daech et en même temps soutenir le Front al-Nosra », a-t-il ajouté.

La coalition a commencé en août à frapper des positions de l’EI en Irak puis a étendu en septembre ses opérations aériennes à la Syrie.

Hassan Nasrallah a également demandé aux pays du Golfe, qui soutiennent l’opposition syrienne , d’aider à ouvrir la voie à une solution politique pour mettre fin à une guerre qui a fait en quatre ans plus de 210 000 morts.

« En Syrie, les jeux sont faits (…) et il faut ouvrir les portes à une solution politique. (Il faut) que l’opposition non extrémiste arrive à un arrangement avec le régime car ce dernier y est prêt », a-t-il indiqué.

Mais le chef du Hezbollah a prévenu que « la région se dirigeait vers de nouvelles crises (…) et l’ouverture de nouveaux fronts ».